La veille sanitaire régionale a fait l’objet hier de la signature d’une convention de financement entre l’Agence Française de Développement (AFD) et la Commission de l’océan Indien portant sur l’octroi d’une enveloppe d’aide d’un montant de 6 millions d’euros (Rs 240 M) dans le but de soutenir le projet pour une nouvelle période de quatre ans. L’accord a été paraphé par le président de la COI, le ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Bakri, la directrice de l’AFD, Laurence Breton-Moyet et l’ambassadeur de France, Jean François Dobelle.
M. Bakri a insisté sur le fait que le but de la COI est de faire de la veille sanitaire régionale un projet pérenne financé par les États membres et reconnu sur le plan international. Le ministre Mookhesswur Choonee, qui fait l’intérim à la Santé, a indiqué pour sa part que « la formation continue sera bientôt obligatoire pour tous les médecins ».
La cérémonie d’hier a été l’occasion pour la COI de faire la démonstration des résultats concrets d’un de ses projets au bénéfice de tous les pays de la région. « De la douzaine de projets que gère présentement la COI et qui se déclinent en plus de 200 programmes d’actions, je considère ce projet comme l’un des plus emblématiques de notre coopération régionale. Il dit mieux que beaucoup d’autres pourquoi la coopération régionale nous est indispensable », a déclaré le secrétaire général de la COI, Jean Claude de l’Estrac, dans son intervention.
La signature de la convention de veille sanitaire intervient, a-t-il expliqué, à un moment on ne peut plus opportun. « L’actualité internationale récente, avec les cas de coronavirus, démontre l’importance de ce réseau de surveillance épidémiologique et de la gestion des alertes précoces. La mondialisation des échanges n’est pas qu’économique Elle est aussi, hélas infectieuse et épidémique », a-t-il dit.
La possibilité de poursuivre ce projet grâce à l’intervention de l’AFP a été accueillie avec soulagement à la COI comme le témoignent différentes interventions. De part et d’autre, on craignait que la COI soit obligée de mettre un terme à ce projet faute de financement dans la mesure où les États dont Maurice n’acceptaient pas de participer financièrement à ce projet. L’échéance a maintenant été repoussée à 2017. Ce qui a, sans doute, amené le président de la COI à souhaiter qu’après la période de quatre ans, le projet de veille sanitaire devienne pérenne avec l’aide des États membres de la COI. Les responsables du projet dans chacun des États membres sont intervenus hier pour témoigner de la pertinence du projet qui a permis une mise en commun et un partage d’information. Le ministre suppléant de la Santé, Mookhesswur Choonee, ainsi que le Dr Ram Nunlall, point focal du projet à Maurice, ont expliqué que la Communicable Disease Control Unit du ministère de la Santé a pu être dotée d’une cellule d’épidémiologie, tout en donnant priorité à l’aspect surveillance, l’alerte précoce et la riposte rapide grâce à ce projet. De plus, a poursuivi le ministre, le projet a été significatif dans le rehaussement des services du laboratoire central de Candos et de son département de virologie qui est devenu un centre de référence nationale pour la grippe. En matière de formation, il a profité de l’occasion pour annoncer que la formation continue sera obligatoire pour tous les médecins.
Travail d’équipe
L’idée de la mise en réseau des services de surveillance épidémiologique est née dans le sillage des épidémies de chikungunya qui avaient touché d’abord les Comores et ensuite Maurice, les Seychelles et la réunion. Cette épidémie avait touché 40 % de la population réunionnaise. Selon Jean Claude de l’Estrac, l’épidémie de chikungunya a démontré qu’un niveau de développement avancé, comme à la Réunion, ne suffit pas à conférer l’immunité. Le renforcement des systèmes de surveillance et d’alerte aux épidémies, au niveau de chaque pays, était nécessaire. L’AFD a apporté son soutien au projet de surveillance et d’investigation épidémiologique dès 2007. Le nouveau projet de veille pour la période 2013/2017 s’inscrit dans la lignée d’une triple réussite : celle du travail d’une équipe composée d’experts internationaux et régionaux, celle d’un travail de terrain, de proximité et de concertation des points focaux, véritables acteurs de la veille sanitaire et celle d’un partenariat exemplaire avec la COI.
Cette seconde phase a en effet de nouvelles ambitions et est très novateur à deux égards particulièrement. Il s’agira tout d’abord de mettre en oeuvre le concept « une seule santé » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à travers d’une forte collaboration entre santé humaine et santé animale. En effet, 75 % des maladies émergentes humaines sont d’origine animale. La mise en place d’un réseau régional “One Health”, telle qu’ambitionné par le projet via une collaboration avec le CIRAD (Centre de coopération internationale pour la recherche agronomique et développement) sera une première au niveau mondial et devrait servir de modèle pour d’autres régions.
Ensuite, parce qu’à travers le projet, le Secrétariat de la COI a l’opportunité de développer des compétences techniques en matière de santé publique. C’est donc à un réseau régional intégré de surveillance des maladies à l’horizon 2017 que le projet aboutira. À terme, la COI sera dotée d’un département santé publique à l’instar des grandes organisations régionales comme la Communauté du Pacifique (CPS). « Il s’agit maintenant de franchir deux étapes déterminantes : la concrétisation sur le terrain du concept de One Health et la création de la première unité technique permanente de la COI, qui serait dédiée à la veille sanitaire au sein de la COI », a déclaré la directrice de l’AFD, Laurence Breton-Moyet
L’ambassadeur de France, Jean-François Dobelle, s’est aussi adressé à l’assistance.