La télévision française s’intéresse une fois de plus à Maurice. Sauf qu’il ne sera pas uniquement question de sites touristiques et de cadres idylliques. Dans Enquête Exclusive, diffusée sur la chaîne M6 dimanche soir, on parlera aussi du mode de vie mauricien, de culture et de facettes moins reluisantes du pays à travers le trafic de drogue, du sort des travailleurs migrants, de la contrefaçon, entre autres, à travers un film produit par Tony Comiti. Venu enquêter à Maurice pendant quelques semaines en 2010 et 2011, le journaliste Julien Négui explique sa démarche dans un entretien accordé à Scope de France.
Le prochain sujet qui sera traité dans Enquête Exclusive a déjà été annoncé aux téléspectateurs de la chaîne M6, lundi soir, à travers un clip diffusé à la fin de l’émission. “Rêves, fortunes et trafics au soleil : les secrets de l’île Maurice” est le titre de l’édition qui sera diffusée dimanche soir en France et dans les autres pays où cette chaîne populaire est proposée. Soixante-deux minutes entièrement consacrées à Maurice : M6 propose un autre type de voyage dans le pays. On y verra des images d’hôtels luxueux, de belles plages blanches, le ciel bleu, la mer turquoise. Mais on y verra aussi la crasse du ghetto, les couleurs sombres de la pauvreté et du trafic de drogue. L’émission abordera aussi la contrefaçon ainsi que les conditions difficiles dans lesquelles vivent et travaillent les travailleurs migrants engagés dans l’industrie locale. On y parlera aussi d’une certaine manière de vivre mauricienne : en compagnie de la famille Guimbeau, aux côtés de Lise Coindreau, à travers une cérémonie religieuse tamoule, entre autres.
Maurice autrement.
“Le but était de parler de Maurice autrement que le ferait un catalogue ou un prospectus de vacances”, souligne Julien Négui, journaliste qui a réalisé le reportage. “Maurice peut bien être un paradis sur terre. Mais lorsqu’on gratte un peu, on se rend compte qu’il y a autre chose. Le revers de la carte postale peut faire froid dans le dos.”
Accompagné d’un caméraman, le journaliste a effectué deux séjours à Maurice pour réaliser ce reportage. Durant cette période, il a noué plusieurs contacts et a sillonné le pays jusque dans ses coins les moins recommandés pour tenter de mieux comprendre cette réalité qui est rarement exposée. “Je n’étais pas venu pour être hébergé dans des hôtels de luxe et pour parler de projets touristiques. Je suis venu et j’ai travaillé en totale indépendance.” L’un de grands regrets du journaliste reste la manière cavalière avec laquelle il a été traité par ses confrères de la MBC, auprès de qui il avait sollicité une certaine collaboration. “On m’a dit que l’on m’aiderait. Mais il n’y a eu quasiment aucun retour à mes appels. C’est la première fois que j’ai dû faire face à une telle situation.”
Drogue, l’enfer du décor.
Initialement, ce sont les rapports de l’Office des Nations Unies contre les Drogues et les Crimes (ONUDC) qui avaient interpellé son équipe. Maurice y était désigné comme le pays ayant le plus haut taux de consommateurs d’opiacés en Afrique, et le cinquième mondial. “C’est une chose dont on ne parle jamais et il me fallait voir pourquoi.”
Julien Négui est donc descendu sur le terrain pour enquêter. À la rencontre des usagers de drogue, des trafiquants, il a tenté de comprendre le fonctionnement de cette autre île Maurice. Loin des cadres luxueux et confortables des sites touristiques. “Comme tout journaliste, je ne m’attendais pas à voir telle ou telle chose. Mais ce que j’ai découvert m’a beaucoup surpris.”
Julien Négui a ainsi constaté combien la drogue peut être facilement disponible. Il y a beaucoup de dealers, mais davantage de consommateurs. “Mais on ne fait pas grand-chose pour les aider. Il y a, certes, quelques centres spécialisés, mais le suivi n’existe pas vraiment.” Julien Négui a suivi des usagers dans leur quotidien. Au-delà de l’aspect illicite de leurs activités, “j’ai ressenti chez eux une grande détresse. Ce sont des gens qui ne peuvent pas s’exprimer et qui ne sont pas écoutés”. Le journaliste a aussi reçu la collaboration de la police, “qui nous a ouvert ses portes sans le moindre souci. Cela a été à la fois courageux et intelligent de la part de la police”. Ainsi, l’équipe a eu un aperçu de la manière dont travaillent les policiers et des moyens dont ils disposent.
Hypocrisie.
Le volet de son reportage consacré au trafic de drogue risque fort de surprendre les téléspectateurs de l’émission, qui, pour la plupart, ignorent cette autre réalité mauricienne. Julien Négui précise : “J’ai aussi été surpris par l’hypocrisie ambiante dans les hautes sphères, et par leur manque d’intérêt. On a l’impression que tout le monde sait ce qui se passe mais que personne ne veut rien faire. Je ne parle pas du peuple mauricien en général.”
Au cours de l’émission, on a aussi un aperçu du monde de la contrefaçon. Accompagnée d’un syndicaliste, l’équipe a visité certaines usines et quelques dortoirs et a constaté les conditions difficiles dans lesquelles vivent ouvriers indiens, bangladeshis ou sri-lankais à Maurice.
Mais puisqu’il s’agit de parler de Maurice autrement, le journaliste s’est aussi intéressé à des personnages singuliers qui, par leur manière de vivre, démontrent une autre facette moins sombre du pays. Lise Coindreau sera une nouvelle fois en vedette pour la success story qui est la sienne. Les téléspectateurs iront aussi à la rencontre de la famille Guimbeau. Descendants de colons français, intégrés dans le paysage mauricien, ses membres continuent à travailler sur l’expansion de leurs activités économiques. Ils racontent aussi leur mode de vie, face à la caméra. Le caméraman et le journaliste ont aussi suivi un couple de Français qui s’est récemment installé à Maurice et qui compte y commencer une nouvelle vie en investissant dans la restauration.
Désir.
Un suivi s’avère nécessaire : “J’aurais souhaité venir voir comment les choses auront bougé. Pendant les semaines passées ici, j’ai ressenti le désir des Mauriciens de bouger. Le désir du changement.”
À Maurice, la diffusion de la bande-annonce de l’émission de dimanche déclenchera certainement un intérêt pour la prochaine Enquête Exclusive, qui devrait, sans doute, provoquer quelques remous dans le pays. Pour Julien Négui, “le but du reportage n’est pas de nuire à la réputation de Maurice, mais de présenter une situation méconnue. Je ne pense pas que cela fera diminuer le nombre de touristes qui viennent pour la plage, le soleil et la mer, dans un cadre qui ressemble à un paradis sur terre”.