La dernière semaine de janvier devra constituer la fin de l’accalmie pour l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui fait face à une douzaine d’interpellations provisoires dans le cadre de l’opération Lakaz Lerwa Lion suite à son arrestation le vendredi 6 février de l’année dernière. Ainsi, une première étape fatidique devra être franchie dès mardi avec la nouvelle et probablement dernière comparution de Nandanee Soornack devant la Cour d’appel de Bologne suite à la demande d’extradition logée par le Central CID auprès des autorités italiennes. D’autre part, à Maurice, depuis le début de la semaine écoulée, l’enquête criminelle sur les Rs 224 millions saisies dans les coffres-forts de River Walk a amorcé un tournant décisif avec l’ordre émis par la juge Ah Foon Chui Yew Cheong exigeant à toutes les banques commerciales opérant à Maurice de communiquer aux limiers du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi, les détails des transactions en dollars américains exécutées depuis 2009 à ce jour. De son côté, l’ancien Premier ministre ne compte pas rester les bras croisés pour une offensive d’un autre genre. Avec l’assentiment de ses conseils légaux, menés par Me Gavin Glover, Senior Counsel, il compte réclamer des copies de tous les documents saisis par la police et des interrogatoires subis under warning depuis son arrestation il y a 50 semaines.
Que ce soit dans le camp des enquêteurs du Central CID ou encore dans l’entourage de Navin Ramgoolam, le compte à rebours, enclenché depuis l’arrestation de Nandanee Soornack en Italie le 16 avril de l’année dernière, tire à sa fin. Dans quarante-huit heures, un obstacle majeur devra être franchi. En effet, Nandanee Soornack, celle qui se présente comme la « Guardian of the Ramgoolam Dynasty », a rendez-vous devant le full bench de la Cour d’appel de Bologne devant décider de son extradition. À ce stade, Navin Ramgoolam ne se contenterait que du rôle d’un protagoniste passif car il ne dispose d’aucun locus standi dans cette affaire le concernant de prime abord.
 Par contre, à l’Hôtel du gouvernement, où les différentes péripéties de la demande d’extradition sont suivies de manière systématique, l’on se dit confiant quant au dénouement de ce volet de l’opération Lakaz Lerwa Lion. « Nous avons déjà donné des garanties formelles au ministère Public en Italie par rapport aux appréhensions exprimées lors des délibérations précédentes devant le tribunal. À aucun moment les dispositions du traité d’extradition en vigueur depuis le 12 mars 1968 n’ont été dénoncées par l’Italie. Plus importante est la garantie fournie aux autorités italiennes au chapitre du respect des droits de l’individu car à aucun moment le Solitary Confinement en cas de détention de Nandanee Soornack, craintes évoquées à un certain moment, ne sera de mise », soutiennent des milieux autorisés.
L’unique héritière
 Les recoupements d’informations effectués auprès des sources concordantes indiquent que ces commitments formels ont déjà été transmis en Italie. Toutefois, la seule zone d’ombre reste la garde la benjamine de six ans, présentée par voie de déclaration officielle en cour comme étant l’unique héritière de l’ancien Premier ministre. La question demande à être tranchée : qui s’occupera de cette fillette au cas où la mère fait l’objet d’une détention provisoire à Maurice ? Aucune des sources approchées n’a voulu s’aventurer pour se prononcer sur cet aspect délicat de l’équation Ramgoolam/Soornack.
Par rapport à la séance de mardi, le scénario le plus plausible est qu’après avoir pris connaissance des garanties de Maurice, la Cour d’Appel ne pourra que réserver son ruling pour une autre séance et en cas de décision positive, une escouade du Central CID, comprenant au moins une policière, devra être constituée pour se rendre en Italie en vue de raccompagner Nandanee Soornack à Maurice.
 Toutefois, l’éventuelle extradition de Madam Ou Koné Ki Mwa ne devrait constituer que les préliminaires d’un bras de fer qui risque de durer dans le temps. À ce jour, le suspense est de mise quant à la posture que pourrait adopter Nandanee Soornack lors des séances d’interrogatoire au QG du Central CID sur les délits présumés retenus contre elle jusqu’ici. Elle pourra emboîter le pas à Navin Ramgoolam en faisant prévaloir son droit constitutionnel au silence tout en évitant d’incriminer l’ancien chef du gouvernement dans les scandales, notamment les commissions de Rs 100 millions obtenus de la société Dufry AG de Suisse pour le contrat de fourniture de produits de luxe à Mauritius Duty Free Paradise Ltd et sous le Sales Agency Agreement.
 À ce stade, Nandanee Soornack sait qu’elle jouera gros avec un prochain rapatriement. En marge d’inculpations provisoires, qu’elle collabore ou pas avec le Central CID, une épée de Damoclès pèse sur la tête de celle qui fut la femme la plus puissante à Maurice jusqu’à sa fuite en Italie le jeudi 11 décembre 2014. Elle pourrait devenir le premier cas de demandes d’Unexplained Wealth Orders sur ses différentes propriétés immobilières en son nom ou sous de prête-nom avec l’entrée en vigueur du Good Governance and Integrity Act depuis le 1er janvier dernier.
 Connexion Ramgoolam, Gleeson et Obadia
 Les procédures en vue constituer l’Integrity Board avec un juge du Commonwealth à la présidence et la nomination de deux assesseurs et d’un directeur général pourraient être bouclées pour coïncider avec un éventuel retour de Nandanee Soonack à Maurice. À ce jour, une short-list de six juges du Commonwealth intéressés par ces fonctions a été dressée. Ce détail a été confirmé par le ministre de la Bonne Gouvernance, Roshi Bhadain, lors d’un point de presse hier matin. L’Integrity Board et les instances prévues sous le Good Governance and Integrity Act devront être opérationnelles au plus tard au cours de la première quinzaine de mars prochain.
Difficile à dire si Nandanee Soornack se laissera tenter par un plea bargain avec les autorités en vue de sauver une partie de son patrimoine foncier, comprenant entre autres le domaine à Floréal, ayant appartenu aux Maingard, ou encore l’appartement de luxe Djembe de Diplomat Garden des Rawat à Floréal. Des sources ayant tenté dans le passé un va-et-vient entre les deux parties en vue d’élaborer un modus operandi soutiennent que « tout dépendra jusqu’où Nandanee Soornack est disposée à aller dans sa collaboration avec les enquêteurs ».
 Dans cette perspective, Nandanee Soornack doit gérer deux contraintes majeures, soit d’abord la contradiction de versements des commissions de Dufry AG de Rs 100 millions dans deux comptes bancaires en Suisse opérés en son nom et ses affirmations qu’elle n’a rien bénéficié de ces transactions douteuses au nom de Mauritius Duty Free Paradise Co. Ltd et ensuite ces réclamations logées par son ancien partenaire d’affaires, Rakesh Gooljaury, au sujet de fonds de Rs 25 millions avancés pour l’acquisition du domaine Maingard, montant qui n’a pas été remboursé jusqu’ici.
 Si Nandanee Soornack veut s’exonérer de toute accusation dans l’affaire des commissions à la Mauritius Duty Free Paradise Ltd, elle devra dévoiler les dessous de la connexion Ramgoolam-Gleeson-Obadia dans le blanchiment de ces fonds à travers la société Wigan Ltd. À ce stade, elle aurait fait comprendre qu’elle ne serait pas encore prête à faire ce pas « pour couler Navin Ramgoolam, le père de sa benjamine », sans compter que sa version des faits sur les incidents dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 dans le bungalow de Navin Ramgoolam pourrait porter préjudice également à celui-ci.
 Ces questions ne seront d’actualité qu’en cas d’exécution de l’extradition contre l’ancienne partenaire d’affaires de Rakesh Gooljaury. Dans l’immédiat, le move des limiers du Central CID avec le dernier Judge’s Order en date devrait préoccuper davantage Navin Ramgoolam. Au terme de cet ordre de la Cour suprême, les banques commerciales sont tenues à communiquer aux enquêteurs de la Special Cell tous les détails des transactions en dollars américains depuis 2009 et avec l’identité des clients concernés et le montant des transferts.
 Jackpot
 Les éléments d’informations fournis par les banques devront aider à élucider le mystère des Rs 110 millions de never-used dollar notes avec des numéros de série successifs. Avant d’atterrir à Maurice, cette cargaison de coupures bancaires américaines avait transité dans un important pays européen. La banque commerciale concernée devra expliquer aux enquêteurs les circonstances dans lesquelles ces dollars américains ont été échangés dès leur réception à Maurice et sur quelles directives. Le seul hic est qu’aucun délai n’a été imposé pour boucler cet exercice de vérification s’échelonnant sur au moins cinq ans.
 Face à cette nouvelle initiative du Central CID, Navin Ramgoolam sort une astuce en deux temps dans ses manches. Dès le 14 janvier dernier, le Leading Counsel de son panel d’avocats, Me Gavin Glover, SC, a écrit officiellement au commissaire de police, Mario Nobin, pour réclamer une série de documents relatifs à l’enquête sur les bank vaults de Navin Ramgoolam, de son épouse et de sa soeur à la filiale de la Mauritius Commercial Bank (MCB) de Bell-Village.
 Me Glover compte revenir à la charge en début de semaine avec une autre démarche similaire mais de plus grande envergure. Une nouvelle correspondance sera adressée aux Police Headquarters en vue d’obtenir des copies de tous les documents, y compris les bank statements, les passeports de même que son permis de conduire saisis, des interrogatoires et dépositions de Navin Ramgoolam depuis son arrestation le vendredi 6 février de l’année dernière. Il va de soi que ces demandes émanant des conseils légaux de l’ancien Premier ministre auront des répercussions sur le calendrier du déroulement des différentes enquêtes diligentées ou encore les prochaines convocations aux Casernes centrales.
 En parallèle, Navin Ramgoolam se bat en Cour suprême pour réclamer l’invalidation du mandat de perquisition exécuté le vendredi 6 et le samedi 7 février 2015 qui a débouché sur la découverte des coffres-forts de River Walk et le jackpot de Rs 224 millions. L’affaire devra être entendue le 26 février prochain, l’ancien Premier ministre affirmant que ses droits constitutionnels ont été lésés par cette décision de la police. Le panel d’avocats, dont les services ont été retenus par Navin Ramgoolam, dénonçant cette « perquisition illégale », comprend sir Hamid Moollan QC, Mes Yousuf Mohamed, SC. Gavin Glover, SC et Showkat Oozeer.
 En ce début d’année, les rendez-vous ne manqueront pour Navin Ramgoolam