En ce début de semaine, le “Deal Papa-Piti” pour le Primeministership avec l’installation de Pravind Jugnauth en tant que Premier ministre passera le cap des 100 premiers jours. Dans sa première intervention, demain à Vacoas, en tant que chef du gouvernement sur une plateforme du 1er-Mai, Pravind Jugnauth dressera le premier bilan de sa performance. Mais force est de constater que cette période de grâce sur le plan politique, dont bénéficie en principe toute équipe gouvernementale, a été marquée par une succession d’affaires allant jusqu’à ébranler la State House, considérée comme étant au-dessus de la mêlée politique.
Ce qui semble revenir comme un leitmotiv au cours de ces 100 derniers jours concerne les affaires de lakwizinn de l’Hôtel du gouvernement, au point où depuis mardi dernier, l’expression de Kitchen Cabinet a fait son entrée par la grande porte dans le lexique parlementaire du Hansard lors des échanges sur la Private Notice Question du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, au sujet des dessous de la vente de la clinique Apollo-Bramwell, et adressée au Leader of the House.
Une autre constante de ces 100 premiers jours du Prime-ministership se résume à cet affrontement sans merci que se livrent l’ancien ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, et le leader du MSM, Pravind Jugnauth. Dès ce lundi 23 janvier, jour de la passation des pouvoirs, les dès étaient jetés. Roshi Bhadain avait pris à contre-pied tout l’establishment de l’Hôtel du gouvernement en refusant de se joindre au nouveau gouvernement  dirigé par Pravind Jugnauth. Depuis, la confrontation entre les deux hommes ira crescendo, que ce soit sur le dossier Alvaro Sobrinho avec l’Investment Banking Licence de la Financial Services Commission ou encore le volet de l’écroulement de l’empire BAI. Il faudra ajouter bientôt l’Heritage City Project après les dernières déclarations du ministre Sudhir Sesungkur à l’Assemblée nationale mardi dernier.
Le leader du “Tonkin Party”, expression utilisée par le Premier ministre vendredi face à la presse refuse d’être le souffre-douleur du pouvoir. Profitant d’une brèche ouverte par Xavier-Luc Duval avec la PNQ sur la vente de la clinique Apollo-Bramwell, Roshi Bhadain s’y est engouffré pour déstabiliser le gouvernement et faire état des manquements graves notés et du traitement accordé aux promoteurs d’Omega Ark Investments PLC, entité qui avait décroché dès le départ le statut de preferred bidder. Cela en dépit du fait que lors de l’évaluation des bids par les consultants de BDO en date du 27 octobre 2015, la soumission de ces promoteurs étrangers, basés à Londres, était classée en troisième position avec un déficit de cinq points par rapport à celle de CIEL East Africa Healthcare Ltd. À son point de presse de mercredi, Roshi Bhadain est allé encore plus loin en alléguant que les permis à Omega Ark Investments PLC soient alloués dans un délai de 48 heures.
“Shady dealings”
De son côté,  le board de NIC Healthcare Ltd devait se laisser berner par la proposition d’Omega Ark Investments PLC pour renverser l’évaluation des consultants de BDO. En effet, Omega Ark Investments PLC était la seule à proposer l’outright bid for land and builings de la clinique Apollo Bramwell pour un montant de Rs 2,2 milliards. Mais c’était trop beau pour être vrai car le gouvernement a pris plus d’un an après la soumission du Bid Evaluation Report, soit le 21 octobre 2016, pour résilier tout accord avec ces promoteurs qui n’étaient pas en mesure de régler la note. Et c’est sur ce point que le gouvernement ou tout au moins ceux qui ont traité ce dossier “have been caught pants down”.
Le principal reproche adressé est que les promoteurs d’Omega Ark Investments PLC ont bénéficié d’un tapis rouge qu’ils ne méritaient pas, surtout Vikram Katral, le principal pour ne pas dire l’unique actionnaire de cette société, car l’autre partenaire dans l’affaire, la SunArk Holding   de Singapour, ne dispose que d’un capital de 100 dollars singapouriens. Dans la presse internationale, ce même Vikram Katral, qui voulait non seulement mettre le grappin sur “the jewel in Dawood Rawat’s crown”, mais également MauBank Ltd, est présenté comme un MSDF, un millionnaire sans domicile fixe.
Pire encore est le fait que Vikram Katral fait face à des allégations de faux dans ses transactions. Des informations postées sur des sites Internet allèguent que “Vikram Katral promised IFA to buy the Fairmont in Dubai after providing fake bank statements and paperwork. They are now pursuing him for his outstanding dues and room charges. PWC are now being sued for standing by Omega Ark and the charade Vikram Katral has caused.”  Plus loin, mention est faite que “Vikram Katral went on to buy a hospital in Mauritius, after providing more fake documents. He is now being sued by the government and Interpol there”. Dans la conjoncture; Week-End a essayé en vain d’obtenir confirmation de ces details auprès des autorités concernées au sujet des shady dealings au nom d’Omega Ark Investments PLC.
Par contre, des développements encore plus préoccupants surgissent par rapport à la société Omega Ark Investments PLC, incorporée auprès du Registrar of Companies for England and Wales le 27 août 2015 à la Companies House à Londres. À cette date, Omega Ark Group PLC avait tout simplement changé de nom, alors que la request for porposal pour le rachat d’Apollo Bramwell est datée du 2 octobre 2015.
Aux dernières nouvelles, la société de Vikram  Katral est sous haute surveillance de la part du Registrar of Companies britannique. Dans une communication officielle en date du 28 février dernier sous les dispositions de la Companies Act 2006, Omega  Investments PLC se retrouvait sous la menace d’un striking off order du Registrar of Companies. Une des raisons est le non-respect des obligations de fournir des returns. Les comptes au 30 juin 2016 n’avaient pas encore été soumis au Registrar of Companies à Londres alors que le 20 juillet, Omega Ark Investments Ltd signait un share purchase agreement pour la clinique Apollo Bramwell avec NIC Health Care Ltd pour 18 millions de dollars, montant qui ne sera jamais transféré sur le compte de cette dernière société.
Tout compte fait, le deal de la clinique Apollo Bramwell ne rapportera aux Super Cash Back Gold policy holders que Rs 70 millions sur le montant de Rs 700 millions après déductions des avances consenties et des découverts bancaires. Toutefois, à ce stade, la polémique gagne en intensité sur les frais versés à la notaire Wenda Sawmynaden, avec des chiffres variant entre Rs 7 millions et Rs 14 millions mentionnés. En guise de parade, le Premier ministre soutient que c’est l’acheteur, soit CIEL Group, qui choisit son notaire.
Comme pour remettre les choses en perspective, le board de NIC Healthcare Ltd, lors de sa réunion du 27 mai 2016, avait décidé que “Me Wenda Sawmynaden acts as Notary for the sale of Apollo Bramwell Hospital. It is understood that the fees payable will be in accordance with the Notaries Act”. Cet email du 27 mai 2016 à 17h13 est signé du chairperson de NIC Healthcare Ltd, Vidianand Luchmeeparsad, alors que le groupe CIEL East Africa Healthcare Ltd n’a signé le share purchase agreement que le 6 janvier dernier suite à un nouvel exercice d’évaluation réalisé après le 21 octobre 2016. Entre-temps, Megacom Ltd avec sa commission de 4% pour faciliter les contacts officiels est venue se greffer à la controverse des casseroles de lakwizinn.
Mais ce n’est pas fini. Les salaires et allocations versés aux advisers et autres nominés politiques du gouvernement MSM/Muvman Liberater se sont transformés en casseroles brûlantes et bruyantes de lakwizinn de l’Hôtel du gouvernement. Les Rs 323 200 par mois que s’est octroyées l’ancienne Chief Executive du Trust Fund for Specialised Medical Care (Cardiac Centre), Vijaya Sumputh, ne constituent nullement une exception. Presque une pratique établie. Le même Rajesh Bhagwan, qui avait levé le lièvre Vijaya Sumputh, a récidivé avec les Rs 476 500 par mois du Senior Adviser aux Finances, Gérard Sanspeur. Toutefois, il aura moins de chance avec Sherry Singh, un des proches collaborateurs de Pravind Jugnauth.
Dégoupiller  le volet politique
En effet, aucune confirmation officielle pour le package annuel offert au Chief Executive Officer à Mauritius Telecom, Sherry Singh, qui cumule les fonctions de Special Adviser au Prime Minister’s Office et de surcroît chef cinq étoiles dans le Kitchen Cabinet. Les conjectures mentionnent des salaires et allocations annuels de l’ordre de Rs 8 millions avec un bonus de Rs 2 millions, le remboursement des congés, une gratuity de 25% des salaires annuels, des allocations jackpot pour le per diem lors des missions à l’étranger.
Dans la conjoncture, un autre cas qui retient l’attention est celui de Yousreen Choomka, directrice de l’Independent Broadcasting Corporation. Ses salaires de base pour le contrat de deux ans est de Rs 144 000 par mois. Il faudra ajouter des allocations de Rs 9 100 par mois pour le transport, une allocation d’essence de Rs 13981, une personal phone allowance de Rs 3 250,  des passage benefits représentant 5% des salaires de base annuels, un boni de fin d’année de deux mois de salaires payable après chaque douze mois, même si c’est en mars, avec un premier paiement ces jours-ci. Des informations émanant des sources dignes de foi avancent que pour le seul mois de mars, la directrice de l’IBA aurait empoché la somme de Rs 500 000.
Par ailleurs, en attendant d’autres PQ de confirmation, la situation ne serait guère différente pour d’autres nominés politiques. Ainsi, à la Tourism Authority, le package pratiqué serait de Rs 300 000 par mois avec les fringe benefits, les billets d’avion de première classe et les voitures hors-taxes, à la Mauritius Tourism Promotion Authority, le tarif serait de Rs 375 000 par mois avec le même train de fringe benefits ou de Rs 220 000 par mois pour ceux qui sont bien moins fortunés.
Dans cette catégorie, la soeur du ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui assume la suppléance en tant que Managing Director de la State Investment Corporation, perçoit des salaires et allocations de Rs 289 479 par mois. Même si elle siège sur 35 conseils d’administration, elle ne bénéficie pas des mêmes allocations que Gérard Sanspeur. Des allocations de l’ordre de  Rs 255 000 par mois sont versées à ce dernier pour les cinq boards dont il fait partie. De son côté, pour ses 35 directorships, elle obtient des allocations mensuelles de Rs 50 000 vu que “in accordance with the Corporation’s policy, all directors’ fees from Investee Companies are paid directly to the Corporation. SIC officers are in turn paid a fixed monthly directorship allowance by the Corporation.”
Last but not least:  l’Alvaro Sobrinho Saga, qui a empoisonné la sérénité de la State House. Ce dossier n’a pas encore livré tous ses secrets. Certes, les protagonistes, que ce soit la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, ou son confident, le multimilliardaire angolais Alvaro Sobrinho, et même le Permanent Secretary affecté à la State House avant de prendre de l’emploi au sein de Vango Properties de l’ASA Group, Dass Appadu, ont préféré adopter un lowp rofile en vue de faire oublier la State House Connection.
Toutefois, le match entre Pravind Jugnauth et Roshi Bhadain peut agir comme détonateur pour dégoupiller le volet politique à n’importe quel moment. Dans l’immédiat, les yeux restent braqués sur la décision du Directeur des Poursuites Publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, sur les conclusions de l’enquête du Central CID au sujet des misleading information fournies à la Financial Services Commission par l’ASA Group en vue d’obtenir une Investment Banking Licence. L’un des principaux lieutenants d’Alvaro Sobrinho, en l’occurrence Mauricio Fenandez, demeure sous la menace d’une arrestable offence, donc d’une inculpation provisoire, dans cette enquête à hauts risques.
Il y a encore la décision de la Financial Services Commission par rapport aux trois Global Business Licences et à l’Investment Banking Licence émise en faveur des entités de l’ASA Group. Techniquement, au terme de la décision  de la réunion du board de la FSC du 2 mars dernier, ces opérations sont gelées sauf sur autorisation du Chief Executive Officer de la FSC. À ce jour, le site web de la FSC ne contient aucun posting officiel dans un sens comme dans un autre pour ces licences, alors que la dimension philantropique avec les ambitions démesurées de Planet Earth Institute, dont les activités devaient servir de paravent, a été reléguée bien en arrière.