«L’éradication de la pauvreté est le plus grand défi auquel est confrontée l’humanité  et représente la condition indispensable pour le développement durable ». Cette déclaration commune adoptée par tous les participants au Sommet du G77+Chine le mois dernier en Bolivie, appelant, par conséquent, la communauté internationale à oeuvrer dans le but d’éliminer le fléau de la planète d’ici à 2030, tombe quelques jours à peine avant la publication du rapport annuel du Boston Consultancy Group sur le Global Wealth Index, 2014. Le rapport indique en effet que le nombre de millionnaires dans le monde a bondi de 20% l’an dernier, passant de 13,7 millions de foyers possédant un patrimoine supérieur à  1 million de dollars d’actifs liquides (immobiliers exclus) en 2012 à 16,3 millions en décembre 2013. Parmi ces ménages, ce sont les fortunes supérieures $ 100 millions qui ont été particulièrement favorisées, leur patrimoine ayant connu une hausse de 25% passant à $ 8,400 milliards. Et comme il fallait s’y attendre, ce sont les États-Unis qui se taillent la part du lion du nombre de millionnaires avec 43% du total mondial suivis paradoxalement de la Chine avec 2,3 millions de foyers.
 Il ne fait aucun doute que ce contraste singulier de la situation socio-économique globale est, dans une grande mesure, tributaire de la dichotomie flagrante entre les discours et les actes des décideurs politiques mondiaux, ce en fonction de leurs intérêts géostratégiques et autres. Comment sinon expliquer  le fait qu’alors que l’on ne cesse de nous rebattre les oreilles que la solution au problème du chômage réside dans la croissance économique, une telle corrélation dans les faits n’est presque jamais observée. D’autre part, prenant en compte le fait que la croissance ne laisse jamais indemnes les valeurs environnementales, pourquoi la dégradation écologique de notre biosphère, qui est un espace fini, ne suscite-t-elle aucune réponse ferme et adéquate de la part des plus grands pollueurs de la planète ?
  Balancer la carotte économique pour faire avancer des intérêts politiques ne résoudrait en aucune façon le problème de la pauvreté dans le monde. Ce n’est certainement pas la signature d’un accord de coopération commerciale que ce soit avec Moscou ou Bruxelles ou le transfert du mur de Berlin à l’Est de l’Ukraine qui changerait la vie des gens dans les régions concernées. Ce n’est également pas en finançant à coups de centaines de millions de dollars des mouvements séparatistes contre leurs régimes respectifs alors que des millions de réfugiés, femmes et enfants, attendent une aide humanitaire d’urgence dans des camps de fortune,  que l’on finira par instaurer la « démocratie » dans les pays concernés. Le chaos indescriptible qui règne ces jours-ci en Syrie, Irak ou Libye en dit long sur le modus operandi des Occidentaux.
 Par ailleurs, si un pays comme la Chine qui est présente dans presque toutes les grandes instances internationales – conseil de Sécurité, G20, G77, BRICS, l’OMC, etc – a pu, sur le plan politique, résister à la déferlante qui a englouti les idéologies antagonistes en novembre 1989, sur le plan économique cependant, tel n’a pu être le cas. Soulignons d’emblée que s’il ne convient certainement pas de jeter l’opprobre sur l’économie du marché qui demeure avant tout un outil indispensable de production et d’allocation des ressources, il incombe toutefois de faire le distinguo entre l’économie du marché et la société de marché, cette dernière  impliquant surtout la marchandisation totale d’une société, donc de toutes ses valeurs et ressources y compris humaines. Ainsi, il convient de constater que la  culture multimillénaire chinoise s’est convertie, en une génération, en une culture de profit, rendant plus tendues les relations sociales, professionnelles, etc. Dans ce même contexte, un peu partout dans le monde, y compris à Maurice, les mutations radicales et rapides induites par l’ouverture économique à outrance sans le respect des règles de prudence, ont ébranlé les sociétés sur leurs bases, fait éclater les structures familiales, encouragé l’immoralité et la décadence, entraîné une montée de l’individualisme, de fortes pressions au travail et sur l’enfant investi désormais d’un impératif de réussite.
 Finalement, il n’est un secret pour personne que le modèle économique actuel ne favorisant que les plus fortunés – qui le sont par des moyens licites ou illicites –, à l’instar des banques qui ne prêtent qu’aux riches, l’on ne peut que déplorer la tendance tacite de ce modèle d’asphyxier le formidable projet du célèbre économiste bangladais, Muhammad Yunus, concernant le microcrédit, la bourse et l’entreprise sociale visant à sortir ceux au bas de l’échelle et les déshérités de la pauvreté et pour lequel il fut décerné le prix Nobel de la paix en 2006.