La Mauritius Drama League a présenté, au courant de la semaine dernière, sa version en créole de la pièce A Midsummer Night’s Dream de William Shakespeare. En 1 h 45 minutes, les artistes rodriguais ont démontré tous leurs talents scéniques alternant danse, slam, chant et comédie. Les dialogues comiques, le décor typiquement rodriguais et le rythme du séga tambour font de cette pièce un régal.
Le pari était audacieux mais la Mauritian Drama League a tenu haut la gageure avec sa version créole de A Midsummer Night’s Dream de Shakespeare. Enn Swar An Ete est un bon moment de détente tout en permettant aux collégiens qui étudient l’oeuvre de Shakespeare de mieux comprendre la pièce. Les comédiens rodriguais sont à la hauteur et illustrent leur formidable polyvalence artistique en alternant dramaturgie, danse, chant et slam. La mise en scène d’Anon Panyandee est très réussie, tout comme l’adaptation signée Bhishmadev Seebaluck.
Intrigue.
La pièce commence par un numéro de danse où un couple se déhanche accompagné par des notes de guitare romantiques. En arrière-plan, une voix parle de l’amour qui est “enn lafors extraordiner”. On entre ensuite dans le vif du sujet. Comme annoncé par le metteur en scène Anon Payendee, l’intrigue de la pièce a été transposée dans un contexte rodriguais avec l’arrivée des principaux personnages que sont Ermionn et son amoureux Alexandre. Ils sont venus défendre leur amour tandis que le père de la jeune fille implore le gouverneur de Rodrigues d’appliquer une vieille loi qui permet de mettre à mort toute fille qui n’accepte pas d’épouser le garçon que son père lui a choisi.
Le décor est très parlant. Avec des casiers de pêcheurs en rotin qui sont posés des deux côtés et des ourites qui sèchent sur une corde, on pourrait difficilement penser à un autre lieu que Rodrigues. Selon l’intrigue ce décor est planté sur la plage de l’Île aux Cocos, là où les amoureux Ermionn et Alexand doivent prendre le bateau pour Maurice afin d’échapper au père de la jeune fille et de l’homme à qui il voudrait la marier, Dimitri. La réalité rodriguaise est aussi présente dans les nombreuses scènes mettant en avant le séga tambour qui donne un air festif à la pièce.
Transposition.
Dès le départ les dialogues se transposent dans le contexte rodriguais voire mauricien. Malgré la grande différence d’époque, l’intrigue se transpose aisément, grandement aidée par les dialogues humoristiques et qui se réfèrent à la réalité locale. “Pa kone ki longanis linn al gete pu vir la tet mo tifi koum sa”, peut-on entendre ou encore “to deza ena lamour papa la, marie ar li mem.” Même les scènes tristes se transforment en scènes comiques. “To la zou roz kouma sa bann fler fletri pann aroze la”, dit Elenn (qui est amoureuse de Dimitri) à sa meilleure amie Ermionn. Et celle-ci de répliquer, “mo pe aroz li mem avek kaskad ki pe tombe depi mo lizie.”
Mais c’est surtout l’entrée en scène du roi Agathe, de la reine Mariel et de leurs acolytes du monde féerique qui déclenche les plus gros fous rires. À commencer par le roi (Doyal Edouard) avec sa prestance scénique et sa voix théâtrale. Il nous proposera même une version revisitée de son tube Corbo. La reine Mariel (Marie-Claude Jolicoeur) n’est également pas en reste, chantant et dansant le séga tambour tout en faisant honneur à son rôle de reine. Le personnage le plus drôle d’Enn Swar an ete sera cependant Pouk (Alexandre Claire), l’assistant du roi Agathe. Chapeau de paille en main, il a donné le fou rire à plus d’un avec ses répliques percutantes et son sourire mesquin.
Le seul petit reproche qu’on pourrait leur faire cependant est la diction qui laissait parfois à désirer chez certains comédiens.