À La Tour Koenig, dans le nord-ouest du pays, plusieurs problèmes minent la vie des habitants. La pollution industrielle est un des soucis majeurs de la région, notamment avec une des nombreuses usines qui relâche de la fumée et une concasseuse dont le lot de poussière atterrit sur les résidences. Si l’on ajoute les maux liés à la drogue et l’alcool couplés au problème d’eau potable qui dure depuis des années, on comprend facilement la colère des habitants.
À La Tour Koenig, le problème de drogue existe depuis plusieurs décennies déjà. Selon les habitants, la délinquance est aussi chose courante notamment parmi les jeunes. La vente de drogue s’opérerait impunément dans le centre commercial, et ce, malgré la proximité de la station de police. “Ena bann zen ki ou trouv la ba nimport kiler ki ou pase. Zot pa travay ek zot fer sirkil la drog. Ou trouv ousi bann lezot ki pe bwar anba la boutik”, s’insurge un résident. “Li enn plas tre frekante parski ena enn sipermarse la, bann restoran, magazin, ti bazar ek ATM tousala. Be li pa korek ki bann zenn tifi ek bann madam pase, sa bann zenn la pe sifle zot. Pourtan stasion la polis akote lamem, li pa normal sa”, soutient un autre. Il ajoute : “Nous avons le même problème dans le jardin qu’on avait construit. Pour contrer cela, les autorités ont jugé utile de simplement enlever le kiosque. Mais le problème demeure le même, le jardin n’est pas éclairé. Les transactions de drogues et bien d’autres choses s’y déroulent toujours. Je pense que c’est le manque de loisirs qui poussent les jeunes vers ces fléaux ”, explique Jean-Jaques.
Frayeur.
Un peu plus loin, un autre type de problème ronge la population. Les habitants de Résidence Coquillage à La Tour Koenig se sont réveillés en sursaut le samedi 16 août à cause d’un incendie dans un entrepôt de la Compagnie Mauricienne de Textile. Deux explosions ont retenti alors que des produits chimiques s’y trouvaient ont envahi les rues des environs. Le manque de canalisation a compliqué les choses. « Il y a une usine qui confectionne de la peinture vis-à-vis ; on aurait pu tous mourir si le liquide composé de produits chimiques s’y été introduit », confie un habitant. “Mo ti zanfan so lizie ti pe brile, li pa ti pe kapav respire, li ti pe plore”, raconte, pour sa part, Marie-Lise Agathe.
Cet incident n’a cependant été qu’un problème de plus pour ces habitants. Depuis leur arrivée à cette résidence, il y a moins de dix ans, ils font face à de nombreuses complications. Ils accusent les usines avoisinantes de causer pas mal d’inconvénients aux habitants : à commencer par la fumée. “Nou gagn boukou problem ar sa lizinn la. Ena enn lafime nwar ki sorti, sirtou, dan aswar. Gramatin pa kapav mars pie ni dan lakaz, partou nwar. Ou pass lame lor ou televizion, ou truv enn la pousier nwar lor ou ledwa”, confie Nathalie Antoine. Elle souligne que cette fumée est nocive pour les enfants. “Li enn danze pu bann zanfan. Sa lane la mo zanfan 2 an ti pe malad, monn amenn li lopital ek enn dokter inn dir mwa ena plin lafime dan so poumon. CDU inn mem vinn get nou”, s’insurge-t-elle.
Nathalie Antoine rajoute que l’usine est à l’origine de bien d’autres désagréments. Selon ses dires, l’eau provenant de l’usine est refoulée dans les rues du quartier. “Quand il pleut, toute l’eau se dirige dans les rues. J’imagine qu’ils n’ont pas un bon système de drain. Nous, les habitants, en payons le prix. Il y a également de gros camions qui viennent se stationner dans la rue. L’étroitesse de celle-ci et le manque de trottoir fait que nous devons traverser de l’autre côté pour pouvoir passer et, en se faisant, nous risquons de nous faire renverser par des véhicules venant dans l’autre direction. Beaucoup d’écoliers et collégiens empruntent cette route pour rentrer chez eux et cela peut très mal se terminer.”
Poussière.
Un peu plus haut dans la résidence, un autre gros problème agace les habitants, celui de la poussière qui provient d’une concasseuse. D’ailleurs, rien qu’en marchant dans la rue, on sent la poussière pénétrer les narines. Un rapide coup d’oeil sur les maisons et l’on ne peut ne pas voir la poussière sur les murs et les fenêtres. Les habitants soutiennent qu’ils n’étaient pas au courant de ce qu’ils allaient devoir supporter en achetant des maisons à cet endroit. “Quand nous sommes venus habiter ici, nous ne savions pas ce qui nous attendait. Nous voyions de la poussière, nous nous disions que c’était sûrement normal à cause des champs de cannes mais on a vite déchanté. La concasseuse, que vous voyez de l’autre côté des champs de canne, nous bombarde de poussière toute la journée. Le matin, on est obligé de laver le sali à coup de tuyau d’arrosage de même que le soir. Il y a de la poussière dans la nourriture également. Sans compter le bruit qui dérange”, relate Hypolite. Ils clament que les autorités ont souvent fait la sourde oreille face à leurs doléances.
Ordures.
Ceux qui habitent à côté des champs de canne font face à un problème d’insalubrité. Un canal creusé il y a un an de cela est tout simplement devenu un dépotoir. Un vieux réfrigérateur et bien d’autres ordures y sont visibles. “Ce canal a été creusé pour éviter que l’eau provenant de grosses pluie entrent dans les maisons plus bas. On nous a dit qu’on allait y mettre des tuyaux. Un an a passé et le canal est toujours dans le même état. En période de coupe, les rats viennent dans ce canal. Nous avons des enfants, nous ne pouvons même pas les laisser sortir à cause du problème sanitaire créé par ces bestioles. Des fois il y a des chats morts, des chiens morts et toutes sortes de détritus”, s’offusque Dana Madoorappen.
De même, les problèmes d’eau sont courants dans la région. Nombreux sont les habitants à ne pas bénéficier d’une fourniture d’eau régulière. “Dan la zourne pa gagn delo. Si ou pa mett tank, ou dan dife”, s’insurge un habitant. Quant aux infrastructures routières, elles comportent de nombreuses défaillances. Les nids-de-poule sont légion alors que les marquages au sol sont inexistants sur plusieurs rues. “C’est très dangereux, car une personne qui ne connaît pas bien la région ne saura pas à qui revient la priorité. J’imagine qu’il faudra qu’un accident grave survienne pour que les rues soient marquées comme il se doit”, s’exclame Siddick.
Il y a quelques semaines, les habitants de la région avaient une fois de plus manifesté. Malgré les cris lancés depuis des années, les choses ne changent pas et la colère monte davantage.