D’origine bretonne et vivant à La Réunion depuis 12 ans, Fred Theys organise des « spectacles de dessins » dans des quartiers, des salles, des médiathèques et à l’école. Cet art, qu’il affirme avoir développé, attire à la fois petits et grands. Rencontré à l’occasion du Salon du livre “Confluences” le mois dernier, il nous explique qu’il démarre son spectacle à partir d’un sujet d’actualité. « Cela permet de déclencher la première image », dit-il. Outre sa dimension divertissante, le spectacle de dessins permet aussi de décanter des situations délicates dans les quartiers.
Qu’est-ce qu’un spectacle de dessins ?
C’est une activité qui a lieu en public. Lorsqu’il est interactif, je dessine en fonction de ce que demande le public. C’est lui qui fait avancer l’histoire. Sinon, souvent, lors de ces spectacles, je suis accompagné de musiciens. Ils me permettent de me mettre en position et jouent pendant que je dessine.
C’est de l’improvisation…
Oui, c’est de l’improvisation totale. Lorsqu’ils jouent, je suis inspiré et je dessine. A leur tour, ils s’inspirent de mes dessins pour leur composition musicale. Il y a une très grande complicité entre nous. Lors d’un spectacle interactif, lorsque je finis une première planche, je leur fais signe et ils laissent la place au public pour intervenir. Celui-ci fait avancer l’histoire, et pendant que j’exécute sa proposition, les musiciens recommencent à jouer.
Des instruments particuliers sont-ils utilisés ?
Il y a une quinzaine d’instruments à cordes ou aériens. Il n’y a pas de règle,, mais ce sont des instruments qui permettent de débloquer l’imaginaire.
A qui sont destinés ces spectacles ?
Ce sont des spectacles tout public. A la base, ils étaient orientés vers les adultes, mais cela marche très bien aussi avec les enfants. Je me produis d’ailleurs dans des écoles, des médiathèques, des quartiers ou même dans la rue.
A quoi sert un spectacle de dessins ?
Outre sa dimension purement ludique et divertissante, il permet de dégager des situations. Par exemple, quand il y a des problématiques de quartier, il permet de faire émerger des ressentis, qui pourraient être difficiles à exprimer dans d’autres contextes. Les gens s’expriment par l’intermédiaire d’images poétiques.
Qu’est-ce qui vous inspire pour la création d’une histoire ?
Cela dépend de l’endroit où je me trouve. Souvent je pars d’un sujet d’actualité général ou de ce qui s’est passé dans un endroit pendant la journée. L’environnement proche permet de déclencher la première image. Cela favorise l’intégration au lieu. Je laisse ensuite au public le soin d’imaginer la suite et je reste ouvert à sa proposition. Il part dans la direction de son choix.
Depuis combien de temps vous adonnez-vous à cet art ?
Je suis dessinateur depuis huit ans mais je fais du spectacle de dessins depuis deux ans et demi.
Qu’est-ce qui vous a amené au spectacle de dessins ?
En tant qu’artiste, j’ai besoin de créer. Dans un premier temps, des musiciens m’ont proposé de dessiner pendant des concerts. Eux, ils jouent en fonction de ce que le dessin leur renvoie. Suite à un retour du public qui souhaite intervenir, l’idée de creuser dans cette direction m’est venue. On a tenté une première expérience avec un groupe de personnes. C’était phénoménal au niveau de la réactivité. À chaque fois, quelqu’un a une idée au bon moment.
Est-ce que cela existe ailleurs ?
Je ne crois pas. J’ai cherché et je n’ai rien trouvé. Sauf, peut-être, il y a quelques années : des illustrateurs du festival de BD d’Angoulême dessinaient et les images étaient transmises sur un écran. Je ne connais personne d’autre qui le fait avec l’interaction du public et je les invite à le faire. J’ai d’ailleurs eu du mal à trouver le matériel pour la projection.
Comment se construit le scénario ?
Cela dépend du temps accordé. L’histoire peut être sur six ou sept planches, comme sur 15 ou 20. C’est le public qui fait avancer l’histoire. Pour un spectacle avec les enfants, en général, c’est sur 6-7 planches, tandis que pour le grand public, avec des musiciens, cela peut aller entre 15 et 20, et même plus. Cela dépend du nombre de personnes dans l’assistance. Quand le nombre dépasse 100, je ne peux pas prendre toutes les propositions. Je suis obligé de faire un choix et le public vote à main levée pour la faire avancer. Il faudrait peut-être développer un système électronique pour le vote du public.
Quelle est votre formation artistique ?
Je suis autodidacte. J’ai mis des années pour créer ce petit personnage, qui peut paraître très simple en apparence. Une fois que je l’ai créé et que j’ai créé l’univers qui me correspond, je dessine tous les jours avec la même technique.
Dessinez-vous toujours sur de petits formats ?
Oui, toujours. Mais le résultat est projeté sur des écrans, à la vue du public et des musiciens. J’ai dû trouver un appareil adapté pour filmer de près ce que je fais pour la projection sur l’écran. J’ai travaillé en deux fois moins la taille représentée dans le livre ou en taille réelle.
N’y a-t-il pas un risque de perdre des détails lorsque vous agrandissez l’image ?
Oui. Mais en temps normal, comme je travaille avec beaucoup de précision, le problème ne se pose pas.