L’étau se resserre autour de Jayraj Sookur, 49 ans, Master Healer de Bonne-Mère, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de la lycéenne de 16 ans Stacey Henrisson, dont le cadavre avait été balancé dans un ravin à une dizaine de mètres de profondeur à Plaine-Champagne. En attendant la confirmation officielle, la jeune fille aurait été tuée entre le samedi 5 et le mardi 8 mai au plus tard. Tout semble indiquer que le meurtre aurait été commis durant le week-end du 5/6 mai et que le cadavre dissimulé dans le sac en plastique aurait été jeté dans le ravin à Plaine-Champagne le 6.
Outre des preuves forensic d’une importance cruciale relevées dans la Mitsubishi 4×4 de couleur blanche immatriculée 3353 AG 09, les limiers de la Western Division menés par l’assistant surintendant de police Daniel Monvoisin ont une pièce maîtresse avec l’arrestation, hier, d’un présumé complice. Tany Ramdassen, 56 ans, habitant Petit-Raffray, et employé comme chauffeur du présumé meurtrier, a comparu ce matin devant le tribunal de Bambous sous une inculpation provisoire de Murder. Entre-temps, la police poursuit son enquête en vue d’établir le motif de ce crime des plus atroces. Une des jeunes cousines de la victime, qui a connaissance des confidences de Stacey Henrisson, est entendue depuis ce matin aux Police Headquarters de Rose-Hill.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que les enquêteurs de la CID de la Western Division ont réalisé un véritable breakthrough dans l’enquête sur le meurtre de Stacey Henrisson. Jusqu’à hier, le principal suspect, le beau-père de la victime, guérisseur très connu dans l’Est, se cantonnait à nier les accusations portées contre lui dans cette affaire. Mais depuis, il s’est mis à parler en rejetant le blâme de ce crime sur le dos de son chauffeur Tany Ramdassen, qui était au volant de la Mitsubishi de Jayraj Sookur.
À ce stade de l’enquête, les limiers de la CID, qui ont procédé aux séances d’interrogatoire des deux suspects se gardent de privilégier une version plutôt que l’autre. « Nous devons procéder à une série de vérifications des faits avancés jusqu’ici dans cette enquête avant d’arriver à des conclusions », fait-on comprendre dans des milieux policiers autorisés. Ils se disent confiants que d’ici la fin de la semaine, le timeline de ce complot pour se débarrasser physiquement du cadavre de Stacey Henrisson devra être établi sans controverse.
Toutefois, les premiers détails avancés depuis son arrestation par Tany Ramdassen sont considérés comme damning pour Jayraj Sookur dans le meurtre de la lycéenne. Dans ses différentes versions, Tany Ramdassen maintient qu’il n’était nullement présent lors de l’agression physique de la jeune fille, qui a été retrouvée en contrebas de la route avec ses mains ligotées dans son dos et un sac en plastique sur sa tête, enveloppée dans une couverture et un sac en plastique.
Tany Ramdassen devait soutenir à la police que quand il est arrivé au domicile de son employeur le week-end du 5/6 mai, la jeune fille était déjà morte. Les instructions de Jayraj Sookur étaient de mettre le cadavre dans un sac en plastique et de le placer dans le caisson de la Mitsubishi en vue de le balancer dans un terrain abandonné à Plaine-Champagne.
Cette version est différente de celle donnée initialement par le même suspect au moment de son arrestation hier. Il avait soutenu que le dimanche 6, il avait reçu un appel de son patron en vue d’effectuer une promenade à Plaine-Champagne. Mais une fois sur place, la mission était de « jette saleté ki ti dan van ». Vu le poids des sacs, il s’est enquis de ce qu’ils contenaient auprès de Jayraj Sookur, qui devait confirmer que c’était le cadavre de Stacey Henrisson.
Ainsi, dans les deux dépositions de Tany Ramdassen, la guilty knowledge depuis ce week-end du meurtre de Stacey Henrisson constitue un élément commun. De ce fait, ce complice, qui a comparu ce matin devant le tribunal de Bambous pour son inculpation provisoire, devra subir une nouvelle séance d’interrogatoire extrêmement serré en cours de journée autour des circonstances de ce crime.
Tany Ramdassen devra être confronté aux allégations de Jayraj Sookur, dans une tentative de sauver sa peau, à l’effet que le premier nommé est l’auteur de cette agression. La séance d’interrogatoire du jour s’avère cruciale pour la suite de l’enquête au cas où ce suspect décide de passer à table sur ce meurtre et de confirmer les principaux détails de ses précédentes dépositions.
Ce matin, Me Arun Kutowaroo, dont les services ont été retenus par le Master Healer, était dans les locaux de la CID en vue de fixer les prochains rendez-vous. Les responsables de l’enquête ont pris la décision de ne pas se précipiter avec une nouvelle confrontation de Jayraj Sookur dans les 24 heures. Il est maintenu en cellule policière au Moka Detention Centre.
Entre-temps, les éléments de l’enquête policière recueillis sur le terrain permettent d’élucider les circonstances de ce meurtre. Les indications sont que le meurtre aurait été commis entre le samedi 5 mai et le mardi 8, avec la version du complice présumé Tany Ramdassen privilégiant la nuit du 5 au 6 mai. La police détient des preuves irréfutables quant à la date d’achat de la corde ligotant les mains de la victime dans son dos. La corde et les sacs en plastique utilisés dans l’exécution du crime ont été achetés dans un magasin spécialisé dans la matinée du samedi 5.
Pourquoi la date du 8 mai pour l’autre limite ? C’est ce jour-là que Jayraj Sookur a récupéré le benjamin de la famille, laissé chez des proches à Congomah. La thèse privilégiée par la police est qu’il se serait débarrassé de l’enfant pour ne gêner l’exécution de son plan. La prochaine séance d’interrogatoire du beau-père devra comprendre ces éléments.
Un autre détail qui retient l’attention des enquêteurs de la CID de la Western Division est la date du retour de Jayraj Sookur, Stacey Henrisson et d’un autre membre de la famille de l’Inde. Ces trois avaient accompagné la mère de la lycéenne, Béatrice Rouillon, en Inde depuis le 2 avril, où celle-ci devait suivre des traitements médicaux. Alors que la mère se trouve toujours en Inde, les trois sont rentrés à Maurice le 3 mai, soit trois jours avant le meurtre de Stacey Henrisson.
La convoitise par Jayraj Sookur des propriétés immobilières léguées à Stacey Henrisson par son père à sa mort en octobre de l’année dernière demeure au centre de l’enquête policière. Pour des proches et des connaissances de la victime, il n’est pas un secret qu’elle était sous pression, presque harcelée en vue de donner son autorisation pour la vente d’une importante propriété à Pointe-aux-Canonniers avec trois bungalows d’une valeur de Rs 12 millions.
Stacey Henrisson avait tenté de résister à ces pressions. Ce problème revenait de manière régulière dans ses confidences à ses amis et ses proches. D’ailleurs, ce matin, la police a procédé à l’audition d’une des jeunes cousines de la victime au sujet de ces mêmes confidences. La police tente d’obtenir confirmation que récemment une autre propriété des Henrisson a été vendue à l’instigation de Jayraj Sookur, qui continue à nier les accusations conte lui.
L’enquête de la police se poursuit alors que jusqu’ici rares ont été les contacts avec la mère de Stacey Henrisson en Inde.