L’incidence du VIH/Sida dans la population masculine homosexuelle et bisexuelle est de 8,1 %. Moins élevée que sur le continent africain, la transmission du virus dans cette population est un « growing concern » à Maurice, indique une étude du ministère de la Santé financée par le Global Fund avec la coopération de l’Unaids. 64 % de ceux infectés ont aussi une hépatite C. 72,1 % n’ont jamais subi de test de dépistage et 71,5 % n’ont pas de connaissance correcte des modes de transmission. Les résultats de l’enquête ont mis en évidence la nécessité de créer des services de santé « gay friendly » et des facilités de dépistage à travers le pays.
Selon l’étude, 3 à 10 % de la population masculine âgée de plus de 15 ans est homosexuelle, bisexuelle ou transsexuelle. Le Aids Unit du ministère de la Santé a réalisé une enquête dite Integrated Behavioral and Biological Surveillance (IBBS) pendant deux mois en 2010 chez les Men Having Sex with Men (MHSM).
« La stigmatisation et les discriminations envers cette catégorie de personnes les amènent à cacher leur homosexualité et leur bisexualité. Cela les rend encore plus vulnérables au VIH/Sida et autres infections », souligne l’étude. 10 % d’entre eux ont indiqué qu’ils se sont vu refuser un emploi, 8 % un logement et 7,5 % une assistance policière à cause de leur statut sexuel. 40 % ont été victimes d’insultes verbales et 14 % de relations sexuelles forcées.
L’enquête du Aids Unit indique que les relations sexuelles non protégées, partenaires multiples, sexualité de groupe, injections de drogues, accroissent les risques de contracter une maladie sexuellement transmissible.
Deux partenaires et plus
En outre, 14,2 % des MHSM ont une hépatite C et 5 % la syphilis. 68,4 % des interrogés ont eu deux partenaires et plus. Seulement 55,2 % des homosexuels et bisexuels utilisent un préservatif avec un partenaire masculin. L’usage du préservatif avec un partenaire féminin est encore moindre et n’est que de 36,8 %. 41 % des interrogés ne savent pas où se rendre pour faire un test VIH/Sida. 18,2 % ont recours à des pratiques sexuelles payantes.
Chez les hommes qui se sont définis comme homosexuels, l’incidence du VIH/Sida est de 51,3 %. Chez ceux qui avouent leur bisexualité, 18 % ont contracté le virus. 9,5 % des transsexuels en sont aussi contaminés, en comparaison avec les hommes hétérosexuels où le pourcentage d’individus infectés est de 14,9 %.
78,3 % des hommes homosexuels et bisexuels atteints du VIH/Sida ont indiqué qu’ils ont eu deux partenaires et plus. 50,4 % de ceux contaminés ont déclaré qu’ils n’ont pas utilisé de préservatif. 31,6 % de ceux ayant contracté l’infection ont affirmé qu’ils ont aussi eu des relations sexuelles avec un partenaire féminin. 71,5 % des MSM testés séropositifs ont des connaissances incorrectes de la transmission du virus. 71,6 % s’injectent des drogues.
L’étude du Aids Unit a par ailleurs révélé que 50,7 % des hommes homosexuels et bisexuels habitent à Port-Louis et 34,5 % dans les Plaines-Wilhems. 10,6 % résident à Moka et 6,2 % à Vieux Grand-Port. La plupart ont débuté leur vie sexuelle à 14-16 ans. 51 % des MHSM sont des « blue collars » et 19,1 % des « white collars ». 88,6 % sont célibataires. La majorité détient un School Certificate et plus. 37,9 % sont mariés. L’âge moyen des interrogés est de 26 ans. Le plus jeune a 16 ans et le plus âgé 59 ans.
Port-Louis et Plaines-Wilhems
L’étude a conclu que la prévention, la sensibilisation, le monitoring de l’infection VIH/Sida et de l’hépatite C et des maladies sexuellement transmissibles, le dépistage dans des lieux accessibles chez les homosexuels et les bisexuels et la formation du personnel médical sont des priorités de Santé. La surveillance de l’épidémie chez les MHSM fait déjà partie des stratégies nationales 2007-2011 du Aids Unit. Les politiques devront aussi dégager des interventions ciblées dans le programme d’échange de seringues et de traitement aux substituts des opiacés.