Malgré un toilettage général du conseil d’administration, avec la nomination d’Eric Ng Ping Cheung en tant que président, la Tertiary Education Commission (TEC) n’arrive toujours pas à se dépêtrer de la série de controverses qui hantent l’institution depuis un peu plus d’un an. La dernière en date pourrait compromettre davantage les relations entre la TEC et l’University Grants Commission (UGC) de l’Inde, organisme habilité à accorder la “Recognition” des campus indiens opérant à l’étranger, à l’exemple de l’Eastern Institute of Integrated Learning and Management (Mauritius Branch) Campus du Jeetah Trust. En effet, le nouveau gouvernement indien s’interroge au sujet de la validité de la mission effectuée auprès de la TEC en janvier dernier par le président du conseil d’administration de l’UGC, le Pr Ved Prakash. Entre-temps, le nouveau noard de la TEC commence à prendre connaissance du chantier des dossiers en retard, voire compromettants, dans le secteur de l’enseignement supérieur à Maurice.
Ainsi, il ne manquait plus qu’une controverse avec une dimension diplomatique majeure de gouvernement à gouvernement entre New Delhi et Port-Louis pour se greffer aux problèmes de la TEC. Ainsi, la visite effectuée en début d’année par le président de l’UGC de l’Inde, en pleine crise de “Non-Recognition” de certains instituts d’éducation supérieure à Maurice, n’est pas bien vue par le ministère indien du Développement des ressources humaines après les dernières élections générales dans la Grande Péninsule. La presse indienne de ce matin, en l’occurrence l’Indian Express, fait état de ce litige entre le ministère de tutelle et l’UGC.
Dès la semaine dernière, le ministère indien du Développement des ressources humaines a en effet initié une enquête de haut niveau sur le déplacement à Maurice du Pr Ved Prakash fin janvier dernier. Les autorités indiennes soutiennent que cette mission avait été organisée sans l’autorisation du ministère concerné. L’UCG a été sollicitée en vue de soumettre tous les détails de cette mission auprès de la TEC à Maurice. « The ministry sought to know if ministerial approval had been taken for the trip. While the UGC chairman responded to the ministry’s communication, stating that due permissions were taken, it is learnt that the issue is being examined by the vigilance department of the HRD ministry », souligne l’Indian express dans son edition du jour.
Au ministère du Développement des ressources humaines de l’Inde, on est catégorique à l’effet que « as per records, there is no mnisterial approval for the UGC Chaimain’s trip in January 2014 ». Cette enquête a été initiée sous la supervision du Vigilance Department de ce ministère. « Discrepancies on the matter will be read as violation of code of conduct rules. While the UGC is an autonomous body under the HRD Ministry, rules that apply to government servants also apply to the UGC chairman and vice-chairman », note encore ce quotidien indien.
Pour sa part, l’UGC avance que l’approbation du précédent ministre indien, Pallam Raju, avait été obtenue. Le but de cette mission à Maurice était de procéder au renouvellement du Memorandum of Understanding avec la TEC, signé initialement en 1992, et qui doit être renouvelé tous les trois ans.
La question qui se pose est de savoir si cette visite a été organisée à la demande des autorités mauriciennes en début d’année dans une tentative de trouver une sortie de crise du fait des problèmes de reconnaissance de diplômes émis par au moins cinq instituts d’enseignement supérieur à Maurice affiliés de manière illégale en Inde. Du côté des autorités mauriciennes, on évitait ce matin de commenter ce dossier, qui relèverait davantage de la responsabilité de New Delhi.
N’empêche que cette mission, qui avait été présentée par la TEC comme un “breakthrough”, vient s’ajouter aux problèmes présentés au nouveau conseil d’administration de la TEC. Le scandale de la non-reconnaissance des diplômes octroyés par l’EIILM (Mauritius Branch) Campus et d’autres, dont la JSS Academy, demeure entier, même si la TEC a tenté de déjouer le problème récemment avec un sauf-conduit académique contesté par les étudiants. Le différend au sujet de la reconnaissance par l’UGC n’a pas encore été résolu, même si, depuis septembre de l’année dernière, ces cinq institutions avaient eu un délai d’un mois pour régler toute la question avec leurs contreparties en Inde.
De son côté, l’Amity Institute of Higher Education, dont la “recognition” est arrivée à échéance depuis le 17 février, est toujours dans l’attente d’une décision de la TEC. Sur le site internet de la Commission sur l’enseignement supérieur, mention est faite que « extension of registration under consideration », et ce depuis le 17 février dernier.
Le dossier de la faculté de médecine du DY Patil, qui a fait l’objet d’une enquête présidée par l’ancien Chef Juge Arriranga Pillay, attend encore des décisions du board de la TEC sur la base des “findings”. À ce stade, très peu de renseignements ont transpiré, même si des étudiants indiens, qui avaient logé une affaire en Cour suprême contre le DY Patil College, ont préféré faire marche arrière.
Finalement, le directeur exécutif de la TEC n’a rien trouvé de mieux que d’ouvrir un front d’hostilités sur le plan des relations industrielles avec le ministre du Travail, Shakeel Mohamed, rappelant à l’ordre le premier nommé quant à ses méthodes d’enquête sur des membres du personnel, frisant l’espionnage administratif. Pour tenter de calmer le jeu, le nouveau président du board de la TEC a pris rendez-vous avec le ministre Mohamed pour faire un tour d’horizon.