Deux semaines déjà que la DY Patil Medical College Saga défraie la chronique et cette affaire n’a pas encore livré tous ses secrets. Avec une série d’enquêtes initiées à différents niveaux et sur plusieurs plans, dont une de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) portant sur le délit de trafic d’influence à haut niveau, et un autre sur des pratiques illégales de médecine par le Central CID, le directeur exécutif de la Tertiary Education Commission (TEC), le Pr Ashok Kumar Bakhshi se retrouve dans l’oeil du cyclone. Il a présidé l’International Monitoring Committee sur le DY Patil Medical College au début de novembre de l’année dernière avec des conclusions accablantes sur le niveau des cours de Postgraduate en médecine. Pourtant, ce rapport a pris à contre-pied plus d’un dans la mesure où un blanc-seing avait été accordé à cette institution médicale par ce même International Monitoring Committee (IMC). Le directeur exécutif de la TEC a essuyé un premier sérieux revers, vendredi, avec l’annulation d’une mission à Londres sous l’égide du Board of Investment en compagnie du ministre de l’Enseignement supérieur, Rajesh Jeetah, et d’autres prévus dans les jours à venir.
Une lettre de dénonciations de dernière minute des membres du personnel de la TEC, adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, et au leader de l’opposition, Paul Bérenger, pourrait être le détonateur des malheurs du directeur exécutif de la TEC, présenté à son arrivée comme le Solution Provider à tous les problèmes de l’enseignement supérieur à Maurice. Les auteurs de cette correspondance ne mâchent pas leurs mots, dénonçant un laxisme et un amateurisme déconcertants régnant au sein de la TEC, le régulateur du tertiaire à Maurice.
« We find it outrageous that when the TEC needs you more you are so busy preparing to go for a one-day promotional event in the guise of a conference that the Board of Investment is organizing in London. This has been your most important concern for the past few weeks. The captain is leaving the ship in dire times when we read from the press that the Board has taken a decision to set up an inquiry committee on DY Patil Medical School. So who do you expect to do your work while you are gallivanting in London ? » se demandent des members du personnel visiblement désabusés par tout ce qui se passe ou ne se passe pas à la TEC.
Des sources bien renseignées avancent que l’exclusion du Pr Bakhshi de la délégation officielle alors que les réservations de billets d’avion et d’hébergement à Londres avaient déjà effectuées n’est que le début de son calvaire. La prochaine étape pourrait intervenir au niveau du conseil d’administration de la TEC. Depuis mardi dernier, cette instance, réunie d’urgence, a pris la décision de nommer une Fact Finding Investigation sur le DY Patil Medical College en vue de vérifier si la TEC a été à la hauteur de ses responsabilités dans cette affaire.
Les consignes du board de la TEC étaient des plus strictes. Cette enquête à être confiée à un ancien juge de la Cour suprême devra être complétée dans un délai maximal de 15 jours en raison de l’urgence de la situation. À la fin de la semaine, aucun développement n’est intervenu dans ce dossier. Ni l’identité du président de ce Fact Finding Committee n’est connue ni les Terms of Reference de cette enquête ont été esquissés. C’est ce que laissent entendre des sources autorisées à la TEC.
Il ne fait aucun doute qu’en début de semaine des membres du board interpelleront le directeur exécutif de la TEC sur la mise en application d’une décision de cette envergure. Le Pr Bakhshi pourrait se mettre à dos tous les membres du conseil d’administration, comme c’est le cas pour les membres du Top Management de la TEC.
D’autres milieux concernés, dont des membres du personnel de la TEC, s’interrogent sur la pertinence sur cette enquête ciblant exclusivement le DY Patil Medical College, alors que le conseil des ministres a décidé d’un audit général de l’enseignement tertiaire par un organisme britannique spécialisé en la matière. Une guerre larvée entre deux clans au sein du gouvernement pourrait également expliquer le fait que la décision du board de la TEC n’a pas été encore traduite dans la réalité.
« Le problème est que toute institution indienne opérant dans le domaine de l’enseignement supérieur à Maurice doit être reconnue par les autorités compétentes en Inde. Tel est le cas pour le DY Patil Medical College et également pour l’Eastern Institute of Integrated Learning and Management (EIILM). Pourquoi une enquête que sur le DY Patil Medical College et non pas sur l’EIILM ? » se demandent ceux se rangeant dans le camp du DY Patil Medical College.
Indépendamment de la l’option qui sera retenue, le Pr Bakhshi devrait se retrouver sur du charbon ardent pour son rôle en tant que président de l’IMC sur cette faculté médicale opérant sous l’égide de l’University of Technology Mauritius. L’une des conclusions les plus assommantes concerne la validité des résultats des examens de Postgraduate pour les MS/MD Programmes de juillet 2013. Ces résultats ont été catégoriquement remis en question dans le rapport en date du 8 novembre de l’année dernière.
« The self evaluation report provided to the International Monitoring Commission stipulates that the success rate has been 100% for the students who have completed the programmes. Given the intricacies of the MS/MD programmes, this data was deemed to be very surprising to the panel and questions regarding the quality of passes were raised », peut-on lire au chapitre consacré au Monitoring and Assessment. Pour confirmer ces doutes, des copies des marksheets, des dissertations des étudiants et des échantillons de questionnaires d’examens furent réclamés.
La nomination des examinateurs externes dans chacune des spécialités enseignées au DY Patil Medical College a également fait l’objet de sévères critiques dans ce même rapport. Au terme du Memorandum of Understanding avec l’University of Technology Mauritius, ce choix doit revenir à la direction de l’UTM, qui aurait abdiqué devant ses responsabilités. « The panel was informed that the external examiners for the recent examinations conducted were from DY Patil Group in India », affirment les membres de l’IMC, qui soulignent que « it was clarified to the UTM it was unfair to opt for external examiners from the sister company of DYP Worldwide Ltd and that the University should not limit itself to Indian external examiners only, but should target resource persons from other countries as well ».
En dépit de ces constats des plus cinglants et des manquements sur le plan d’infrastructure, dont l’absence d’un laboratoire d’anatomie pour une faculté de Post-Graduate Medicine, l’IMC, comprenant le président du Medical Council, le Dr Baboo Servansing, n’a trouvé mieux que de recommander la Full Accreditation à huit programmes d’études, dont un MD General Medicine, un MS General Surgery, un MD Paediatrics, du DYP Worldwide Ltd avec pour awarding body l’University of Technology Mauritius.
Toutefois, avec la DY Patil Medical College Saga, ces procédures ont été gelées alors que le Pr Bakhshi, qui n’a aucune expérience en tant que régulateur du tertiaire, devra faire face à une uphill fight pour réconcilier ces lacunes majeures répertoriées dans le rapport du 8 novembre 2013 et le feu vert pour les accréditations auprès des autorités compétentes, dont le Medical Council.
La partie, qui ne fait que commencer, pourrait s’avérer pleine d’embûches pour le directeur exécutif de la TEC…