Maya Hanoomanjee, actuellement sous le coup d’une inculpation provisoire sous la Prevention of Corruption Act (POCA), a joué son va-tout lors de son interrogatoire Under Caution dans le « scandale du siècle » du rachat au coût de Rs 144,7 M de la clinique MedPoint. En présence de ses conseils légaux, dont Me Rishi Pursem, l’ex-ministre de la Santé a demandé officiellement que la suite de l’exercice prenne la forme d’un written statement au lieu de la séance de questions/réponses comme jusqu’ici. De ce fait, les deux jours prévus par l’ICAC pour boucler son interrogatoire ont été écourtés, même si elle pourrait être convoquée de nouveau la semaine prochaine pour une further statement.
L’ex-ministre a passé presque dix heures dans les locaux de l’ICAC hier. Le principal intérêt de l’exercice est la teneur de la déclaration écrite de ses propres mains, lui permettant une plus grande marge de manoeuvre que les leading questions des limiers de l’ICAC. Les premiers recoupements d’informations auprès de sources concordantes indiquent que Maya Hanoomanjee ne s’est épargné aucun effort pour placer la responsabilité de toute l’affaire MedPoint sur les épaules de son prédécesseur à la Santé, Rajesh Jeetah.
Maya Hanoomanjee s’est appesantie sur le fait qu’à son installation à la tête du ministère de la Santé, après les élections générales du 5 mai 2010, toutes les procédures et spécifications pour l’exercice d’appel d’offres en vue de la réalisation du projet de National Geriatric Hospital avaient été déjà décidées, que ce soit la superficie de l’immeuble, soit plus de 4 500 mètres carrés, ou encore dans un rayon de moins de trois kilomètres d’un centre hospitalier public opérationnel. Elle affirme que si l’ICAC veut mieux comprendre ce dossier, elle n’a qu’à convoquer Rajesh Jeetah, actuel ministre de l’Éducation tertiaire, car l’appel d’offre avait été lancé à la veille des dernières législatives.
Dans son written statement à l’ICAC, Maya Hanoomanjee va plus loin pour s’assurer d’un parachute politique dans l’affaire MedPoint. Elle soutient que le conseil des ministres, présidé par le Premier ministre Navin Ramgoolam, a donné son aval à la MedPoint tainted transaction comme pour revendiquer son innocence dans ce scandale qui a provoqué la cassure de l’Alliance de l’Avenir le week-end dernier.
Injonction de Dowarkasing
D’autres sources avancent qu’en sus de son statement, l’ex-ministre en liberté conditionnelle a été confrontée à certains aspects majeurs de l’enquête, dont la correspondance « Dear Pravind » du 9 juillet 2010 portant sur la décision d’allouer des fonds de Rs 150 millions pour la réalisation du projet de National Geriatric Hospital avant même les conclusions des travaux du Bid Evaluation Committee.
Au sujet de cette correspondance de l’ex-ministre à l’ex-VPM et ministre des Finances Pravind Jugnauth, l’ICAC fait face à une résistance. Depuis juin dernier, l’ex-Senior Adviser au ministère des Finances Sunil Dowarkasing objecte formellement à sa convocation pour interrogatoire Under Warning par l’ICAC. En fin de semaine dernière, par voie d’affidavit, il a saisi la Cour suprême pour une injonction contre la démarche officielle de l’ICAC.L’affaire sera appelée début septembre prochain.
À sa sortie des locaux de l’ICAC, sur le coup de 19 h 30, Maya Hanoomanjee a déclaré aux journalistes présents que « j’ai dit ce que j’avais à dire à l’ICAC. Maintenant, c’est à l’ICAC de vérifier la véracité de mes dires ». Elle n’a pas voulu entrer dans les détails de sa déclaration à ce stade de l’enquête. À l’ICAC, depuis ce matin, on procède à une mise en contexte des propos de l’ex-ministre de la Santé par rapport aux dépositions des autres principaux protagonistes, notamment celles du secrétaire permanent suppléant Om Kumar Dabidin, des Principal Assistant Secretaries Jayraj Hauroo et Ajay Kumar Utchanah, également inculpés provisoirement par l’ICAC depuis le 22 juillet dernier. Les dépositions du Chief Medical Officer et du Dr Pavaday, qui avaient été tenus à l’écart des consultations, sur les démarches initiées pour faire aboutir le projet MedPoint revêtent également une importance particulière dans ce contexte.
Les prochaines assignations de l’ICAC, que ce soit sur le Main Case de l’affaire MedPoint ou de la third party hearsay evidence du cas Showkutally Soodhun, sont suivies avec un intérêt sur le plan politique. Aucune confirmation n’était disponible à la mi-journée.