Depuis l’ouverture du DY Patil Medical College, en 2010, environ une quinzaine de médecins de l’État – des Senior Specialists, dont quelques-uns au grade de Consultant (Heads of Departments) – en poste à l’hôpital Nehru, assurent régulièrement le “clinical training” des étudiants de cette école de médecine dans cet hôpital. Cette tâche est comprise dans leur journée de travail. En outre, ces médecins formateurs ont été choisis par l’école, et non par le ministère de la Santé, qui est pourtant leur employeur.
Le personnel formateur en milieu hospitalier pour cette école de médecine est composé de professeurs et “Associate Prof” du DY Patil College, mais aussi de médecins spécialistes en poste à l’hôpital J. Nehru. Ces derniers étant des “Public Officers”, on aurait pensé qu’il revient au ministère de la Santé de choisir ceux étant les plus à même d’assurer cette formation, tenant compte de leur disponibilité et de leurs responsabilités au sein de cet établissement, et ce afin de s’assurer que cette tâche n’influe pas sur leurs principales attributions, à commencer par le traitement des patients. Mais ce n’est pas le cas. « C’est le DY Patil College qui choisit les médecins de l’État participant au “clinical training”. Quelques-uns sont avec nous depuis le début », indique le Dr Sunil  Kumar Ram, le Programme Coordinator qui est aussi le président du Regional Health Advisory Board de cet hôpital régional. Et de préciser que « la plupart d’entre eux sont des Consultants ». (NDLR: Dans le service hospitalier public à Maurice  le “Consultant” est un senior spécialiste et qui est  à la tête d’un département. Il y a environ une dizaine de Consultants dans chaque hôpital régional).  Mais le Dr Ram ajoute dans le même souffle que c’est le ministère lui-même qui a désigné, il y a quelque temps, un spécialiste dans une discipline spécifique pour faire partie de cette équipe de médecins formateurs. Ces médecins de l’État, dit-il, sont rétribués directement par l’école de médecine, avouant cependant ne pouvoir donner de détails puisqu’il n’était « nullement concerné », selon lui, par les « questions qui relèvent de l’administration ». Selon nos informations, les Consultants percevraient une somme d’au moins Rs 30 000 par mois tandis que les autres bénéficieraient  d’une allocation de Rs 10 000.
C’est cependant pendant leur temps de service que ces médecins assurent la formation des étudiants du DY Patil College. D’où la question : n’y a-t-il pas un risque que ceux-ci consacrent plus de temps à ces derniers qu’aux patients ? « Pas du tout. Il n’y a pas jamais eu de problème avec ces médecins formateurs. Je peux vous dire que la manière dont se déroule la formation clinique à l’hôpital de Rose-Belle est la même qu’à l’Université de Bordeaux », affirme le Dr Ram.
Le Programme Coordinator reconnaît malgré tout que, dans certaines disciplines, les médecins de l’État, impliqués dans la formation, ont été davantage sollicités « à un certain moment » du fait de l’absence prolongée des professeurs du collège. Quelques profs ont eu ce qu’il qualifie de « petits problèmes d’adaptation » et sont rentrés en Inde. « Mais à aucun moment il n’y a eu une réduction de la qualité du service offert aux patients », maintient le Dr Ram. Cette école de médecine a-t-elle payé le ministère en retour, comme stipulé dans le Memorandum of Understanding, une compensation pour le service accru de ses spécialistes dans la formation clinique de ces étudiants ? « D’une part, je ne suis pas au courant du contenu de cet accord. Et de l’autre, je ne suis pas concerné par l’administration. » L’accord stipule en effet : « Where the college does not provide the number of academic physician prescribed in part 1 of the second schedule, the college shall pay a sum of Rs 300 000 per specialist per annum to the ministry as shall be specified in part 2 of the second schedule. »
Le Programme Coordinator avait été convoqué hier par le comité d’enquête institué par le ministère de la Santé pour faire la lumière sur les graves allégations de deux étudiants, qui secouent cette école de médecine, ainsi que certaines institutions publiques “high-profile”. « Mon rôle est de coordonner la formation des étudiants au niveau de la théorie et de la pratique. C’est vrai que je suis un peu embarrassé par tout ce qui se passe, mais je n’ai rien à me reprocher », dit-il avec force avant d’aller à cette réunion. « Depuis que j’ai été nommé à ce poste, j’ai travaillé au mieux de mes possibilités et des conditions existantes », affirme le Programme Coordinator.