Le constat et les perspectives économiques dans la zone Euro continuent à susciter de vives appréhensions, que ce soit parmi les décideurs politiques ou au sein de la communauté des opérateurs économiques. Avec l’absence de signes d’un éventuel redressement de la situation sur les principaux marchés d’exportation de biens et de services traditionnels en Europe, interviennent des révisions à la baisse du taux de croissance de l’économie mauricienne, qui devrait se retrouver, au terme d’un scénario nullement pessimiste, dans la fourchette de 3% à 3,3% à la fin de cette année. Mais plus grave demeure le fait que les prévisions pourraient être encore plus inquiétantes, pour ne pas dire catastrophiques, pour 2013, avec les Knock-On Effects de la crise européenne. Les derniers chiffres du tourisme européen pour la période de janvier à juillet de cette année, soit une baisse de 7,1%, et la confirmation de la tendance baissière pour la prochaine saison haute, donnent une indication de la déferlante menace de s’abattre sur les rivages économiques.
Au-delà de la vaine bataille des chiffres de la croissance pour 2012, avec les dernières prévisions officielles attendues d’ici le mois prochain, la Mauritius Commercial Bank, par le truchement du MCB Focus N° 51, publié vendredi, vient remettre en perspective les enjeux face à la crise. Le thème du document, « Mauritius – Deepening and Entrenching its Reach in Africa », fait la part belle à des efforts concernés et structurés en vue de favoriser la régionalisation et une extension des frontières économiques.
Le Group Chief Strategy Officer et Adviser auprès du conseil d’administration de la MCB, Gilbert Gnany, Vicky Hurrynag, Head Strategy, Research and Development, et Nuvin Balloo, Business Strategist, Research, font un véritable plaidoyer en faveur d’un visa Afrique pour la croissance de la Mauritius Inc. dans le contexte économique marqué par des incertitudes et des vicissitudes dans la zone Euro. La finalité de cette intégration économique régionale est que « Mauritius can support the case in regional forums for the design and implementation of a standardised African Passport which would promote free mobility of people as well as facilitate intra-regional trade and investment ». Le défi s’annonce immense.
D’entrée de jeu, Gilbert Gnany soutient que « a major tenet of the national restructuring agenda should be the broadening of the country’s economic frontiers via the diversification of our stance vis-à-vis emerging markets, including the ensconcing of our positions as a key regional hub bridging Africa and other parts of the world, including Asia ». Il ajoute que le ciblage de l’Afrique devrait être la priorité des priorités, car le potentiel de croissance du continent africain ne peut être négligé. Dans un contexte international marqué par le marasme, l’Afrique a enregistré un taux de croissance de 5,1% en 2011, et les prévisions établies par le Fonds monétaire international (FMI) pour cette année sont encore favorables.
Sans se laisser emporter par l’Euro-pessimisme de l’heure, MCB Focus rappelle les derniers principaux effets de la crise de l’Euro Zone sur Maurice, à savoir une décroissance de 7,1% du marché touristique européen pour la période allant de janvier à juillet de cette année (voir détails plus loin), et une chute de 5% des exportations de Maurice vers l’Europe pour le premier trimestre, en dépit de la performance robuste des opérations du Seafood Hub. Les espoirs placés dans la Looking East Policy en matière de diversification des marchés n’a pas généré les résultats escomptés. La République populaire de Chine et l’Inde subissent les contrecoups de la crise en Europe avec un net ralentissement de leurs taux de croissance.
« Far from moderating or overriding traditional sources of growth and nascent export diversification prospects, our strategy should hinge on viewing Africa as a land of opportunity in its own respect. Aside from the likely bolstered earnings from exports of goods and services, the extension of our economic frontiers and market space would assist Mauritius in its quest for continuous economic progress beyond that implied by GDP figure », propose la MCB.
Pour atteindre cet objectif, avec « Mauritius ideally poised to emerge as a catalyst of regional cooperation », la MCB prône une série d’initiatives et de mesures en complément de l’Africa Strategy si chère au vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval.
Le Regional Positioning Agenda de Maurice pourrait comprendre cinq composantes, à savoir :
• une optimisation de la participation de Maurice dans les blocs régionaux comme la COMESA ou la SADC, en vue de profiter des retombées à court et à long terme,
• une amélioration de la pénétration du marché d’exportation en Afrique également par les petites et moyennes entreprises,
• assurer des sources d’approvisionnement des matières premières pour faciliter l’intégration verticale de la production locale,
• rehausser l’attrait de Maurice en tant que Hub pour accueillir les quartiers généraux régionaux des multinationales, avec le pays en tant que tête de pont dans la conquête de nouveaux pôle de croissance dans la région, et
• stimuler le Foreign Direct Investment (FDI) au niveau régional.
Le modèle de Singapour, avec des institutions comme l’International Enterprise Singapore, le Singapore Economic Development Board et le Standards, Productivity and Innovation Board, est cité en exemple en vue de traduire dans la réalité cet agenda régional. « Mauritius has a trump card to play with regards to entrenching its positioning as a regional trading, financial, telecommunication, knowledge and innovation hub acting as the obvious bridge for global business penetration and structuring of investment from Europe and Asia into Africa », croit la MCB. Dans le cadre de cette initiative régionale, le rôle du gouvernement se concentre à la mise en place d’un environnement macroéconomique susceptible de promouvoir le développement du secteur privé.
Dans cette perspective, la diplomatie économique devra prendre une nouvelle dimension pour promouvoir et encourager des alliances et des partenariats stratégiques dans la région. Une des institutions préconisées pour concrétiser les nouvelles ambitions régionales de Maurice est l’Africa Bureau, dont le financement devra être assuré conjointement par le gouvernement et le secteur privé. Cette agence, qui devra travailler en collaboration avec l’Africa Centre Platform du Board of Investment, servira d’appoint stratégique pour les investisseurs potentiels dans la région.
La connectivité, au sens le plus large du terme, est un autre facteur crucial dans la réussite de cette politique d’intégration économique régionale envisagée. « The global and regional connectivity of Mauritius can be further enhanced at levels such as trade, transportation and communication technology, in order to expand market access, reduce economic distance as well as facilitate trade, investment and labour mobility », soutient le Group Chief Strategy Officer de la MCB.
Dans la seconde partie de cette étude dans la série MCB Focus, Vicky Hurrynag et Nuvin Balloo dressent un bilan du parcours économique réalisé par Maurice en terre africaine et balisent les avenues à emprunter. Ils font état des atouts de Maurice sous forme de « low, simple and predictable fiscal regime » avec l’absence de l’imposition de la Capital Gains Tax, de Withholding Taxes sur les dividendes et un taux de perception fiscale de 15%, l’abolition de tout contrôle de change, l’adhésion à un réseau d’accords et de traités avec des pays d’Afrique et des facilités hors-taxes sur un marché de 425 millions de consommateurs et un cadre légal, bancaire et financier sophistiqué.
Toutefois, les deux responsables de la cellule stratégie de la MCB mettent l’accent sur l’importance d’un rehaussement du cadre macroéconomique, d’investissements et des infrastructures pour assurer ce bond économique en Afrique, qui n’est plus le « Forgotten Continent ». « Whilst some headway has been made to promote Mauritius as a regional hub in a variety of fields, fully realising the benefits of our ambition warrants that current policies be reinforced ans specific enablers at other levels be introduced towards fostering noticeable interest in the country by foreign investors and businesses », ajoutent-ils en guise de recommandations.
Force est de constater que la présente édition de MCB Focus de 75 pages, avec en annexe des Fact Sheets détaillés sur pas moins de 26 économies en Afrique avec des intérêts particuliers dans le projet d’intégration économique régionale et privilégiant les Findings de l’étude entreprise par Ernst & Young, portant sur la 2012 Attractiveness Survey en Afrique, permet de dicter de nouvelles perspectives au débat économique au-delà de la simple interprétation du taux de croissance en marge des consultations prébudgétaires présidées par le vice-Premier ministre et ministre des Finances.
Mercredi, Xavier-Luc Duval animera la grand-messe prébudgétaire, avec une séance de travail ayant pour interlocuteurs les représentants syndicaux. Les surenchères ne manqueront pas d’autant que le suspense est toujours de mise sur le coût de la mise à exécution du rapport du Pay Research Bureau pour le secteur public avec des répercussions sur le secteur privé.