L’enquête de la police dans la disparition mystérieuse d’une cargaison de métaux précieux d’une valeur déclarée de Rs 30 millions a amorcé un tournant déterminant en début de soirée d’hier. Les deux employés de la Société Mauricienne de Sapphire opérant à Goodlands – Aslam Khodabaccus (46 ans) et Hans Shabeelall (61 ans) inculpés provisoirement devant le tribunal de Pamplemousses – maintiennent leurs versions initiales selon lesquelles leur fourgon, avec la cargaison de métaux précieux, a été attaqué par des inconnus au rond-point de Calebasses jeudi après-midi. Or, un tip-off émanant d’un habitant du Sud à un officier de police a donné, depuis hier soir, une nouvelle orientation à l’enquête. Une grande partie du butin, soit neuf boîtes contenant des lingots d’or et d’argent, a été recouvrée dans une cachette au fond d’un drain traversant l’autoroute dans la région de Mare d’Albert, soit à un peu moins de cinq kilomètres du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport.
Les opérations sur le terrain à Mare d’Albert, qui ont débuté vers 18 h 30, ont donné des résultats concluants. Trois premières boîtes avec les caractéristiques, soit de couleur bleue, correspondant à celles des boîtes embarquées dans le fourgon immatriculé 2130 MY 07 jeudi de l’aéroport ont été récupérées. Mais cette expédition dans le drain faisant à peine un mètre de profondeur s’est révélée être assez hasardeuse pour les membres de la force policière.
À un certain moment en effet, il était même question que le parcours de ce drain menant à la cachette était parsemé de pièges, les uns aussi dangereux que les autres. En vue d’écarter des risques à la sécurité de ceux engagés dans les recherches, des spécialistes du Groupement d’intervention de la police mauricienne, avec les équipements nécessaires, ont été mandés sur les lieux pour une inspection générale des drains souterrains avant la reprise des opérations. Un important contingent d’éléments de la Special Supporting Unit (SSU) a été déployé sur le terrain pour les besoins du « cordoning off » des lieux principalement.
Des limiers de la CID de la Southern Division aussi bien que des hauts gradés de la force policière, dont les assistants Commissaires de Police, les ACP Pregassen Vudamalay, Devanand Reekoye du Central CID et Jean-Claude Gungah de la Southern Division, étaient sur les lieux jusqu’à 2 h 30 ce matin. La poursuite des recherches dans des conditions extrêmement difficiles devait déboucher sur la découverte de six autres boîtes avec une autre partie du butin.
Le nombre de boîtes dédouanées au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport était en principe de 18. Mais les responsables de l’enquête n’écartent pas la possibilité que le nombre de boîtes ait pu être réduit en vue de faciliter leur manutention et pour accommodement dans la cachette.
Les neuf boîtes avec la cargaison de métaux précieux ont été transférées sous forte escorte policière au Vacoas Detention Centre et maintenues dans une salle équipée de caméras de surveillance 24 heures sur 24. Le premier exercice de contrôle prévu a été confié aux experts du Forensic Science Laboratory et du Scene of Crime Office. En faisant usage des dernières techniques, ces spécialistes de la police ont passé au crible les boîtes avec leur contenu en vue de prélever des empreintes digitales ou des indices susceptibles de mener aux coupables.
Le directeur de la Société Mauricienne de Sapphire, le ressortissant français Jean-François Fernand Ulysse Matthieu devrait par la suite participer sous le contrôle de la police à un exercice d’audit en vue de vérifier si toute la cargaison de métaux précieux importés de France a été récupérée ou non. De ce fait, le Bill of Lading sera d’une importance capitale à cet effet.
Avec la découverte de cette cachette en or dans les drains de Mare d’Albert, une réorientation de l’enquête policière est envisagée avec pour principale conséquence que la thèse du braquage allégué dans les environs du rond-point de Calebasses dans le Nord soit mise à rude épreuve. Se basant sur le fait que les indices ont été confirmés dans le Sud, soit le butin à Mare d’Albert et le fourgon 2130 MY 07 en bordure des rampes de Bassin Blanc, les enquêteurs sont de plus en plus convaincus que « tout s’est joué à peine que la cargaison a quitté l’enceinte de l’aéroport jeudi ».
Mais ce qui intéresse davantage les limiers du Central CID aussi bien que ceux de la Southern and Northern Divisions reste le réseau de complicité pour « réaliser ce coup ». À ce stade de l’enquête, Aslam Khodabaccus et Hans Shabeelall sont encore à leur scénario du rond-point de Calebasses avec leurs contradictions.
En vue d’établir ce réseau de complicité alléguée, les hauts gradés de la police ont pris des initiatives aux termes des dispositions de la loi sur les télécommunications en vue de relever tous les appels reçus et faits par les deux occupants du fourgon appartenant à la Société Mauricienne de Sapphire pendant les 24 heures précédant la disparition mystérieuse des 40 kg de lingots d’or et des 120 kg d’argent. Un Judge’s Order a été sollicité en début de semaine. Les premières consultations avec Mauritius Telecom devaient se dérouler ce matin.
Les deux employés de SMS, qui ont été reconduits en cellule policière après leur comparution en cour de Pamplemousses hier, maintiennent qu’ils ont été victimes d’un braquage commis par trois individus circulant dans un véhicule de couleur noire à Calebasses. Dans les prochaines 24 heures, ils seront confrontés à ces nouvelles preuves versées au dossier à charge et les éléments de réponse qu’ils apporteront devront soit démolir la thèse du braquage pour privilégier la mise en scène, soit indiquer le contraire.
Dans n’importe quel cas de figure, d’autres arrestations sont à prévoir avant la conclusion de cette enquête policière…