En cette période où le Fonds monétaire internationale (FMI) et la Banque Mondiale accentuent la pression pour engager la réforme dans le secteur parapublic, deux corps para-étatiques, la Waste Water Management Authority (WWMA), qui engloutit des milliards dans des projets, et le Central Electricity Board (CEB), avec le monopole dans la fourniture d’énergie électrique, sont mis à l’index. La WWMA se retrouve en face d’un rapport accablant sur le gonflement de 60%, à hauteur de Rs 725,5 millions, des coûts du projet de tout-à-l’égout à Baie-du-Tombeau. La conclusion du Fact Finding Committee sur ces lacunes majeures au chapitre de la gestion des projets contre la direction de la WWMA est des plus lapidaires. De son côté, le CEB a vu son déficit d’expertise éprouvée pour faire face à de graves urgences étalé au grand jour dans un autre rapport déposé sur la table de l’Assemblée nationale par le Premier ministre adjoint et ministre des Utilités publiques, Rashid Beebejaun, devant la pression exercée par l’opposition parlementaire.
Le constat incontesté dans le Baie du Tombeau Sewerage Project est que les coûts de ces travaux ont pris l’ascenseur passant du montant initial de Rs 451,1 millions à Rs 725,5 millions, soit plus de 60%, dépassant largement le plafond de 30% imposé par le Public Procurement Act, sans que la sonnette d’alarme ne soit tirée au sein de cette institution. En plus, pas moins de 36 contrats de travaux additionnels non-approuvés d’une valeur d Rs 101,6 millions ont été alloués dans le cadre de ce même projet. Pourtant, rares ont été les sanctions prises par les autorités contre ceux qui sont responsables de cette dilapidation institutionnalisée des fonds publics au grand désarroi des parlementaires de l’opposition.
Après analyses des faits, le Fact Finding Committee par le Dr Allybokus n’a pu s’empêcher de tirer à boulets rouges sur l’ancien General Manager de la WWMA, Robin Soonarane, pour cette véritable démission de ses responsabilités dans la mise à exécution de ce projet. Même si le gros des torts sont placés sur les épaules du project director, George Dewitt, du project manager, Haidar Kinoo, le rapport soutient que « it goes without saying that this situation does not in any way relieve the General Manager of his personal responsibility, which in the humble opinion of the Committee has to be shouldered by the incumbent ».
Ménageant la chèvre et le chou, le rapport du Fact Finding Committee prend le soin d’ajouter que le general manager ne s’est rendu coupable d’aucune décision illégale. « The records reveal that the General Manager was simply not in the picture, not by accident but by choice. He simply allowed the Project Manager and the Project Director to have a free hand on the project and he did not consider it important to establish any mechanism to ensure the proper management of the project », poursuit le rapport en guise de conclusion.
Les conséquences de ce laisser-faire, frisant une attitude criminelle, ne se sont pas fait attendre avec l’octroi de 36 contrats de travaux additionnels non-approuvés pour un montant de Rs 101,6 millions. Dans ces différents cas, la WWMA a violé les dispositions du Public Procurement Act ou du Waste Water Management Authority Act, qui stipule que tout contrat d’un montant maximal de Rs 500 000 doit être sanctionné par le conseil d’administration ou par le general manager. Vu que dans aucun des contrats non-approuvés, le feu vert prévu par la loi n’a pas été obtenu, le rapport avance que « the committee is of the view that the prime responsibility for the breach of the Public Procurement Act rests with the General Manager ».
Le contrat initial pour les travaux de tout-à-l’égout à Baie-du-Tombeau avait été alloué au consortium Patel-Sotravic CA en août 2007 pour un montant de Rs 464,1 millions suite à un exercice d’appel d’offres. Mais au 14 janvier 2010, le montant global des réclamations soumis à la WWMA s’élevait à Rs 725,5 millions, soit 60% de plus. De la quarantaine de Variations Orders pour des travaux additionnels, seuls trois pour un montant de Rs 97,4 millions ont été approuvés officiellement alors que les 36 autres ne l’ont pas été.
L’astuce dans les 36 contrats pour travaux additionnels alloués, dont certains ont été sous-contractés, est que dans une majorité de cas, soit 22, le montant était inférieur à Rs 500 000. Dans ses analyses détaillées, le Fact Finding Committee relève le fait que « no evidence has been produced to show any approval or consultation with management » comme suit :
Navette à Baie-du-Tomberau (Rs 119 840) : Un service de navette par bus avait été mis en place en faveur des habitants de Baie-du-Tombeau en raison de la fermeture de la route côtière sur une distance de cinq kilomètres entre ke Pont-Bruniquel et cité Florida. Le coût d’une navette par jour était de Rs 2 800 et les contracteurs ont eu recours à deux navettes pour une période de 20 jours, le temps des travaux d’excavation.
Commentaires : Le project manager affirme que dans le contrat initial cette question de navette avec la fermeture de la route côtière n’avait pas été incluse. Le Fact Finding Committee avance que « we view with concern the lack of foresight on the part on the consultant and the WWMA. One need not be a traffic management specialist to appreciate the difficulties that would be encountered by commuters and bus operators. Hence, the unforeseen nature as averred by the project manager is simply rejected ».
Déviation à Jumbo Riche-Terre (Rs 854 290.93) : Le réaménagement de la route dans les parages de Jumbo Riche-Terre avait pour objectif d’améliorer le flux du trafic routier. Toutefois, le rapport d’enquête note avec force qu’à aucun moment, l’autorisation de la WWMA avait été sollicitée même si le ministère de l’Infrastructure publique avait imposé la présence de la police pendant toute la durée des travaux.
Déviation du réseau de la CWA (Rs 633 444) : Contrats alloués unilatéralement par le project manager sans consultation ou approbation de la direction générale de la WWMA.
Déviation de la route à Riche-Terre (Funny Traders) (Rs 820 795.80) : Cette somme avait été utilisée pour les services de sécurité des usagers de cette partie de la route lors des travaux. « According to the Project Manager, the request for the security services was made by traders ans others. The committee did not come across any evidence of any request made for security services », affirme le Fact Finding Committee.
Water Sprinkler (Rs 4,7 M) : En vue d’atténuer les inconvénients causés aux habitants avec la poussière du chantier, un système d’arrosage fut mis en place. Le prix de location d’un tanker d’une capacité de 6 500 litres était de Rs 6 500 par jour en sus d’un bowser au coût de Rs 2 000 quotidiennement. Commentaire : « WWMA did not investigate thoroughly the need for additional water sprinkling services and neither alternative measures and there was no bill item for these services », dénonce le rapport.
Sewerage Tankers (Rs 6,1 M) : En décembre 2008, le gouvernement a dû affronter une extrême urgence pour respecter un des Key Performance Indicators imposé par l’Union Européenne en vue de bénéficier du décaissement de 19,4 millions d’euros. Il fallait connecter coûte que coûte 200 maisons additionnelles au réseau de tout-à-l’égoût. Une formule transitoire avec la collecte des effluents à la station de pompage de BT2 avant d’être acheminés à Roche-Bois fut décidée en ayant recours à la location de tanker au coût de Rs 25 000 par jour.
Le Fact Finding Committee, constatant que le ministère des Finances, principal interlocuteur de l’Union Européenne pour le soutien budgétaire, avance que « it becomes a matter of grave concern when such a decision is taken unilaterally. Accordingly the Committee is duty bound to place on record the highandedness with which public finds have been wasted. This could have been avoided, had here been consultations with the authorities ».
Réhabilitation des routes (Rs 25,1 M) : Cette somme avait été déboursée pour des travaux de réfection de routes à sept endroits différents. Pour le project manager, l’octroi de ces contrats avait été effectué avec « the blessings of management » mais dans aucun des cas, le rapport n’a été en mesure de procéder à la « documentary evidence » relative.
Réhabilitation des routes de la RDA (Rs 58,1 M) : Le consultant et la WWMA sont critiqués pour avoir pris une décision unilatérale en allouant ces travaux de plusieurs millions au contracteur sans aucune consultation préalable ou étude de solutions alternatives. « The Fact Finding Committee considers that the WWMA by its letter of 4 June 2008 to the consultant had already taken a contractual commitment to entrust the full-width reinstatement to the contrcator. Furthermore, at that time the WWMA was fully aware that the cost of these additional works was estimated at some Rs 50 million. However, WWMA failed to inform the Board and the ministry of the commitments taken and its consequential impact on the project value », dénonce le rapport.
En conclusion à ce chapelet de gaspillage de fonds tiku-tiku par la Waste Water Management Authority, le Fact Finding Committee est catégorique à l’effet que « the management of this project has been carried out in a very irresponsible and negligent manner. The Project Manager insisted all along that though all instructions to the consultant were under his signature the appropriate approval of the Project Director and the General Manager had been previously obtained. However, there is no written evidence on record », alors que Rs 725,5 millions de fonds publics ont été emportées dans les égoûts de Baie-du-Tombeau…