En dépit du calme apparent à la surface, des secteurs économiques majeurs traversent de véritables zones de turbulence. Le show opposant le vice-Premier ministre et ministre des Finances,  Xavier-Luc Duval, au gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, au sujet de la conduite de la politique monétaire et le réveil en panique de l’industrie sucrière devant les répercussions sur le prix de l’échéance 2017 avec le démantèlement du régime de quota d’exportation de sucre en Europe constituent autant de dossiers préoccupants en ce début d’année. Sur le front de la politique monétaire, aucun signe d’apaisement dans les hostilités ne semble « forthcoming » même si chacune des parties se permet de choisir le timing approprié pour assommer l’autre avec des piques. Au niveau de l’industrie sucrière, le Syndicat des Sucres, pris au dépourvu par la tournure des événements, a tenté en vain de minimiser les perspectives difficiles sur le marché européen. Toutefois, le nouveau front de la reconduction du Long Term Partnership Agreement avec Sudzucker pourrait s’avérer encore plus hasardeux pour cette même institution.
Même s’il serait prématuré de dire que les ponts sont coupés entre le ministère des Finances et la Bank of Mauritius Tower dans le sillage des dernières délibérations du Monetary Policy Committee en date, les plaies sont loin d’être cicatrisées. En fin de semaine, le ministère des Finances a récidivé avec un nouveau communiqué prenant pour cible le gouverneur de la Banque de Maurice sur la question des excédents de liquidités dans le circuit monétaire et de la politique des taux d’intérêts. « The ministry of Finance would therefore  not support an increase in the Key Repo Rate in the current circumstances », répète le ministère même si le débat relatif est déjà clos.
En marge de cette démarche, le ministère des Finances opère sur d’autres fronts pour acculer la Banque de Maurice dans ce bras de fer. Des indications sont que dans les jours à venir, Xavier-Luc Duval montera de nouveau en première ligne pour le lancement du Mauritius-Africa Fund de Rs 500 millions annoncé dans le Budget 2014. Cette sortie s’inscrit dans la perspective de la stratégie élaborée par le ministère des Finances pour faire la démonstration que « the Bank of Mauritius is not fully using all its capacity to mop up excess liquidity » contrairement aux efforts des Finances.
Ainsi, mardi dernier, le Fast Track Committee, annoncé dans le dernier budget et placé sous la présidence du secrétaire financier, Dev Manraj, s’est réuni en vue d’insuffler un nouvel élan aux projets d’investissements en attente. Cette première réunion a procédé à l’examen d’une dizaine de projets majeurs dans les domaines de l’immobilier, du port, de l’aéroport et de l’éducation en vue du démarrage de ces chantiers cette année.
Le ministère des Finances, qui fait état d’au moins 76 projets pour des investissements globaux de Rs 50 milliards, se dit confiant des retombées des travaux du Fast Track Committee pour résoudre le problème des excédents de liquidités. « This should significantly increase demand for bank loans this reducing excess liquidity in the system », affirme le communiqué de vendredi.
Même si le ton utilisé en fin de semaine est probablement moins virulent, dans le fond, le différend entre les Finances et la Banque Centrale demeure fondamental au point où un ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, aujourd’hui président de l’International Financial Services Ltd, s’est permis de commenter cette situation en prenant la précaution de souligner que ce n’est pas dans son intention de pencher en faveur de l’un ou de l’autre protagoniste. Il intervenait, vendredi, lors d’une présentation de l’état de l’économe à un parterre d’Assets Managers et spécialistes des finances, dont des étrangers.
« Le spectacle de la guerre des communiqués entre le ministère des Finances et la Banque de Maurice n’a que trop duré. La principale conséquence se présente sous la forme de véritables atteintes à l’image du pays sur le plan international. Je fais un appel au Premier ministre pour qu’il intervienne et mettre un terme à cet épisode des plus ridicules vu que la semaine prochaine Moody sera à Maurice pour un exercice de notation de l’économie », déclare Rama Sithanen, qui avance que du temps où il occupait les fonctions de Grand Argentier, le problème des excédents de liquidités avait surgi.
« Les excédents de liquidités ne sont nullement un problème nouveau pour Maurice. Nous savons comment les résoudre. The burden of the costs must be shared. Il suffit que les deux parties se mettent à table pour établir les modalités. Point à la ligne. Je trouve encore plus ridicule la démarche visant à embrigader le Fonds monétaire international en vue d’un arbitrage sur la question », poursuit-il en s’appesantissant sur le fait que la politique monétaire ne peut être la panacée de tous les problèmes économiques du pays.
Tout en prenant à contre-pied le mantra anti-inflationniste de la Banque de Maurice, Rama Sithanen se range dans le camp de ceux qui soutiennent que l’inflation ne devrait pas représenter de gros risques pour Maurice cette année. « The risks are stacked against growth, investment and unemployment. The policymakers must ensure that the green shoots are not turned into brown studs. Inflation will remain tame, moderate », fait-il comprendre comme pour mieux situer les veritable enjeux de l’économie.
L’ancien ministre des Finances, qui a piloté le premier volet de la réforme économique, initiée depuis 2006, prescrit que le pays a besoin d’un taux de croissance de plus de 5% pour assurer la relance et combattre le chômage. « Le problème du chômage devient encore plus complexe. Après le chômage des jeunes et celui des femmes, nous sommes confrontés à un grave problème de Graduate Unemployment. Nous devons agir. La seule solution passe par un approfondissement de la réforme. Malheureusement, nous constatons qu’il y a même un recul sur le plan des réformes. Au risque de me répéter, je dirai que the country will have to bite the bullet of economic adjustment and structural reform. There is no way out», fait ressortir Rama Sithanen à Week-End, qui l’interrogeait après son exposé. Il maintient que la clé de cette croissance de 5% et plus reste la reprise du programme de réforme économique.
L’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances met en garde contre un optimisme béat entretenu quant aux retombées à Maurice d’une éventuelle reprise économique dans le monde. « Je crois que nous devrons reconnaître une logique. En période de crise, Maurice a souffert de manière modérée et avec la reprise, il faudra s’attendre à des effets modérés également. Il ne faut pas occulter le fait que la tendance de la reprise en Europe, un des principaux partenaires économiques de Maurice, s’annonce encore timide et vulnérable. Il faudra faire preuve de prudence et de vigilance », prévoit-il.
Rama Sithanen mise davantage sur une amélioration de la croissance des échanges commerciaux dans le monde que sur la croissance économique. « Trade growth is important. Les dernières prévisions sont que les échanges commerciaux progresseront de 3,1% à 4,6% en 2014 et à 5,1% en 2015. Maurice peut prendre avantage de la relance des échanges commerciaux dans le monde », dit-il.
En conclusion, la question que se pose le président de l’International Financial Services Limited demeure « si le Paradigm Shift dans le secteur des services financiers pourra se faire comme il a été le cas jusqu’ici dans l’industrie sucrière et le tourisme. Les incertitudes au sujet du traité de non-double imposition avec l’Inde nous ramènent à une réalité bien complexe sans oublier la passe difficile que traverse l’Afrique du Sud. Il y a encore les conséquences sur Maurice d’un Bumpy Quantitative Easing aux Etats-Unis ».
Une autre façon de remettre en perspectives le débat sur le plan économique et souligner le caractère Irrelevant d’une querelle où l’un des protagonistes présente l’autre comme un marchand de pomme d’amour et l’autre comme gérant de poulailler…