Deux dossiers chauds, soit ceux du ralentissement de la croissance économique et de l’énergie électrique avec la centrale thermique de CT Power à Pointe-aux-Caves, et le projet Sarako continueront à monomoliser l’attention pour le reste de l’hiver politique. Toutefois, il faudra s’attendre, selon toute probabilité, à voir la question de la réforme électorale surgir au premier plan, dès le mois prochain. Les observateurs de la scène nationale trouvent que même si le White Paper sur la réforme constitutionnelle promis par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, dispose d’un potentiel non-négligeable de diversion d’attention publique, les problèmes fondamentaux posés par le ralentissement du taux de croissance économique encore cette année et par la controverse autour de la mise en opération de la centrale thermique de CT Power resteront incontournables.
D’ailleurs, à la veille de la réunion du Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice, des craintes sont exprimées dans les couloirs du ministère des Finances quant à la prise de position adoptée dans les hautes sphères de la BoM Tower par rapport à la croissance. L’entourage du vice-PM et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval se préoccupe davantage des dernières prévisions économiques de la Banque Centrale que de tout éventuel mouvement du Repo Rate, le taux directeur bancaire, dans la conjoncture.
Que ce soit dans les milieux d’affaires ou politiques, une quasi-unanimité se dessine autour du fait que le statu quo pourrait être de mise au sujet des taux d’intérêts bancaires, soit le Repo Rate à 4,9%. Du côté de la Banque centrale, l’on continue à s’appesantir sur les risques d’une reprise de l’inflation dans le sillage de la mise à exécution des recommandations salariales découlant du Pay Research Bureau (PRB) et de l’Errors, Omissions and Anomalies Committee (EOAC) pour tenter de justifier un rajustement à la hausse des taux d’intérêts bancaires, dès demain, en fin de journée.
Ces appréhensions sont releguées au second plan aux Finances devant le risque que la Banque de Maurice n’anticipe toute éventuelle révision à la baisse du taux de croissance par Statistics Mauritius à la fin de ce mois. Le fait incontestable est qu’à la fin de la prochaine quinzaine, les précédentes estimations officielles de 3,5% pour cette année pourront difficilement tenir encore. Mais la véritable interrogation est si ce taux descendra sous la barre des 3% aussi tôt que la fin du premier semestre avec une nouvelle révision au cours du dernier trimestre de cette année.
Avant de passer au vote pour l’adoption du Repo Rate, le Monetary Policy Committee passera en revue les principaux paramètres de l’économie et s’engagera dans des prévisions. En mars dernier, la Banque de Maurice avait préféré faire preuve de diplomatie privilégiant une fourchette de 3,4% à 3,9% pour la croissance. Les plus optimistes au ministère des Finances misent sur une répétition de ce scénario avec la formule plus prudente et moins douloureuse de 3% à 3,5%, avec la Banque de Maurice prenant le soin de ne pas s’aligner sur les prévisions de 2,9% du secteur privé, en l’occurrence celles de la Chambre de Commerce et d’Industrie.
En fin de semaine, la Banque Centrale a tiré une première salve significative au sujet d’un important secteur économique, en particulier le tourisme. Dans son analyse sur les Balance of Payments Developments pour le premier trimestre de cette année, le régulateur des banques met en garde contre la fragilité du secteur des services. « Although the merchandise account deficit contracted, the current account performance did not improve as the surplus on the services account fell steeply », note le communiqué de la Banque de Maurice.
La baisse dans le surplus des services est de l’ordre de 36,3%, passant de Rs 9,6 milliards pour le premier trimestre de l’année dernière à Rs 6,1 milliards à la fin de mars dernier. L’un des principaux facteurs expliquant cette contre-performance touche à l’industrtie touristique. « Net travel recepits have come down by 20,9 per cent, year on year, to reach Rs 8,852 million in the first quarter of 2013 », lit-on au chapitre du Current Account.
L’intérêt de la Banque de Maurice dans la baisse de performance du secteur touristique se justifie par le poids des opérateurs touristiques au niveau de la répartition des crédits bancaires au secteur privé. À la fin d’avril dernier, sur un total de crédits bancaires de Rs 45,2 milliards au secteur touristique, un montant de Rs 26,8 milliards est inscrit au nom des hôtels. Il faudra ajouter que depuis le début de cette année, le nombre des arrivées touristiques stagne avec avril comme l’un des rares mois à donner satisfaction, un signe nullement prometteur pour le reste de l’année avec la détérioration économique sur les principaux marchés de la zone Euro.
De cette somme, un peu plus de Rs 20 milliards sont attribués à trois principaux groupes hôteliers, soit autour de Rs 12 milliards à la New Mauritius Hotels Ltd, Rs 5 milliards au groupe Sun Resorts et également Rs 5 milliards pour les Lux Island Resorts. Compte tenu de l’importance de ce secteur, il n’est pas à écarter que l’un des prochains invités spéciaux du Monetary Policy Committee soit un spécialiste susceptible de faire un tour d’horizon approfondi et des perspectives dans l’industrie touristique.
Toujours en ce qui concerne ce secteur économique, après la Bramer Bank, il y a quelque temps de cela, BankOne a pris avantage de la Special Line of Credit en devises étrangères de la Banque de Maurice en vue de la restructuration financière des opérateurs économiques. En fin de semaine, la Banque Centrale a déboursé des fonds à un autre opérateur économique dans le tourisme par le truchement de BankOne. Après cette dernière opération, le montant diponible à ce guichet spécial de la Banque Centrale est de 38,6 millions d’euros (Rs 1,6 milliards).
Malgré les efforts déployés, le secteur manufacturier n’est pas aussi mieux loti que le tourisme. La preuve devra être fournie incessamment avec la publication  de la dernière édition de l’Investment Policy Review de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE). L’Export Competitiveness Index, élaboré dans le cadre de cette étude internationale, démontre que, de 2005 à 2011, Maurice a perdu 12 rangs, passant de la 112e place à la 124e.
En dépit des efforts de diversification industrielle et d’exportation, la compétitivité des exportations a continué à régresser. Ainsi, en 2005, 95% des exportations manufacturières étaient destinées au marché des pays développés, avec un pouvoir d’achat costaud, alors que les derniers chiffres disponibles démontrent que ce taux est tombé à 79%, soit un plus fort pourcentage vers des Lower Income Economies.
En dépit de ces facteurs confirmant la morosité au sein de l’économie depuis le début de l’année, avec les investissements privés et publics littéralement en panne et l’alerte rouge au tableau du chômage, le ministère des Finances ambitionne de présenter à la fin d’octobre prochain un « budget big bang ». C’est du moins le message transmis par le secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, dont les allocations annuelles représentent le double de celles, même révissées, du PM Navin Ramgoolam, lors d’une séance de travail avec ses plus proches collaborateurs, en début de semaine.
Au ministère des Finances, l’on concède officiellement que « the challenge is to further strenghten our collective efforts to maintain the momentum and to ensure implementation of reforms. This is crucial given the uncertainties about the global economic and financial outlook, especially in Europe, and their impact on our set economic growth target. »
Des objectifs ciblés ont été définis par le ministère des Finances avec le secrétaire financier sollicitant les différents ministères « to specify what actions would be required in terms of concrete policy measures, administrative actions, changes in legislations and/or institutional reforms to make these reforms implementable in 2014 as well as in the medium term. This would enable government as a whole to adopt a more systematic approach to realise its long-term objectives and will provide a practical of delivering on the Maurice Ile Durable Vision, the government programme and our international commitments, including the African Peer Review Mechanism ».
La présentation du prochain Budget devra également coïncider avec la concrétisation du projet d’E-Budgeting, mis à exécution en deux phases. La première étape concerne le « budget preparation process » alors que la seconde est axée sur le « monitoring of financial data as well as performance indicators. » L’objectif est que le système d’E-Budgeting sera opérationnel pour le 2014/2016 Programme-Based Budget Estimates.
Le calendrier de travail établi pour l’hiver par le ministère des Finances dans le cadre des préparatifs prévoit le déroulement d’un Policy Dialogue au niveau des ministres pendant les mois de juin et de juillet avec également le 2014/2016 PBB Call Circular pour le mois prochain. Le délai pour la soumission des propositions par les ministères est fixé à août prochain et des discussions avec les représentants de chaque ministère en septembre. La présentation du prochain budget est annoncée pour fin octobre.