Deux grands moments d’émotion cette semaine pour l’auteur de ces lignes qui lui ont amené une larme à l’œil. D’abord le décès en Angleterre de David Meek, un grand journaliste sportif et écrivain du football, l’un des biographes personnels de sir Alex Ferguson et qui a été un collaborateur étranger du groupe Le Mauricien, et en particulier de Week-End, pendant une vingtaine d’années. Ce Britannique d’une intelligence rare et d’une modestie qui inspire le respect était devenu au fil de ses visites à Maurice un ami dont le départ, aujourd’hui, laisse un grand vide à tous ceux qui ont eu la chance inouïe de côtoyer ce grand monsieur qui parlait peu mais qui avait toujours le mot juste à travers une voix si posée et empreinte de sagesse. Salut David et bon courage Lise !

L’autre grand moment d’émotion, hippique cette fois, est la 29e victoire de la pouliche australienne Winks, qui a remporté son quatrième Cox Plate, dépassant la légende des années 1960 Kingston Town, auteur à l’époque d’un triplé inimaginable. Cette 29e victoire consécutive, dont 22 en groupe 1, démontre que l’hippisme est capable d’aller chercher au fond de chaque turfiste ce qui est l’essence même de la vie, des moments de grande joie, de grand plaisir, bref, d’une émotion vraie, celle qui fait l’humain, dans une ère où l’intelligence artificielle pénètre comme une pieuvre dans toutes les sphères de sa vie. Il n’y a pas que le public qui puisse être pris par l’émotion, il y a aussi de grands professionnels qui le sont.

Ainsi, le jockey de Winks, Hugh Bowman, raconte : « I can’t believe it. I really thought in the build up to this I would get quite emotional. I am feeling emotional but the electricity that came through my body when I turned into the home straight was something that I guess I only get to feel but everyone watching… oh I don’t know. I’m lost for words. Everyone watching gets so much joy and pleasure out of this wonderful horse. The fact that she’s been able to do it so many times consecutively just speaks volumes for the management of her, but I just — what can I say ? »

L’entraîneur du cheval, Chris Waller, n’était pas en reste, sa voix tremblait et il avait les yeux pleins de larmes après la victoire de sa pouliche. « It certainly hasn’t sunk in. I’m just trying to keep myself collected. When it sinks in it’s going to be very emotional. Going past the straight the first time I was a little concerned she might get caught three wide but it all just unfolded very well. The speed wasn’t too strong. She only performs under pressure. » Ces belles paroles auraient pu avoir été manuscrites par David Meek, car il est de ceux qui savaient et savent transmettre l’émotion des uns aux autres en se jouant de la magie des mots et de leur suave mélange.

L’histoire de Winks est aussi une affaire de confiance entre turfistes et leurs chevaux préférés, mais également avec les professionnels des courses. Ainsi, un parieur était tellement persuadé que Winks gagnerait la course qu’il a misé plus de $ 200 000 samedi matin, le jour de la course, alors que le cheval était offert à $ 1,20 pour une mise de $ 1. Cette mise était supérieure à la précédente la plus élevée, également par la même personne, de $ 170 000 à $ 1,16 pour $ 1 sur Winks dans les Turnbull Stakes quelques semaines plus tôt. Appréciez en passant la transparence qui fait loi pour les gros paris en Australie !

Cette confiance est, il est vrai, plus aléatoire à Maurice, car les favoris qui traversent le but en vainqueur à ces prix-là sont extrêmement rares. Et la cause n’est pas toujours qu’ils sont battus par meilleur qu’eux. Pour la plupart, si ces super favoris perdent, c’est parce qu’un bookmaker a voulu qu’il perde, car faire perdre un favori est une aubaine et une garantie pour les bookmakers et leurs complices de se faire un petit pactole. Et pour cela, il y a plusieurs voies. Convaincre financièrement l’entourage du cheval de perdre ou engager des mercenaires pour rendre la vie de ce favori très dure en course.

Pour en revenir au monde hippique mauricien, où il n’y a guère de quoi se réjouir sur le déroulement de certaines épreuves, le vent du changement que nous évoquions la semaine dernière et qui frappe le Champ de Mars est en train de s’étendre au volet de l’entraînement et de leurs animateurs. En effet, Il y a depuis quelques semaines deux nouvelles écuries qui se démarquent du lot avec une série impressionnante de victoires. Au point où après un début de saison plutôt lent, ils sont en train de dominer cette fin de campagne et damer le pion aux écuries puissantes qui occupent les premières places sans opposition depuis des années.

L’établissement Sewdyal a pris un envol décisif pour terminer dans le quatuor de tête avec l’arrivée de son excellent jockey Manoel Nunes, auteur chacun de cinq victoires le week-end dernier et se retrouve, avec moins de partants, à une victoire seulement de la puissante écurie Gujadhur, qui doit son avance au classement à ses victoires dans les courses de groupe, dont deux de groupe 1, le Barbé et le Maiden. Puis, il y a l’écurie Daby, auteur de deux victoires ce week-end, qui s’accroche fermement à la cinquième place devant Jean-Michel Henry, en progrès constants, en faisant le choix, lui, d’alterner les jockeys mauriciens, dont le prometteur Brandon Louis, qui devra se montrer plus appliqué dans le peloton s’il ne veut pas se retrouver avec deux semaines de suspension régulièrement. Il est utile de rappeler que Sewdyal et Daby bénéficient du soutien de propriétaires solides, ceux qui ont toujours fait confiance à Philippe Henry pour le premier et la famille Espitalier-Noël pour le second, sans compter l’apport du vétérinaire Alexander Espitalier-Noël.

Ce vent de changement perturbe au plus haut point la hiérarchie habituelle, qui n’a plus la partie aussi facile ces temps-ci. On peut et on doit voir dans le «pisso» de l’entraînement Rousset lors du week-end hippique dernier un signe qui vient confirmer des ratés plus réguliers ces derniers temps. Il est vrai que les cas de doping de Maxamore et d’Aspara ont quelque peu entamé le moral des animateurs de cet établissement, généralement dominateur, et qui doivent redoubler de vigilance dans leur surveillance. Mais si au nombre de victoires depuis le début de la saison le couple Rousset-Seesurrun a toutes les raisons d’être légitimement satisfait de sa prestation cette saison, le fait qu’il n’ait pas décroché définitivement le yard de Ramapatee Gujadhur en termes de gains demeure une préoccupation supplémentaire que renforce toute journée sans comme samedi et dimanche derniers.

Avec 40 premières places, l’entraînement Rousset a de la marge sur ses poursuivants, mais celui de Gujadhur peut, à la faveur d’une victoire dans la Coupe d’Or, faire un pas décisif vers le titre. Seule une victoire peut sauver une saison qui devait être le feu d’artifice du départ du patriarche. La prestation en dessous des prévisions du trio Ramapthee, Gopal et Mukund Gujadhur est due à leur problème de jockeys, car il a à sa disposition ce que l’on fait de mieux en termes d’effectif. Il ne faut pas oublier l’écurie Rameshwar Gujadhur, qui se maintient à la troisième place malgré un long passage à vide qui l’a contraint à se passer de son jockey Van der Merwe, qui avait pourtant fait forte impression au début de son aventure mauricienne.

Pour les écuries comme Allet, Jones et Ramdin, c’est vraiment une saison à ranger aux oubliettes, car leur taux de victoires est insuffisant par rapport à leurs attentes. Pravind Nagadoo, même s’il est dans les derniers rangs du classement, fait ses classes gentiment et à un rythme qui lui permet de continuer un apprentissage nécessaire. Il a pour lui la force de travailler en famille, a contrario des écuries Sewdyal et Daby. Seule satisfaction pour Ramdin, c’est d’avoir gardé vierge son palmarès de réussite avec les jockey féminins. Une bien mince consolation dans une saison catastrophique. Il y a aussi de la déception dans l’air pour ceux qui font partie du ventre mou du classement des écuries, comme Narang, Perdrau et Maingard, incapables de garder un jockey très longtemps, alors que Merven, qui a gardé sa confiance en Chisty, souffre, lui, des chamailleries de ses propriétaires.

La fin de la saison servira donc à sauver les meubles pour l’ensemble des écuries, car à part Sewdyal et Daby, la maisonnée est en feu et on se demande s’il n’y en a pas qui vont mettre la clé sous le paillasson, d’autant que la note de la GRA, quoique révisée, ce qui reste à confirmer, demeure encore une patate chaude pour les entraîneurs. La vigilance est de mise pour les commissaires de courses, qui devront faire preuve de moins de naïveté s’ils veulent comprendre les sautes de forme et surtout les favoris battus.