2014 ne fait que commencer mais déjà des échéances incontournables se précisent, que ce soit sur le plan politique ou autre. Malgré le calme apparent sur l’échiquier, les états-majors politiques piaffent d’impatience de voir l’écheveau du PMSD avec l’expulsion du ministre Michaël Sik Yuen de la bassecour des bleus se démêler. Des conséquences, dont l’envergure attend d’être confirmée, devront se faire sentir dans le camp du Remake 2000 ou encore au sein du gouvernement de Navin Ramgoolam dans les semaines à venir. L’intérêt s’accroît compte tenu que le mandat du gouvernement a déjà entamé sa seconde partie et 2014 étant à la veille des prochaines élections générales. Le Timing de tout développement reste entre les mains des protagonistes politiques alors que dans d’autres cas, comme dans le dossier du renouvellement du bail des Chagos, tout est hors du contrôle de Maurice même si l’échéance d’avril prochain devant le Tribunal d’arbitrage du Droit de la Mer s’avère être cruciale.
Politique: La barre a été placée très haut avec l’expulsion du ministre Michael Sik Yuen des rangs du PMSD. Pendant de longs mois, le leader des bleus et vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, a orchestré le flou autour du sort de Michael Sik Yuen avant de couper le noeud gordien à l’avant-veille de l’année. Depuis lundi dernier, avec l’annonce de l’expulsion de Michael Sik Yuen du PMSD, Xavier-Luc Duval continue à brouiller les cartes quant à son prochain move sur l’échiquier politique. Jusqu’à ce week-end, les proches collaborateurs de Navin Ramgoolam au Prime Minister’s Office s’interrogent sur l’absence de toute demande politique venant du PMSD pour le remplacement de Michael Sik Yuen au sein du gouvernement.
« Nous nous interrogeons sur la démarche de Xavier-Luc Duval après la sanction contre Michael Sik Yuen. Nous nous attendions à voir le PMSD proposer le nom d’un successeur pour occuper le maroquin réservé jusqu’ici à Michael Sik Yuen au nom de ce parti. Aucun signe ne vient de ce côté. L’absence de cette revendication ministérielle veut dire ce que cela veut dire. C’est une indication de la voie que pourrait adopter le PMSD en ce qui concerne son appartenance au gouvernement de Navin Ramgoolam », suppute-t-on dans des milieux proches du leader du Parti travailliste en marge de la rentrée politique et de la première réunion du Conseil des ministres de vendredi prochain.
D’aucuns affirment qu’une trêve politique aurait pu se présenter avec l’attribution du portefeuille de l’Attorney General, disponible depuis la démission de Yatin Varma en juin dernier, à un membre non-élu du PMSD. Avec la nouvelle posture adoptée par le leader du PMSD, il semblerait que cette option soit de plus en plus éloignée pour ne pas dire out.
Des conjectures sont échafaudées quant à la Fall-Back Position du gouvernement en cas d’un éventuel retrait du PMSD du gouvernement travailliste. Certains au sein du gouvernement gardent un mince espoir de pouvoir retenir Aurore Perraud avec le départ des bleus, confirmant du même coup le « laké ferblan » de la dynastie familiale Duval dans ce parti. Une autre aile au sein du Parti travailliste mise gros sur l’intégration du leader du FSM, Cehl Meeah, dans l’équipe gouvernementale à une année des élections générales. Le prix politique de cette nouvelle configuration demande à être fixé.
Au chat et à la souris
La carte du MMSD d’Eric Guimbeau, dans les manches de Navin Ramgoolam depuis les élections municipales de décembre 2012, pourrait être abattue avec le PMSD prenant ses distances de l’Hôtel du gouvernement dans les semaines à venir. En tout cas, la première rencontre de l’année des dirigeants du Remake 2000 à La-Caverne, mercredi prochain, devra éclairer plus d’une lanterne au sujet des contacts politiques annoncés de Xavier-Luc Duval avec sir Anerood Jugnauth.
Avec le PMSD claquant la porte de l’Hôtel du gouvernement au nez du Parti travailliste, la pression devra s’accentuer sur Navin Ramgoolam, que ce soit à l’Assemblée nationale, avec la reprise du 25 mars prochain, ou encore à travers la campagne de mobilisation politique sur le terrain culminant avec le rassemblement de la Fête du Travail du 1er mai prochain et les deux principaux blocs politiques s’affrontant de manière directe et faisant leurs démonstrations de force.
Avant de traverser ce pont, la véritable question demeure quelle forme prendra cette séparation entre les héritiers politiques Ramgoolam et Duval. Qui prendra les devants pour assumer la responsabilité de ce divorce? A ce stade, Navin Ramgoolam et Xavier-Luc Duval jouent au chat et à la souris, chacun épiant et tentant d’anticiper le mouvement de l’autre pour en tirer profit et les dirigeants de l’opposition se frottant les mains devant l’effritement de la majorité gouvernementale.
Conscient de l’enjeu, le leader du PMSD ne veut rater aucune occasion pour faire marquer la différence avec son homologue du PTr et cela de manière ostensible. Le dernier épisode en date a pris à témoin les fonctionnaires du ministère des Finances et par ricochet l’ensemble de la fonction publique. Techniquement avec la lettre-circulaire de rappel du chef de la fonction publique, Suresh Seeballuck, la reprise du 3 janvier était une journée de travail normale sans aucune dérogation, comme le souhaitait le chef du gouvernement. Le taux de présence enregistré dans les ministères et départements est estimé à 80%.
P’tit coup de Jarnac
Or, les fonctionnaires du ministère des Finances ont pu quitter le bureau sur le coup de 14 heures, vendredi dernier, rendant caduques les instructions du chef du service civil pour ce premier jour de travail. « La teneur de la lettre-circulaire est explicite mais si un ministre décide de passer outre à ces directives, ce sont les fonctionnaires qui en bénéficient », fait-on comprendre de manière penaude sans révéler comme le Premier ministre a encaissé ce « p’tit coup de Jarnac » de son vice-Premier ministre et ministre des Finances en prélude aux coups d’éclat fanfaronnés.
Indépendamment des passes d’armes politiques sur le plan local, un rendez-vous historique attend Maurice en 2014. En avril prochain, le Tribunal d’arbitrage du Droit de la Mer entendra les objections de Maurice contre la décision de la Grande-Bretagne visant à décréter un Marine Protection Area (MPA) dans l’archipel des Chagos en excluant la base militaire et nucléaire de Diego Garcia. Un demi-siècle après, Londres sera acculée pour la première fois à donner des explications au sujet du démembrement unilatéral du territoire mauricien à la veille de l’indépendance.
Cette étape est attendue par tous ceux qui n’ont jamais abandonné la lutte réaffirmant la souveraineté de Maurice sur les Chagos et l’intégrité territoriale de Maurice. 2014 devra également voir la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se décider sur une éventuelle reconduction du bail des Chagos pour une période de 20 ans. Au terme du UK/US 1966 Agreement, ils doivent entériner avant la fin de cette année toute décision pour le maintien de la présence des Américains à Diego Garcia avant l’expiration du bail de 50 ans en 2016.