Le démantèlement de ce réseau de contrebande, pillant des conteneurs de produits frigorifiés de qualité et opérant quasiment en toute impunité dans la zone portuaire extrêmement sécurisée, est venue remettre au premier plan toute la gestion de la Cargo Handling Corporation Limited (CHCL). Depuis plusieurs mois déjà, des opérateurs dans le secteur portuaire, en particulier la Mediterranean Shipping Company (Mauritius) Limited, dénonçaient la baisse chronique de productivité dans ce secteur, aspirant à se transformer en un Hub pour la région. Ce n’est un secret pour les habitués du port que la Mediterranean Shipping Company (Mauritius) Ltd, un des plus importants opérateurs dans le secteur de transbordements, brandit de manière systématique la menace de se retirer de Port-Louis pour aller s’installer dans un autre port de la région.
A la mi-mars, cette éventualité est revenue en force compte tenu de la confirmation du pillage de neuf conteneurs de produits frigorifiés (Reefers) en moins de cinq mois avec la représentation locale de la Mediterranean Shipping Company lançant un véritable SOS sous forme de « Appeal to You to Pacify MSC » à destination des autorités portuaires en date du 14 mars. Cette ultime alerte fait suite aux effets conjugués du préjudice causé par le cambriolage des conteneurs aussi bien que la mauvaise gestion dans le port avec la détérioration de la productivité.
« Not only the Port Louis’poor productivity has been a thorn in MSC’s feet for a while, but recent pilferages to Reefer Containers transiting Mauritius have exacerbated the situation in Mauritius. The value of commodities which have been pilfered is astronomical ; it is evident that there is an organized gang that can practically steal all a container load of reefer products each time unhindered, right past the main gate and very close to CHCL’s office where reefer points are situated », souligne la représentation locale de la Mediterranean Shipping Company Ltd, qui donne les détails de sept cas spécifiques en attendant des éléments supplémentaires pour deux autres, dont les produits étaient destinés à la Réunion et venant de la Nouvelle-Zélande et de Tamatave.
Dans cet appel réclamant des mesures d’urgence de la part des autorités mauriciennes, le système de sécurité en place dans la zone portuaire est mis à l’index. « Where is the police, where are the security guards and where are the CHCL staff ? » se demandent les représentants de la Mediterranean Shipping Company dans la correspondance du 14 mars, faisant état des irritations venant du QG de la compagnie-mère à Genève.
A ce stade, difficile à dire si les garanties fournies par Gassen Dorsamy, Managing Director de la Cargo Handling Corporation Ltd, ont été suffisantes pour rassurer le président de la Mediterranean Shipping Company, Gianluigi Aponte. « We are backing your local office in order that the Port Authority gives priority to your feeder vessels immediately so as to alleviate the backlog of regional cargoes », promet la direction de la Cargo Handling Corporation Ltd.
Gassen Dorsamy concède que tout retrait ou réduction des opérations de la Mediterranean Shipping Company constituerait un désastre pour Port-Louis dans la conjoncture. « It is an undeniable fact that MSC has been our largest client over the past decade and we hope that the activities being serviced by MSC especially transshipment activities will remain unchanged. We have already initiated corrective measures by making the union understand the importance of maintaining a high productivity and consequences it might entail should your esteemed organisation decide to reduce its activities at Port Louis. We have already been given the assurance from all stakeholders that everything will be done to provide you with the most reliable and efficient service », se contente de déclarer le Managing Director de la Cargo Handling Corporation Ltd.
A hier, le nombre de suspects interpellés dans le cadre de l’enquête sur le Pilferage dans la zone portuaire se monte à treize, dont quatre Surveyors ayant accès aux manifestes des conteneurs, facilitant l’identification des produits frigorifiés à haute valeur ajoutée sur le marché local, dont des homards et autres fruits de mer, et des premiers agents de sécurité de la société ProGuard, cette même compagnie qui a été au centre de la controverse il y a un an pour le projet de Speed Cameras sur les routes.
Cette enquête, placée sous la supervision du Central CID et bénéficiant de la collaboration des limiers de la Port Police, devra déboucher sur de nouvelles arrestations dans les jours à venir compte tenu du réseau de complicité à différents niveaux dans le port.
Entre-temps, les différentes autorités engagées dans les opérations de sécurité et de monitoring dans cette zone de haute sécurité ont procédé à une « grande lessive en famille ». Les réunions, qui se sont succédé en fin de semaine, ont vu un exercice de « passe boule » entre la police, la douane et la Cargo Handling Corporation, qui a contracté les activités de contrôle de sécurité à la société privée de ProGuard. La possibilité de revoir cette dernière formule est à l’étude au vu des risques potentiels.
« Les laisser-passer sont délivrés par la Cargo Handling Corporation, qui a confié la responsabilité du contrôle à ProGuard. Les véhicules de ces sociétés de même que ceux engagés dans la maintenance des conteneurs réfrigérés ne sont pas sujets à des contrôles. La Cargo Handling Corporation Limited porte une large part de responsabilité dans cette affaire de contrebande avec la douane faisant preuve de véritable laxisme au niveau du contrôle à la sortie principale de la zone portuaire », indiquent de manière unanime des spécialistes en matière de sécurité.
A ce stade, l’enquête policière n’a pas encore identifié le cerveau derrière une telle opération de contrebande se déroulant de préférence la nuit, soit entre 22 heures et 2 heures du matin.