Husna Ramjanally

Six semaines de confinement et de couvre-feu sanitaire déjà, une période qui a eu ses hauts et ses bas, ses moments très difficiles. Et surtout, une expérience inédite face à l’impuissance dans toutes ses déclinaisons : matérielle, physique, morale.

Que l’on soit financièrement aisé ou pas, la pandémie du Covid-19 nous a tous pris de court et ramené vers quelques vérités essentielles et, peut-être, trop longtemps ignorées, mises au rencart. Que l’on soit un puissant homme d’affaires ou un simple marginal, qui dort à la belle étoile, rejeté des siens, on est finalement tous égaux devant l’unique certitude que nous avons tous, dès que nous prenons naissance : la mort. Cette virulente pandémie mondiale, qui ne nous a pas épargnés – 10 morts à ce jour à Maurice – a également mis au jour l’irresponsabilité de beaucoup d’entre nous : qu’il s’agisse du panic buying, qui a caractérisé l’avant-confinement, les patients qui n’ont pas été suffisamment vigilants, les « cocovid » qui ont fait fi des mesures d’interdiction de circuler uniquement par plaisir de n’en faire qu’à leur tête, ou ces éléments de la police qui ont tabassé des citoyens pour X raisons, que l’on n’a toujours pas comprises, d’ailleurs, et dont on entend plus parler, tous ces incidents nous ont grandement ouvert les yeux sur des dérives et manquements graves de notre société.

Une société très (trop ?) excessive en matière de (sur)consommation. Trop encline à réagir au quart de tour, surtout avec brutalité et énervement. Et aussi, une société qui fait hélas preuve (trop souvent, d’ailleurs) d’égoïsme, d’individualisme, du je-m’en-foutisme : très adepte de la formule ‘après moi, le déluge’. Et justement, cette fois, le déluge, qui s’est présenté sous la forme de ce virus invisible mais ô combien destructeur, n’a épargné personne. Il nous a tous mis sur un pied d’égalité. Combien d’entre nous n’ont pas pensé, ne serait-ce qu’une fois durant ces dernières semaines traumatisantes que « ce qui nous arrive est inimaginable ». On n’aurait, en effet, jamais pensé qu’on se retrouverait tous enfermé chez soi, certains contraints de travailler en première ligne, durant de longues heures et dans des conditions contraignantes, pour assurer la sécurité de tous les autres. Même pas dans nos pires cauchemars !

Et pourtant, c’est ainsi que ces dernières semaines ont été conjuguées. Mais c’est ce qui nous attend qui mérite toute notre attention. Tirons les (bonnes) leçons des difficultés et épreuves traversées pour avancer avec sérénité, et surtout, sagesse, vers un avenir qui s’annonce terriblement complexe, qui demandera beaucoup d’efforts de tout un chacun, sur tous les plans : humain, économique, physique…

Avec la crise économique et sociale qui est déjà là, notre salut dépend de notre sens de la solidarité. Dans les pires moments – rappelons-nous l’épisode de Canal Dayot en avril 2013 – les Mauriciens ont su faire preuve d’amour, de compassion, de sens pratique et d’humanité. Cette fois, ce n’est pas pour aider quelques dizaines de familles, mais tout le peuple mauricien, que l’élan de solidarité doit se traduire. Des chefs d’entreprises, politiques et ministres, aux employés qui ont perdu leur emploi, à ceux qui ne réalisent pas l’importance de cet emploi, chacun sera amené à faire face à de grosses difficultés, et doit consentir à l’effort. Les prochains mois de 2020 seront très, très durs.

Et pour cause. Souhaitons que chacun fasse remonter le meilleur en lui. Que nous cultivions un esprit positif face aux obstacles qui nous attendent. Que nous fassions notre examen de conscience, honnêtement, sans hypocrisie et que nous remettions à l’heure les pendules, pour que ce nouveau départ soit réussi. Pour que nous ne répétions pas les mêmes erreurs et que nous donnions, à nous et à nos enfants, un lendemain qui sera fondé sur de vraies valeurs et les meilleures pratiques. C’est une opportunité qui nous est offerte, à chacun de nous. Du Premier ministre au citoyen lambda.

Face aux défis qui nous attendent, sachons mettre en commun nos idées. Sur ce plan, il serait louable que nos politiques fassent montre de grandeur d’âme et d’intelligence en faisant cause commune sur les sujets d’intérêts nationaux. Peuvent-ils oublier, au nom d’une reconstruction sociale, que l’on veut vraie et décente, leurs querelles de bas étage et favoriser des projets d’envergure comme la sécurité alimentaire, l’emploi des citoyens ayant perdu leur gagne-pain, et l’investissement dans des secteurs clés qui aidera un pays subsistant essentiellement d’imports et dont la principale matière première est le tourisme, un secteur paralysé pour beaucoup de mois à venir ?