Rentré, hier matin, d’un périple qui l’a mené à Kinshaha pour le Sommet de la Francophonie, ensuite à Paris et à Londres tout le long de la semaine dernière, le Premier ministre, Navin Ramgoolam ne pourra échapper à des dossiers prioritaires, avec des développements prévus à plus au moins brèves échéances. Mais l’un des plus brûlants reste l’affrontement de front entre le vice-PM et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, et le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, portant sur le misalignment de la roupie avec des incidences majeures sur les plans politique et économique. Sur un autre plan, la grogne anti-PRB, qui risque de gagner en intensité avec la contestation grandissante, devra retenir l’attention du chef du gouvernement avec des demandes syndicales déjà formulées alors que le temps commence déjà à se presser en vue de déterminer les échéances pour les prochaines élections dans les cinq villes et au niveau des 130 villages. D’autre part, en marge des préparatifs budgétaires avec la définition des priorités faviorisant le consensus dans la conjoncture, Navin Ramgoolam s’apprête à effectuer une visite-réparation à Rodrigues du 2 au 4 novembre après l’absence aux célébrations du 10e anniversaire de l’autonomie du week-end dernier.
La passe d’armes au plus haut sommet des institutions financières portant sur la politique du taux de change de la roupie constitue une donne politique à laquelle le chef du gouvernement ne s’attendait nullement, surtout à la veille de la présentation du Budget 2013. Jusqu’en début de semaine, les deux protagonistes Xavier-Luc Duval et Manou Bheenick s’étaient contentés de la guerre des mots pour faire prévaloir leurs points de vue au sujet des répercussions du désalignement du taux de change de la roupie sur l’économie.
Fidèle à son mantra quant à la nécessité de garder l’inflation sous contrôle dans la conjoncture économique, le gouverneur de la Banque Centrale défend bec et ongles que tout réalignement de la roupie face au dollar américain aura pour conséquence d’alimenter la poussée inflationniste. Pour cause, 70% des importations de biens et de services sont libellées en dollars américains et tout mouvement de correction envisagé ne fera que venir se greffer aux coûts d’importations.
Au lendemain de la dernière réunion du Monetary Policy Committee, où il avait obtenu un maintien du Repo Rate au lieu d’une réduction, la Banque de Maurice avait pris le soin de souligner dans le communiqué officiel que le misalignment de la roupie, relevé par le Fonds monétaire international, a été corrigé. Un move anticipant une contre-attaque du ministère des Finances, qui veillait au grain déjà.
Néanmoins, au ministère des Finances, l’on ne devait pas pour autant s’avouer vaincu car les conclusions d’une étude commanditée au FMI étaient brandies pour soutenir le contraire, notamment que le désalignement de 12% de la roupie attend toujours d’être corrigé. Ce dialogue de sourds entre le ministère des Finances et la Bank of Mauritius Tower allait se poursuivre sournoisement jusqu’au retour du Grand Argentier de l’assemblée générale annuelle du FMI et de la Banque Mondiale durant le week-end dernier.
Probablement gonflé à bloc par les analyses de ses conseillers économiques au ministère, l’expert-comptable et ministre des Finances est revenu à la charge à deux reprises cette semaine, à l’encontre de la politique adoptée par la Banque Centrale. D’abord, mardi dernier, il déclarait publiquement que le taux de change de la roupie a fait perdre un point au taux de croissance économique de cette année.
Avec le scénario de Xavier-Luc Duval, la croissance aurait dû être supérieure à 4% en 2012. La politique du taux de change de la roupie aurait généré des effets néfastes sur le niveau des investissements, entraînant à la baisse le taux de croissance.
En fin de semaine, le ministère des Finances ne devait pas en rester là en passant à l’action avec des demandes de cotations auprès des banques commerciales pour l’achat de 100 millions de dollars américains, dont le principal effet se fait ressentir avec une progression de taux de change par rapport au dollar au-dessus de la barre des Rs 31 dès cette incursion sur le marché.
Pour les plus sceptiques et au-delà de qui a tort ou qui a raison, cette correspondance de l’Accountant General aux banques commerciales sur les 100 millions de dollars confirme l’état de déliquessence des relations entre le ministère des Finances et la Banque de Maurice, alors que le mandat de cette dernière institution est de gérer le portefeuille de devises étrangères du gouvernement et d’assurer un orderly management du taux de change. Cette initiative a semé la confusion dans les milieux d’affaires avec les banques commerciales réalisant qu’une Window of Windfall Gains s’est ouverte.
En l’absence du PM, le gouverneur de la Banque de Maurice adopte un low profile, préférant attendre un arbitrage au plus haut niveau de l’Etat, même si l’on n’hésite pas à affirmer que « cette décision vise à saper les objectifs de la Banque Centrale. »
Du côté du ministère des Finances, l’on minimise l’enjeu en sortant l’argument qu’il n’y a rien de mal d’ajouter des Bankers autres que la Banque de Maurice pour la gestion des besoins en devises. L’on ajoute que les dispostions du Banking Act 2004 relatives à des consultations avec la Banque Centrale a été respectée, « même si le gouverneur de la Banque affirme avoir appris cette nouvelle tard, jeudi. » Des milieux autorisés aux Finances affirment que le feu vert d’un des responsables de la Banque Centrale avait été sollicité à cet effet.
L’arbitrage recherché auprès du PM s’annonce délicat à trois semaines de la présentation du Budget entre un vice-PM et ministre des Finances, également leader d’un parti politique partenaire d’une alliance politique numériquement vulnérable, et un gouverneur de la Banque centrale, de surcroît ancien ministre des Finances et jugé proche du leader du PTr mais aussi réputé pour ses accrochages avec au moins un des précédesseurs de Xavier-Luc Duval.
Au-delà de cette guerre entre les Finances et la Banque Centrale, un autre dossier politique majeur attend le signal du PM dans les prochains jours. Comme annoncé dans les deux précédentes éditions de Week-End, l’obstacle des règlements découlant du Local Governement Act 2011 a été enlevé. Après la publication dans le Gazette du Gouvernement des Local Government (Adequate Representation of Each Sex on Local Authority and Validity of Reserve Lists) Regulations 2012, promulguées par le ministre des Adminsitrations régionales, Hervé Aimée, en date du 12 octobre, une dernière étape sera franchie demain.
En effet, les Municipal City Council and the Municipal Town Council Elections Regulations 2012 et les Village Council Elections Regulations 2012 sous le Representation of the People’s Act entreront en vigueur à partir de demain matin. Ces Regulations, qui ont fait l’objet de consultations entre le Bureau du Commissaire électoral, l’Attorney General’s Office et la présidence de la République et le feu vert de Me Geiffrey Cox, ont été avalisées par les instances compétentes, ouvrant la voie à l’organisation d’élections municipales et villageoises.
D’aucuns affirment que d’ici la fin du mois, le PM devra émettre les Writs of Elections pour les 30 arrondissements urbains et les 130 Village Council Areas en vue de respecter le Local Government Act. Les conseils municipaux et les conseils de districts se réunissent ces jours-ci pour la dernière fois en vue d’adopter les Budget Estimates pour 2013 avant que n’intervienne la dissolution de ces instances en même temps que la publication des Writs.
Les dernières spéculations en date avancent que les élections dans les cinq villes pourraient se dérouler le dimanche 2 décembre avec le Nomination Day fixé au samedi 17 novembre. Par contre, les élections villageoises pourraient être organisées le dimanche 16 décembre avec le dépôt des candidatures au plus tard le samedi 1er décembre. A ce stade, difficile à dire qui des débats budgétaires à l’Assemblée nationale ou de la campagne des municipales voleront la vedette en novembre au cas où le scrutin dans les 30 wards urbains est fixé au 2 décembre dans les jours à venir.
Toutefois, un rendez-vous que pourra difficilement repousser le PM se profile sous la forme de ce prochain déplacement pour Rodrigues entre le 2 et le 4 novembre. Après la cérémonie officielle à l’Aapravasi Ghat dans la matinée du 2, Navin Ramgoolam prévoit de s’envoler pour une Long Overdue Visit dans cette partie du territoire de la République après avoir décliné l’invitation pour les célébrations marquant le 10e anniversaire de l’autonomie.
Du côté de Port-Mathurin, le gouvernement régional met au point les derniers détails de cette visite. Le PM pourrait être appelé à procéder à l’inauguration du Salon Infotech à Rodrigues, organisé par le ministère des Techonologies, de l’Information et des Communications conjointement avec l’Executive Council de l’Assemblée Régionale. Cet événement sera l’occasion de replacer en perspective le projet de câble en fibre optique reliant Maurice et Rodrigues en vue de désenclaver digitalement cete dernière île.
Dans les milieux des syndicats à Rodrigues, l’on croit dur comme fer que le PM pourrait être porteur de la décision au sujet de la réintroduction des subventions sur le fret à Rodrigues en vue de soulager les ménages dans l’île au niveau des prix au détail, faute de Rodriguan COLA. La question des recommandations du Pay Research Bureau (PRB) pour l’Assemblée Régionale de Rodrigues pourra égalemenrt être abordée avec le PM lors des discussions, compte tenu de la prise de position du chef-commissaire Serge Clair après la publication du rapport (voir détails plus loin).
Le temps de rentrer à Maurice, le PM devra engager les dernières consulations avec le vice-PM et ministre des Finances sur le Budget speech du vendredi 9, soit le temps des derniers ajustements en terme de stratégie et de politiques vu que presque toutes les projections préliminaires semblent indiquer que 2013 sera encore testing, comme l’affirme le secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, dans son last budgetary call aux responsables de la fonction publique.
A ce stade, au chapitre des live issues, le dossier de la réforme électorale a été momentanément relégué au second plan en attendant toute relance au tournant d’une prochaine Private Notice Question du leader de l’opposition, Paul Bérenge