Natacha Appanah est une romancière protéiforme, dont l’oeuvre narrative enfin entrevue dans sa cohérence depuis En attendant demain, après de 13 ans d’écriture, nous parle de son investissement personnel et des lignes de force qu’elle a tenté de repérer ou de promouvoir. Etre plus libre, mieux gérer le temps, proposer le même souffle, le même  émerveillement, la même confiance, osera-t-on dire : telle semble être l’attitude de l’auteure dans l’acte de narration. Raconter les histoires qui nous plaisent selon nos spécificités culturelles, notre personnalité. Elle crée toutes sortes de récits, enrichis, démultipliés, pour dialoguer en temps réel.  
Elle débarque à peine avec dans ses bagages le « Prix Anna de Noailles » de l’Académie française, reçue le 22 juin 2017, Natacha Appanah est à Maurice pour une série d`activités littéraires à l’initiative de l`Institut français de Maurice. Des rencontres autour de son dernier roman Tropique de la violence (Gallimard, 2016) ont été programmés, de même qu`un atelier d’écriture « Autoportrait d`une jeunesse mauricienne », destiné aux jeunes, pour « dénouer l’écriture ». Lorsqu’on lui demande si après  plusieurs années d’écriture elle a l’impression d`être à un carrefour où des voies multiples l’ont menées, elle répond qu`elle a eu cette impression pour son précédent roman En attendant demain. « Ce roman m’a permis d’être plus libre, d’aller au bout d’un projet… je savais où je voulais aller… je gère mieux le temps d’une histoire… » Ce livre a définitivement changé la façon dont elle imaginait son travail, lui a permis d’être plus patiente pour « trouver une forme juste ».
Et d`où partent les pistes qu’elle explore ? « Mes histoires naissent des interrogations personnelles… » L’éclatement mondial, la transhumance donnent lieu à un projet d’écriture.Son dernier récit, fortement ancré dans le réel, très documenté, peut-il se lire comme une métaphore ? « Tropique de la violence » se lit « comme une tranche de vie à Mayotte, chaque personnage est ancré dans une réalité, une histoire précise, balayé par l’extraordinaire, dans cet extraordinaire se révèle ce qu’ils ont… »
Natacha a un peu chassé le style, dit-elle, pour décrire la complexité de cet archipel, son histoire fragmentée, la disparité économique qui y règne. Face à cette réalité, la romancière avoue qu’elle était dans une discrétion absolue. Elle raconte qu’elle était une maman pendant son premier séjour à Mayotte, raison pour laquelle les enfants l’ont touchée. Est-ce que vous visez à un « roman total » avec une architecture élaborée, une écriture aboutie où chaque mot porte un sens qui éclaire notre vie réelle ? Natacha Appanah répond : « J’aimerais faire ça… j’essaie de faire attention pour que prose et poesie soient en équilibre… il y a aussi un équilibre à trouver dans la musique des mots mais que la forme ne soit pas au détriment du fond et vice versa… »
Dans « Tropique de la violence », ce n’est pas un monde misérabiliste à Mayotte qui est décrit mais au contraire un monde proliférant, explosif avec ses contradictions. Interrogée sur cet aspect « underground » du récit, Natacha ne cache pas son objectif premier : « Mon but n’est pas de faire quelque chose de miséreux, cliché, mais de dire l’ordinaire avec ses nuances…, toute la musique, les légendes, les lieux cachés, « l’underground intime », Mayotte dans Mayotte… » Et lorsqu’on l’interroge sur la dimension cosmique de son romans, Natacha avoue que c’est malgré elle. « C’est vraiment le fait d`être mauricienne … il y a quelque chose de sensible à cela que je ne remarque plus… » Et pour découvrir d`autres aspects qui se tressent  à ses récits, il faut entendre Natacha Appanah. Elle donnera une conférence à l’IFM sur le thème « Ecrire pour dire le monde » le 29 juin 2017 à 19 h.