Demain, le gouvernement de l’Alliance Lepep, mené par le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, passera le cap des 100 premiers jours avec dans neuf autres jours une étape cruciale, la présentation du budget par le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo. Le fait marquant est que l’ombre de Navin Ramgoolam, ancien Premier ministre, a plané sur ces 100 premiers jours avec des fantômes sortant des placards et valant des centaines de millions, soit Rs 220 millions + Rs 4 millions, suite à l’opération « Lakaz Lerwa Lion » du Central CID du vendredi 6 février et un pactole de Rs 100 millions sous forme de commissions alléguées de la société Dufry AG, Suisse, à Frydu, compagnie incorporée également en Suisse au nom de Nandanee Soornack et à Wigan Holdings, Chypre.
Le gros de ces scandales attribués à l’ancien gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam et qui éclatent depuis ces 100 derniers ont pour toile de fond le Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport et la Suisse. Les commissions des Rs 100 millions ont vu le jour avec la signature du contrat de fournisseur aux boutiques de la Mauritius Duty Free Paradise Limited avec un taux représentant 4,5% du chiffre d’affaires sur la vente des produits hors-taxes aux aéroports de Maurice et de Rodrigues. Avec les fonds payés par cette société internationale opérant en Suisse et dans des comptes ouverts dans deux banques dans ce même pays.
Au 94 e jour du gouvernement de l’Alliance Lepep, un autre épisode avec une ressortissante de Suisse est venu se greffer au chapelet de scandales. L’embauche de Jessica Weber en tant que VIP Facilitation Consultant à l’aéroport sur instruction du Prime Minister’s Office a été confirmée par le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, suite à une interpellation du Chief Whip, Mahen Jhugroo, mardi dernier à l’Assemblée nationale. Le mystère de Jessica Weber, recrutée depuis le 18 juin 2013 par l’ancien Chief Executive Officer d’Airports of Mauritius Ltd, Serge Petit, sans l’aval du Board, intrigue plus d’un au sein du gouvernement de l’Alliance Lepep, en particulier son rôle dans la galaxie Ramgoolam à l’aéroport.
Après avoir été sous les feux de l’actualité pendant ces quarante derniers jours, Navin Ramgoolam pourrait passer incessamment le relais à Nandanee Soornack, celle qui est présentée comme étant « la marchande de kotomili devenue milliardaire en l’espace de jours ». En effet, dès les prochains jours, l’enquête sur les dessous des commissions exigées sur les contrats alloués à Dufry AG pour la gestion et l’approvisionnement en produits de luxe des boutiques hors-taxes à l’aéroport devrait prendre une autre dimension.
Dans le cadre de cette nouvelle offensive, la cible privilégiée ne serait nul autre que Doomessarsing Gooljaury, alias Rakesh, ancien partenaire d’affaires de Nandanee Soornack et patron de Fashion Style. Et également, Blue-Eyed Boy des trois VVIPs de Kensington Palms, Quatre-Bornes, pour les documents sur les commissions de Rs 100 millions et pour sa version revue et corrigée des événements dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 au campement de Roches-Noires, ouvrant la porte d’une cellule policière à Navin Ramgoolam.
Des recoupements d’informations effectués par Week-End auprès de sources concordantes indiquent qu’un émissaire, en la personne d’un membre de la profession, légale, a fait le déplacement en Italie depuis mardi dernier en vue d’avoir des séances de travail avec Madam Ou Konné Ki Mwa en vue de répondre aux derniers développements avec les révélations sur la gestion des boutiques hors-taxes à l’aéroport. D’autres sources avancent que les services de Me Raj Boodhoo, homme de loi mauricien, inscrit au barreau de Londres, auraient été mis à contribution lors de cet exercice se déroulant en Italie au cours de ces derniers jours.
L’intermédiaire mauricien devrait être de retour dans les prochains jours avec au moins deux affidavits Vetted par Nandanee Soornack, probablement à être jurés par un représentant de celle-ci devant le Master and Registrar de la Cour suprême. D’autres sources légales soutiennent que cette démarche pourrait prendre la forme d’un document juré devant un Commissioner of Oath à Londres et accompagné des Written Instructions à ses conseils légaux quant à la teneur et la marche à suivre. A ce stade, difficile à dire si cette femme d’affaires ayant connu une ascension fulgurante, a voulu répondre à un appel lancé par le leader du MSM et ministre Pravind Jugnauth, un des trois VVIPs lors de la rencontre en la résidence de l’Attorney General, Ravi Yerrigadoo, dans la nuit du 16 au 17 février.
Mardi dernier, Pravind Jugnauth, qui est rentré de mission officielle à Barcelone en Espagne, avait déclaré que « zordi li (Nandanee Soornack) pe répon depi lekstérieur par le biais d’avocats ki li pe changer couma dir pe tourn paz. Si enn dimoun so konsyans clair, kifer li pa vini? Nou kapav assure li ki li pou gagn toute sécurité ki bizin, li pa pou inkyété, sof lor lanket ». Il devait également ajouter que « si Nandanee Soornack  vini ek l’informasyon, nou pou pran, mais li pou ena pou réponn si ena kikzoz kot li ».
« Cet affidavit est une bombe à retardement pour Rakesh Gooljaury »
La certitude de l’un des deux affidavits à venir de Nandanee Soornack est que ce document constitue un Indictment en bonne et due forme contre Rakesh Gooljaury, notamment par rapport au mécanisme du versement des commissions par Dufry AG à Frydu et ensuite à la société Wigan Holding, domiciliée à Nicosie, Chypre avec les frères Gleeson d’Irlande en première ligne. Jusqu’ici, elle a nié catégoriquement avoir bénéficié de commissions sur les contrats de la Mauritius Duty Free Paradise Ltd.
« Cet affidavit est une bombe à retardement pour Rakesh Gooljaury. Celui-ci pourra difficilement nier les faits retenus contre lui. Il ne perd rien à attendre. Ce sera un Strip Tease complet», fait-il comprendre dans le camp des initiés tout en évitant d’en dévoiler la teneur. « Tout le business de Rakesh Gooljaury est dévoilé aussi bien que les dessous de sa vie privée ou encore le paravent que fut Airway Coffee à l’aéroport avec la fouille qu’il a dû subir à la fin de l’année dernière. Tout le réseau Gooljaury avec des allégations de trafic d’influence sera également étalé et en complément ses connexions politiques à tous les niveaux», laisse-t-on entendre en s’appesantissant sur le fait que le patron de Fashion Style, qui a une dette de Rs 40 millions auprès de la Mauritius Duty Free Paradise Ltd, opère dans le domaine des boutiques hors-taxes à l’aéroport depuis 2002.
Durant ce week-end, en consultations avec Nandanee Soornack et les conseils légaux à Londres, l’émissaire désigné mettra au point les derniers détails de l’« opérasyon dézabiyaz » de Rakesh Gooljaury avant de rentrer à Maurice. Néanmoins, le suspense se maintient quant au projet de retour de Nandanee Soornack, qui était partie en Italie le 11 décembre de l’année dernière avec douze valises en compagnie d’autres membres de sa famille.
Le retour à Maurice n’est pas prévu dans l’immédiat, Nandanee Soornack avançant trois raisons principales, soit d’abord sa sécurité personnelle vu le climat de vendetta politique post-électorale prévalant et rejoignant la thèse défendue par Navin Ramgoolam, l’intérêt primordial de sa petite benjamine, qui a été admise à l’école en Italie et ensuite le risque que représente pour elle le dénommé Rakesh Gooljaury, d’autant plus qu’elle soupçonne ce dernier de lorgner tout son business de restauration au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport.
La situation pourrait évoluer après la réception de l’affidavit Strip-Tease vu que la ligne de communication ouverte entre le QG du Central CID et Raj Boodhoo Chambers fonctionne avec les informations relatives aux accusations pesant sur les épaules de Nandanee Soornack déjà communiquées par la Special Cell du Central CID. Il va sans dire que le prochain échange de correspondance devrait porter sur la question de garanties des autorités pour un éventuel déplacement à Maurice.
Le second affidavit porte sur une tentative de sauvetage d’Airway Coffee de Nandanee Soornack à l’aéroport contre une mise sous administration judiciaire. Le délai imposé par Airports of Mauritius Limited (AML) et Airport Terminal Operations Limited (ATOL) pour le règlement des frais non-honorés de Rs 59,7 millions, arrive à échéance incessamment. Au cas où l’émissaire parvient à rentrer à Maurice en début de semaine, l’affidavit sur Airway Coffee sera d’une certaine utilité. Au cas contraire, avec une éventuelle éviction de la direction d’Airway Coffee et son remplacement par un administrateur judiciaire, ce sera peine perdue.
« Sanz ou lavi dans 100 zur ? »
L’entrée en scène de Nandanee Soornack et ses affidavits ne devra pas pour autant reléguer au second plan Navin Ramgoolam, qui s’est vu propulser sans ménagement du jour au lendemain du Treasury Buidling à l’Interrogation Room du Central CID pour une affaire de trésor caché à River Walk de Rs 224 millions. Depuis le 6 février dernier, où il a dû passer la nuit dans une cellule policière, l’ancien Premier ministre a été ballotté quasi quotidiennement des escaliers du QG du Central CID au banc des accusés du tribunal de Port-Louis et l’antichambre du Master and Registrar de la Cour suprême pour les besoins de contre-affidavits dans l’affaire du décryptage des six téléphones cellulaires saisis en la résidence de la famille Ramgoolam à la rue Desforges.
Dans les prochains jours, suite au Ruling de la juge Rita Teeluck en faveur du central CID, Navin Ramgoolam devra se soumettre aux exigences de l’IT Unit de la police, placée sous le contrôle direct du nouveau promu DCP Jhugroo pour la révélation des secrets des mémoires de ses téléphones. La Cour suprême a imposé de strictes conditions pour que la vie privée de l’ancien chef du gouvernement ne soit pas étalée sur la place publique alors que les appels échanges à partir de 1 h 20 dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 seront épluchés pour justifier l’accusation de Conspiracy pour le Cover-Up de l’agression, dont il avait été victime au premier étage du bungalow de Roches-Noires alors qu’il se trouvait en compagnie de Nandanee Soornack.
Le suspect Ramgoolam devra également faire face à un barrage de questions des limiers du Central CID sous la supervision de l’assistant-commissaire de police Heman Jangi sur la provenance de Rs 220 milions + Rs 4 millions, saisies dans deux coffres-forts et quatre valises fermés sous codes. À coup sûr, comme ce fut le cas au cours de la semaine écoulée pour l’interrogatoire Under Warning sur le volet des incidents de Roches-Noires, Navin Ramgoolam devrait faire adopter la consigne « Motus et bouche cousue ! »
Au rythme des enquêtes, il n’est pas exclu que l’ancien Premier ministre soit de nouveau sollicité Under Warning sur le scandale de dilapidation des State Lands et les dessous de l’octroi du contrat pour le fret pétrolier avec un jackpot de plus de Rs 10 milliards au groupe Bhunjun pour le pétrolier MT Red Eagle.
Un autre dossier, qui vient de surgir, concerne le recrutement sans appel de candidatures d’une jeune Suissesse, Jessica Weber, par Airports of Mauritius Ltd le 18 juin 2013, en tant que VIP Facilitation Consultant, à des conditions des plus rémunératrices (voir détails plus loin).
Jessica Webern qui a soumis sa démission le 16 décembre dernier, avait pour mission de « facilitate the visit of VIP guests and assist in the organisation of official events. » Ce recrutement avait été imposé à AML par le Prime Minister’s Office, et les conditions de cette embauche suscitent des soupçons avec le nouveau gouvernement s’interrogeant sur les dessous de cette présence au sein d’AML et la connexion avec les zones d’ombre ayant fait surface.
En tout cas, pour Navin Ramgoolam, qui en 2005 avait promis à l’électorat de « sanz ou lavi dans 100 zur »,  les 100 premiers jours du gouvernement de sir Anerood Jugnauth et leurs séquelles pour lui risquent de s’éterniser…