Me Ravi Rutnah a retrouvé la liberté provisoire en début d’après-midi après sa comparution devant le tribunal de troisième instance à Port-Louis. Les limiers de la CID de Port-Louis Sud ont retenu deux accusations contre cet homme de loi dans l’enquête au sujet de l’enregistrement vidéo, qui avait surgi lors des délibérations aux Assises dans le procès du meurtre de Michaela Harte à l’ex-Legends Hotel le 10 janvier 2011. D’autre part, Mes Rama Valayden, Sanjeev Teeluckdharry et Ravi Rutnah ont animé un point de presse hier au terme de la journée qu’ils ont passée aux Casernes centrales à la suite de l’interpellation de ce dernier par la police. Résumant la situation, Me Valayden, ancien Attorney General, soutient qu’il y a toute une machination qu’entreprend la police en vue de les embarrasser.
À la mi-journée, Ravi Rutnah, qui était retourné dans les locaux de la CID de Port-Louis Sud pour la suite de son interrogatoire, a obtenu la confirmation des charges retenues contre lui dans cette enquête en marge de l’affaire Michaela Harte, dont le meurtre attend encore d’être élucidé. Il est inculpé de Conspiracy to Pervert the Course of Justice et de False and malicious denunciations in writing contre la personne de John McAreavey, l’époux de la victime. Il a eu à fournir une caution et une reconnaissance de dettes en Cour.
De son côté, Me Valayden a fait état des circonstances de l’arrestation de Ravi Rutnah, hier matin. La police a débarqué chez la famille Rutnah hier matin à 6 heures dans quatre fourgons et à 21 éléments, alors qu’il aurait suffi de convoquer la personne concernée aux casernes. Surtout, qu’il a déjà fait parvenir l’affidavit à la police qu’il a juré sous forme de déposition et qu’il a déjà indiqué qu’il est disposé à se rendre au quartier général du Central Criminal Investigation Department (CCID) dès qu’on aurait besoin de lui. « Nou pa ti krwar ki ti pou ena enn issue koumsa », commente l’avocat.
Pour lui, l’affaire Harte restera dans les annales comme ayant été le procès en Cour d’assises qui aura le plus retenu l’attention et le plus suivi, non seulement par les dirigeants mauriciens mais également à l’étranger, notamment en Irlande, pays natal de la victime. « Il restera comme celui qui a donné comme conclusion du jury un 9-0, c’est-à-dire une décision unanime. Et lorsqu’on se demande pourquoi la réponse est mal digérée par les enquêteurs, c’est sans nul doute la première fois que les limiers de la police ont commis tant d’erreurs ou qu’ils n’ont pas su enquêter là où le fallait », déclare Rama Valayden.
L’ancien Attorney General annonce que la publication du rapport sur les manquements de la police a été repoussé au 10 décembre, date à laquelle est célébrée la Journée internationale des Droits de l’humain. « Ce report est dû parce que nous avons appris que le rapport du laboratoire bordelais sur les examens d’ADN devait être communiqué aux parties concernées locales et aussi parce que la police s’est rendue en grand nombre sur les lieux du crime mercredi et que Brice Lunot, le directeur de l’établissement hôtelier, a consigné une déposition hier », annonce-t-il.
Rama Valayden est d’avis, et ses amis le sont également, que seule une commission d’enquête ayant des Terms of Reference élargis pourra faire la lumière sur le mode opératoire de la police dans cette affaire.
Ravi Rutnah indique de son côté que la police l’a informé que deux charges sont provisoirement retenues contre lui : « false and malicious dénonciation » qu’il aurait faite contre John McAreavey et pour avoir ourdi un complot pour pervertir le cours de la justice. Il remercie vivement les avocats qui lui ont exprimé leur soutien, dont Me Steve Obeegadoo et celui qui l’a assisté lors de sa déposition donnée alors qu’il était interrogé under warning, Me Anoop Goodary. Ses deux amis n’ont pu être présents lors de cet exercice, étant donné qu’ils seront également interrogés par la police, leur a-t-on laissé entendre.
Pour sa part, Me Teeluckdharry déclare qu’à Maurice « na pli ena safeguard : biro konplaint lapolis inn ferme, komision drwa de Lom an pann. Nou santi nou imilie kouma dir ki zot pe rod krisifie nou. » Il rappelle qu’en cour de Mapou, son confrère Me Rutnah et lui avaient réclamé lors de l’enquête préliminaire qu’on leur remette les films provenant du circuit CCTV de l’hôtel Legends, mais la poursuite avait laissé entendre que la police n’en disposait pas. « Zordi zot pe akiz nou ki noun fer konplo pou fos lanket. »