La dégradation continue de la situation économique dans la zone Euro continue à susciter des appréhensions au sein de la communauté des opérateurs économiques même si lors des récentes Spring Meetings du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, un satisfecit a été octroyé à Maurice pour sa performance jusqu’ici. Avec les derniers développements intervenus en Europe, que ce soit en Espagne ou aux Pays-Bas en passant par la Grande-Bretagne, l’on ne cache nullement le fait qu’il y a une tournure préoccupante à anticiper dans les mois à venir. Dans la conjoncture, la parité de l’Euro par rapport au dollar américain sur le marché de changes demeure l’indicateur à surveiller. Actuellement, le taux tourne autour de 1.32 alors que toute détérioration en dessous de la barre de 1.30 ou encore se rapprochant de 1.25 pourrait constituer un véritable cauchemar pour les exportations de biens et de services libellées en euro.
Le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, qui vient de rentrer des réunions de Washington, se veut réaliste face aux derniers soubresauts de l’économie dans la zone Euro, tout en préconisant la vigilance pour Maurice. « Le fait incontournable est que la reprise économique restera timide, comme envisagé. Le problème dont fait face l’Espagne était anticipé. Le FMI a augmenté son firepower et je ne crois pas qu’il faut désespérer. Les responsables de la l’économie mondiale sont dotés de la capacité nécessaire pour assurer la gestion », tente-t-il de rassurer d’un point de vue général.
Toutefois, Manou Bheenick ne veut pas occulter l’évolution dramatique de la situation en Europe avec les problèmes n’affectant pas seulement les économies à la périphérie. « Tout le monde parle de la crise en Espagne depuis un bon bout de temps. Mais aujourd’hui, la Grande-Bretagne est en pleine récession et des turbulences politico-économiques ébranlent les Pays-Bas. Qaund la débandade commence à toucher des Core European Economies, cela devient franchement inquiétant et il devient de plus en plus évident que nous devrions accélérer le processus de réduction de notre dépendance sur l’Europe », poursuit-il.
Le gouverneur de la Banque de Maurice, tout en évitant de se faire accuser de pratiquer l’alarmisme, souligne que « nous n’avons pas de raison de croire que la détérioration économique se fera aussi rapidement. Nous n’avons d’autre choix que de jouer la carte de la diversification à fond. Maurice est une trop petite île pour croire pouvoir régler les problèmes de l’économie mondiale. What we can do is to fix ourselves. Nous avons besoin d’être extrêmement vigilants. Nous ne devrions pas nous complaire des solutions de facilité. Nous avons besoin de changer notre fusil d’épaule et approfondir le processus de diversification des marchés d’exportation ».
En ce qui concerne la croissance, la Banque de Maurice est catégorique. « La demande intérieure n’est pas suffisamment conséquente pour stimuler le moteur de la croissance. Nous avons besoin de miser sur des marchés autres que les traditionnels. Sur le plan local, l’effort pourrait être plus soutenu au niveau des investissements publics. Mais attention, l’expérience de la République populaire de Chine et du Japon a démontré qu’une telle stratégie ne mènera pas très loin », s’appesantit Manou Bheenick, qui s’apprête à accueillir ses pairs de la Southern African Development Community (SADC) pour la réunion bi-annuelle à l’hôtel Maritim ce week-end.
D’autre part, les difficultés économiques en Europe, plus particulièrement en Espagne, en Grèce et en Grande-Bretagne,  et les incertitudes politiques avec les élections présidentielles en France et les éventuelles répercussions sur l’axe Berlin-Paris sont autant de zones d’ombre qui perturbent les opérateurs mauriciens, notamment ceux du secteur touristique. « Il faudra s’attendre à voir l’Espagne ou la Grèce, deux destinations touristiques non-négligeables, à offrir des packages à bon marché en Europe pour concurrencer les marchés de longue distance, dont Maurice. Nous devrons être en mesure d’anticiper les répercussions d’un tel scénario pour la prochaine haute saison. Les risques sont bien réels », avoue-t-on dans les milieux autorisés.
Toutefois, dans l’immédiat, les yeux de ces mêmes opérateurs engagés dans les exportations de biens ou de services sont braqués sur l’évolution du taux de change de l’euro dans le sillage de ce cortège de problèmes qui affectent l’Europe. Les premières analyses indiquent que toute baisse nominale d’un point dans le taux de change de l’euro par rapport à la roupie se traduit par un manque à gagner entre Rs 500 millions et Rs 700 millions pour l’ensemble de l’économie.
À l’exception du tourisme, vu que la traditionnelle basse saison dure jusqu’à octobre prochain, la performance des autres secteurs économiques — le textile et la confection, le BPO/ICT, le sucre ou encore le Global Business Sector aux prises avec la General Anti-Avoidance Rule (GAAR) en Inde — s’avère extrêmement cruciale pour 2012. Avec un mois entamé dans le deuxième semestre, la véritable question qui se pose est si les perspectives seront suffisamment solides pour renverser l’euro-pessisisme qui semble s’installer dans le monde des affaires depuis le début de l’année.
Pour preuve, les observateurs de la scène économique locale évoquent dans les grandes lignes l’indice de confiance établi par la Chambre de Commerce et d’Industrie pour le premier trimestre de cette année. D’entrée de jeu, cette institution du secteur privé ne se prive pas pour affirmer qu’ »au vu de la détérioration de la conjoncture économique mondiale, les prévisions sont que 2012 sera, soit l’année d’un lent ralentissement de l’économie mondiale, soit l’année d’une rechute en récession ». Les dernières données sur le plan international semblent vouloir favoriser ce dernier scénario.
« Après un quatrième trimestre marqué par un certain dynamisme de l’activité dû aux fêtes de fin d’année, les entrepreneurs disent avoir constaté une nette baisse des affaires en janvier dernier, baisse singulièrement forte en cette période de l’année, laissant craindre le pire », trouve encore la Chambre de Commerce et d’Industrie, qui identifie quatre facteurs majeurs, soit
une conjoncture économique fragilisée par la succession de crises ;
le choix du maintien de la roupie forte avec des répercussions conséquentes sur la compétitivité et la profitabilité des entreprises ;
la dégradation du niveau de confiance des consommateurs devenus frileux et
le manque de visibilité décourageant des investisseurs et retardant le démarrage de nouveaux projets.
À ce titre, force est de constater qu’à la fin du premier trimestre, une majorité de l’échantillonnage du monde des affaires, soit 55%, « juge la situation économique du pays et son évolution inquiétantes », alors que seulement 2% pensent « que tout va pour mieux dans le meilleur des mondes ». L’évolution de la perception du monde des affaires pour ce présent trimestre semble difficilement se relever de l’optimisme, d’autant que des économies à forte croissance comme la République populaire de Chine et l’Inde ont dû revoir à la baisse leurs prévisions initiales à peine le premier trimestre bouclé.
Les répercussions de cette morosité sur le niveau de l’emploi suscitent des appréhensions, même si dans l’immédiat l’heure ne paraît pas si grave et que le National Resilence Fund de Rs 7,3 milliards, annoncé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, dans le budget de novembre dernier, peut être activé à brèves échéances pour sauver des emplois. La Chambre de Commerce et d’Industrie fait état d’un risque de dérapage au niveau du chômage.
« Néanmoins, nous devons rester prudents car environ 15% de l’échantillonnage pensent avoir recours à des licenciements économiques dans le court et moyen termes pour maintenir la viabilité économique et financière de leurs entreprises. Ce taux n’était que de 9% au cours du dernier trimestre de 2011 », appréhende la Chambre de Commerce et d’Industrie en conclusion du dernier Business Confidence Indicator en attendant le prochain en juillet.