Le semblant d’accalmie sur l’échiquier politique à la mi-semaine laisse présager que d’importantes manoeuvres se préparent et se dérouleront à partir du prochain week-end et des jours qui suivent avec le retour au pays du Premier ministre et leader de l’Alliance de l’Avenir Navin Ramgoolam. Au vu du retrait des ministres MSM en fonction, le mot d’ordre officiel au sein du Parti travailliste, transmis lors de deux réunions hier après-midi, est que « le gouvernement ne souffre d’aucune paralysie et continue à fonctionner » même si à voix basse ou en privé, certains cachent difficilement leur indignation devant le chantage qu’ont exercé les partenaires du MSM.
Les yeux étaient tournés aujourd’hui vers le QG de l’Independent Commission Against Corruption (Icac), où en principe l’ancienne ministre de la Santé Maya Hanoomanjee était attendue pour la reprise de son interrogatoire « under warning ». La prochaine initiative de la commission anticorruption est suivie avec une certaine impatience, compte tenu que jusqu’ici le volet conduit de la « tainted MedPoint transaction » au niveau du ministère de la Santé a été bouclé alors que la dimension du financement du projet reste à être élucidée. À ce stade, des sources bien informées avancent que dans la logique adoptée, l’Icac n’aura d’autre choix à une étape ultérieure de faire servir une assignation « under caution » au Dr Krishan Malhotra, qui s’était vu remettre le 29 décembre dernier le chèque de Rs 144,7 millions pour la vente de la clinique MedPoint.
Malgré les échanges de politiques et les voeux de fidélité et de loyauté politiques dans le sillage de l’annonce de la démission des six ministres d’obédience MSM, constituant un véritable séisme ébranlant les bases de l’Alliance de l’Avenir, de gros nuages s’amoncellent à l’horizon de l’hôtel du gouvernement. Des velléités de « business as usual », avec la répartition des portefeuilles laissés vacants sur une base de suppléance – soit la Fonction publique au Premier ministre par intérim Rashid Beebeejaun, l’Industrie et les Coopératives à Xavier-Luc Duval en mission à l’étranger, les Finances à Vasant Bunwaree, le Tourisme à Arvin Boolell, la Santé à Abu Kasenally et la Sécurité sociale à Satish Faugoo – devront être réglées dans les meilleurs délais car un gouvernement ne peut fonctionner dans de telles conditions pour une longue période.
Dès son retour au pays ce week-end, même s’il existe également des possibilités que ce soit le lundi 1er août, Navin Ramgoolam devra trancher face aux desiderata du MSM à la suite de l’inculpation provisoire par l’Icac de l’ancienne ministre de la Santé au sujet du scandale MedPoint. C’est ce qui poussent des observateurs politiques à supputer des tractations majeures dans les coulisses politiques dès ce week-end en vue de déblayer le terrain pour les consultations cruciales entre les deux dirigeants du Parti travailliste (Ptr) et du MSM en vue de décider l’avenir de l’appartenance et l’engagement du parti soleil au sein de l’Alliance de l’Avenir.
Néanmoins, en mode de messe basse et en marge des réunions du Parliamentary Labour Party (PLP) d’hier et malgré les consignes de « no comments », des parlementaires rouges n’hésitaient pas à critiquer et dénoncer de manière acerbe le « chantage politique » du MSM dans la conjoncture. « Après analyse des faits et des développements survenus depuis la semaine dernière, la conclusion à être tirée du move du MSM est que le Premier ministre doit intervenir auprès de l’Icac et s’ingérer dans les procédures d’enquête pour obtenir le retour du MSM au gouvernement. Nous ne pensons pas qu’un tel pas est envisageable compte tenu des précédents. Il faut également faire très attention car les prises de position du MSM dans l’affaire Hanoomanjee frisent davantage ce qu’on pourrait appeler “undue influence” sur des institutions et non pas des moindres », soutient-on dans les milieux parlementaires du Ptr.
Toutefois, ces sources au sein du Ptr évitent de dire « si la messe de l’Alliance de l’Avenir est déjà dite », laissant le soin au leader du parti de « deal » avec l’affaire Hanoomanjee et la démission des ministres MSM, qui traînent depuis une semaine déjà. Pour d’autres, « the unworkable formula of Pravind Jugnauth will not be able to stand the test time for a week », avec pour effet de relancer les savants arithmétiques parlementaires, car dans toute configuration à l’Assemblée nationale, la majorité se jouera très serrée. Le Ptr dispose d’une Bank Vote de 29, en excluant l’Attorney General Yatin Varma, le PMSD se retrouve avec quatre parlementaires, le Mouvement Rodriguais avec deux. De ce fait, la mouvance de la majorité gouvernementale se chiffre à 35.
Au sein de l’opposition aujourd’hui, le MMM détient 19 sièges avec le soutien d’Éric Guimbeau et de Francisco François de l’OPR. Le leader du FSM Cehl Meeah siège dans les rangs de l’opposition. Le MSM est représenté par douze parlementaires dans l’hémicycle.
Indépendamment des répercussions sur le plan politique, l’Icac poursuit son enquête dans le scandale MedPoint. En principe, Maya Hanoomanjee devait se rendre à la commission anticorruption pour la suite de sa confrontation avec les « incriminating evidence » qui ont amené à son inculpation provisoire sous l’article 7 de la Prevention of Corruption Act vendredi. Aucune des sources à l’Icac contactées jusqu’à la mi-journée n’a été en mesure de confirmer ce nouveau rendez-vous de Maya Hanoomanjee ou encore si une nouvelle séance d’interrogatoire est prévue à la fin de la semaine.
Les prochaines étapes de l’enquête de l’Icac s’annoncent aussi cruciales car, jusqu’ici, le ministère de la Santé et le Valuation Office ont monopolisé l’attention. Il devient de plus en plus évident qu’une assignation « under warning » pourrait être émise au nom du Dr Malhotra, l’un des principaux dirigeants de la clinique MedPoint, qui s’était vu remettre le chèque de Rs 144,7 millions quand la transaction a été conclue à la veille du Nouvel an.
Me Ajay Daby, dont les services ont été retenus par le Chief Government Valuer Yodhun Bissessur, sans citer des noms, est d’avis que d’autres arrestations et inculpations provisoires devront suivre les quatre précédentes intervenues vendredi. « Si la logique adoptée par l’Icac est maintenue, je prévois d’autres arrestations. En tout cas, ce qui devait arriver est arrivé dans la logique des choses. J’ai des réserves sur la manière de faire de l’Icac dans cette enquête et je les exprimerai en temps et lieu », a soutenu l’homme de loi.
Me Daby, qui a accompagné Yodhun Bissessur hier à la commission anticorruption pour une séance supplémentaire de travail avec les enquêteurs, affirme qu’« il n’est pas établi qu’il y a “criminal intent” de la part du Chief Government Valuer dans cette affaire ». À ce stade, l’homme de loi n’a pas voulu faire de plus amples commentaires.
Avec la démarche de l’Icac considérant le rachat de la clinique Medpoint comme une « tainted transaction du financement au transfert », il faudra s’attendre à d’autres développements, car à ce jour seul l’aspect du conduit du dossier a retenu l’attention. Les décisions de la commission anticorruption sur le financement ou encore le volet de Procurement restent sous les projecteurs de l’actualité. Aucune indication n’était disponible officiellement de l’Icac quant à cette partie du dossier notamment à la suite des succincts commentaires du directeur de l’Audit au sujet de ce projet fantôme.