La ministre de la Santé a failli passer la nuit d’hier à ce matin en cellule policière. Maya Hanoomanjee a échappé de justesse à la mise à exécution d’un mandat d’arrêt formel émis par l’Independent Commission Against Corruption à son encontre en se faisant admettre à la clinique privée Apollo Bramwell de Réduit en cours d’après-midi tout en annulant une fonction officielle au siège du ministère de la Santé fixée à 17 heures 30. À 16 h 30 hier à l’expiration de l’ultimatum imposé par la commission anticorruption pour le début de l’interrogatoire « under caution » de la ministre dans le cadre de l’enquête sur le « scandale du siècle » avec le rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 M, l’ICAC avait prévu de passer à l’action. Mais la principale concernée a joué au plus fin avec la « porte de sortie de la clinique ».
En fin de matinée, le statu quo était de mise avec Maya Hanoomanjee bien au chaud dans la chambre 602 de la clinique Apollo Bramwell. Au QG de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), des consultations au plus haut niveau ont eu lieu entre le directeur général Anil Kumar Ujoodha et ses plus proches collaborateurs, dont le directeur des Investigations de la commission, pour décider de la marche à suivre lors de cette ultime étape de l’enquête sur le scandale MedPoint.
Il n’est pas à écarter que des limiers de la commission anticorruption soient dépêchés au cours de journée à la clinique Apollo Bramwell pour un constat de la situation quant à la présence de la ministre de la Santé sur les lieux ou encore les raisons de cette soudaine hospitalisation pour cause de « maladie diplomatique », soutient-on.
À la mi-journée, très peu d’indications ont pu être obtenues sur la position que compte adopter Maya Hanoomanjee, dont le départ du gouvernement en tant que ministre de la Santé pourrait se résumer à une question d’heures. Interrogé par Le Mauricien en fin de matinée, Me Rishi Pursem, dont les services ont été retenus par Mme Hanoomanjee, proche du clan Jugnauth en sursis, a fait comprendre qu’il doit consulter sa cliente pour en savoir plus. Il semblerait qu’elle se trouve déjà en présence d’une demande en vue de « step down » de ses fonctions ministérielles.
« C’est confirmé. La ministre de la Santé a été admise en clinique hier après-midi. Je dois me rendre à la clinique pour les instructions nécessaires par rapport à la convocation de l’ICAC », a précisé l’homme de loi, qui avait soumis hier matin une correspondance officielle à la commission anticorruption réclamant des précisions au sujet de l’assignation formelle de Maya Hanoomanjee dans l’enquête Medpoint. À ce stade, Me Pursem soutient qu’aucune injonction contre la démarche de l’ICAC n’est envisagée.
D’autres sources proches de la ministre avancent que celle-ci, après le coup d’hier après-midi, pourrait être mieux inspirée de prendre une nouvelle initiative au lieu de se cantonner à la chambre 602 de la clinique à Réduit. Pour éviter une nouvelle offensive légale de l’ICAC, l’on prête l’intention de se prévaloir d’une « Discharge against medical advice » (DAMA – jargon utilisé) en vue de se rendre volontairement à la commission pour le début de l’interrogatoire formel. En parallèle, des démarches pourraient être entreprises pour un retrait de Maya Hanoomanjee en tant que ministre de la Santé le temps que durera l’enquête sur le scandale MedPoint. Dans la conjoncture, il ne faudra pas s’attendre à voir Mme Hanoomanjee participer aux délibérations du conseil des ministres de demain.
Ce scénario aurait pour principal avantage de faire réduire la pression quant à un éventuel week-end extrêmement difficile, qui de dessine à l’horizon pour Maya Hanoomanjee. Avec les récents commentaires publics du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) sur la couverture médicale des suspects dans des cas de fraude, il faudra s’attendre à une action d’éclats de l’ICAC dans les limites de la loi si l’admission en clinique privée de la ministre dure au-delà de ces premières 24 heures.
En début d’après-midi, aucun développement n’est intervenu. Dans les milieux officiels de la commission anticorruption, l’on se garde de faire des commentaires publics ou officiels vu le caractère délicat des développements intervenus. Néanmoins, les recoupements du Mauricien indiquent que la convocation formelle à Maya Hanoomanjee remonte déjà à plusieurs jours.
Même si aucune date spécifique n’avait été arrêtée pour le déroulement de l’interrogatoire vu que la principale concernée assume d’importantes responsabilités sous la Constitution, l’ICAC avait clairement souligné que le délai expirait à 16 h 30, le mercredi 20 juillet. Mais la tactique de dernière minute d’hier matin avec Me Pursem déposant à l’ICAC pour solliciter des éclaircissements et des précisions sur l’interrogatoire n’avait pas donné les résultats escomptés.
L’ICAC maintient sa position qu’il ne peut être question de précisions et que Maya Hanoomanjee devait se soumettre aux directives des membres du personnel de l’Investigation Division au plus tard 16 h 30, hier après-midi. En même temps, la commission avait déjà souscrit à une police d’assurance légale en soumettant au commissaire de police Dhun Iswur Rampersad un dossier complet concernant la ministre pour obtenir un mandat d’arrêt en bonne et due forme aux termes de la Prevention of Corruption Act. Elle a aussi réclamé et obtenu qu’un « report on departure » (RoD) soit inscrit sur le système de contrôle informatique du Passport and Immigration Office car toute « objection to departure » ne peut qu’être décidée par une Cour de justice. Le nom de Maya Hanoomanjee se trouve ainsi depuis hier sur une liste rouge du Passport and Immigration Office. Si jamais elle se présente au départ au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport ou à tout autre port d’embarquement, l’ICAC doit être impérativement informée.
Mais à l’expiration de l’ultimatum de 16 h 30, la ministre avait déjà été victime d’un malaise et se faisait admettre à la clinique Apollo Bramwell. Moins d’un quart d’heure, les services de presse de la ministre de la Santé ont annoncé aux responsables des salles de rédaction que la fonction officielle de 17 h 30 au ministère était annulée tout simplement.
Un autre volet de l’enquête de l’ICAC doit en principe être complété cet après-midi. Le secrétaire permanent par intérim au ministère de la Santé Om Kumar Dabidin est arruvée à la commission anticorruption pour des dernières formalités vers les 13 heures. Il était accompagné de son homme de loi, Me Gavin Glover. Ce haut fonctionnaire, qui est rentré de mission officielle ce matin, pourrait se retrouver sous le coup d’une inculpation provisoire dans l’affaire MedPoint, soit le troisième de la série. Le premier rendez-vous fixé à mercredi dernier n’avait pu se matérialiser en raison de l’indisponibilité de Me Glover, dont les services ont été retenus par secrétaire permanent. Entre-temps, il s’est retrouvé en déplacement officiel à l’étranger. Sur le coup de 14 heures, aucune confirmation officielle n’était disponible quant à une éventuelle inculpation de ce fonctionnaire de la Santé.