Le groupe ENL est optimiste pour l’avenir mais veut avancer avec prudence conformément à son Business Plan 2012/2014. Le Group CEO, Hector Espitalier-Noël, l’a affirmé hier après-midi lors d’une rencontre à l’hôtel Le Labourdonnais avec des analystes financiers pour une présentation des résultats des différents segments d’activités du groupe et des perspectives de développement. À part les secteurs hôtelier et IRS (Integrated Resort Scheme), les intérêts des actionnaires du groupe ont été assez bien préservés des séquelles de la crise économique globale, a affirmé Hector Espitalier-Noël. Il a soutenu par ailleurs que les investissements consentis ces dernières années commencent à porter leurs fruits et que le groupe compte poursuivre son développement dans l’immobilier tout en recherchant des synergies avec Rogers, sa nouvelle filiale. C’est ainsi qu’un pôle financier sera reconstruit avec l’apport de Rogers et qu’une expansion d’activités est envisagée dans les îles avoisinantes et en Afrique.
Pendant près de deux heures hier, Hector Espitalier-Noël, épaulé par Gilbert Espitalier-Noël, Éric Espitalier-Noël et Jean Raymond Hardy, respectivement CEOs des divisions “Property”, “Commercial” et “Agribusiness” du groupe ENL, a élaboré sur les activités et performances des différents segments d’activités du groupe au cours de l’exercice financier 2011/2012 et évoqué les perspectives de développement pour 2012/2013. Hector Espitalier-Noël a d’abord fait état de la simplification de la structure du groupe avec ENL Limited en tant que société holding et des participations majoritaires dans ENL Land, ENL Investment et ENL Commercial. Cette simplification de structure, dit-il, permet à chaque filiale de se focaliser sur les activités propres et de produire des résultats avec la plus grande efficacité possible et selon les objectifs fixés dans le plan triennal (2012/2014). Cet exercice était aussi une occasion pour les dirigeants de réaffirmer l’identité du groupe, soit une société familiale faisant montre d’un esprit d’entrepreneuriat avec un profond attachement aux valeurs humaines et au développement du pays et une forte croyance dans le potentiel du groupe de s’étendre au plan régional.
Agissant également en tant que CEO d’ENL Investment et de ENL Land, Hector Espitalier-Noël a souligné que le groupe dans son ensemble « n’a pas trop mal fait » en 2011/2012 en dépit d’un contexte économique contraignant. Disposant de biens immobiliers conséquents — le groupe a à son actif un total de 15 900 arpents de terre — ENL a su graduellement les développer pour qu’ils génèrent des revenus importants. Toutefois, ont fait ressortir les dirigeants d’ENL, il ne s’agit nullement de la pratique d’une politique de terre brûlée. En effet, le groupe a décidé de ne consacrer que 6 % de ses terres, soit un peu plus de 900 arpents, pour le développement des projets immobiliers au cours des 10 à 15 prochaines années. « Dès lors qu’on aura identifié les terres pouvant être converties, nous les transformeront en cash generators », a indiqué le Group CEO.
Endettement léger
Les terres du groupe proviennent des établissements de Mon Désert Alma et de Savannah. Des 15 900 arpents disponibles, 12 700 sont sous culture de cannes, 2 245 arpents sont constitués de chassés, rivières, entre autres, 305 arpents ont déjà été développés à travers divers projets immobiliers. Il reste environ 650 arpents à être convertis. « Ce sont des valeurs qui vont être inscrites au bilan du groupe à l’avenir », a fait comprendre Hector Espitalier-Noël.
Le Group CEO s’est appesanti sur le faible niveau d’endettement d’ENL Land, cela eu égard à la progression du Shareholders’ Fund. Il s’est aussi félicité des revenus générés par les investissements du groupe, le chiffre d’affaires et les bénéfices étant en progression. Le rapport annuel d’ENL Limited montre que le holding avait à fin juin 2012 des actifs de plus de Rs 20 milliards sous sa gestion. Les profits du groupe avant impôts se sont élevés à Rs 679,8 millions par rapport à Rs 2,01 milliards en 2010/2011. Mais si l’on exclut les plus-values réalisées sur la réévaluation des investissements, une augmentation des bénéfices est notée. Par ailleurs, l’endettement du groupe se chiffrait à Rs 4,2 milliards au 30 juin dernier, mais le taux d’endettement en pourcentage du Shareholders’ Fund se situait à 36,5 %. Pour la direction d’ENL, ce niveau d’endettement peut-être qualifié de « léger » et permet au groupe d’envisager d’autres investissements dans de nouveaux projets de développement à l’avenir.
Les chantiers sont multiples, a annoncé la direction d’ENL. Dans le secteur de l’immobilier, a indiqué Gilbert Espitalier-Noël, le groupe maintiendra le cap, tout en adoptant une approche différente de celle des autres promoteurs. « Nous veillons à ce que nos projets apportent de la valeur aux régions avoisinantes. Cela a été et sera le cas à Bagatelle, aux Allées d’Helvétia et à Kendra », a observé le CEO d’ENL Property. Celui-ci s’est réjoui de « l’excellente fréquentation » des développements immobiliers, précisant que les dépenses faites dans ces projets ont été conformes aux budgets alloués. « Bagatelle marche excessivement bien et selon nos prévisions », soutient Gilbert Espitalier-Noël. Il est d’avis que ENL Property dispose des ressources humaines et financières nécessaires pour s’engager dans d’autres développements notamment dans la région de Moka où des projets ont déjà été identifiés.
Pressions sur les marges
Répondant à une question d’un analyste financier, Gilbert Espitalier-Noël a déclaré qu’ENL Property et le pôle immobilier de Rogers espèrent à l’avenir trouver des synergies en matière de développement immobilier. Le groupe ENL, a-t-il ajouté, compte se tourner vers les îles du sud-ouest de l’océan Indien et l’Afrique pour prospecter des opportunités de développement.
Notons qu’ENL Property a déjà mis en route la deuxième phase du projet des Allées d’Helvétia (54 unités) qui sera, selon la direction, complétée en juillet 2013. La phase 3 de ce même projet (52 unités) sera lancée au début de 2013. À Bagatelle, la société s’est lancée dans un projet de développement résidentiel (42 portions de terrain et 80 appartements) alors que le projet de La Balise Marina (55 unités) sera achevé le mois prochain.
Dans le secteur agricole, ENL Agri a pu prendre avantage de meilleurs revenus sucriers avec une production de quelque 29 000 tonnes et des intérêts du groupe dans AVIPRO (production de poulets de table) et de l’élevage de boeufs en partenariat avec des Sud-africains. Hector Espitalier-Noël affirme que ce segment d’activités a réalisé une performance honorable et prévoit que la rentabilité devrait s’améliorer dans le sillage de la réduction des coûts d’opération. Dans le secteur commercial, cependant, la filiale du groupe a eu, selon Éric Espitalier-Noël, « à subir des pressions sur les marges », notamment dans le sous-secteur de la construction. ENL Commercial Ltd pense pouvoir renverser la vapeur en 2012/2013 chez le concessionnaire automobile AXESS et anticipe également des progrès dans les autres sous-secteurs d’activités. La société a vendu ses parts dans NMH, ENL Land et ENL Investment pour dégager des revenus de Rs 675 millions dont Rs 275 millions ont été utilisées pour le remboursement des dettes.
Le groupe ENL, selon Hector Espitalier-Noël, mise beaucoup sur l’apport de Rogers qui désormais est classifiée comme filiale d’ENL suite à la restructuration du conglomérat. Contrôlée à hauteur de 60 % par ENL, Rogers a des actifs évalués à Rs 17,5 milliards. En les ajoutant aux Rs 20 milliards d’ENL, ce dernier groupe disposera d’un excellent levier pour se propulser plus en avant. « Avec Rogers, l’envergure d’ENL Investment et, par conséquent, du groupe ENL sera toute autre », a observé Hector Espitalier-Noël. ENL pourra également compter sur ses intérêts (49 % du capital) dans le groupe Food & Allied, pionnier de l’agroalimentaire et considéré comme un « top performer » dans le portefeuille d’investissement d’ENL. En incluant les 20 % détenus (suite à la restructuration de Rogers) dans le premier groupe hôtelier local, en l’occurrence New Mauritius Hotels, et les 30 % de Rogers dans le groupe Swan, le groupe ENL dispose de moyens conséquents pour réaliser ses ambitions mais comme l’a fait ressortir Hector Espitalier-Noël, le groupe veut y aller prudemment.