En septembre 2019, l’ONG Ecosud a lancé la campagne ESA bill now. Un plaidoyer pour que le ESA Bill soit voté au Parlement pour la protection de ces zones sensibles extrêmement importantes qui  pour l’environnement et pour les humains. Un manifeste avait d’ailleurs été rédigé, signé par une quarantaine d’organismes, demandant à ce que ce projet de loi devienne prioritaire. Sébastien Sauvage, membre de l’ONG Ecosud et une des têtes pensantes de la campagne ESA Bill Now en parlent.

Sébastien Sauvage: “Le ESA Act est une priorité absolue”

Pourquoi voter un ESA Bill est-il une priorité aujourd’hui ?

Le ESA Act est une priorité absolue. Notre société veut avoir une République de Maurice résiliante au changement climatique, nous souhaitons diminuer notre empreinte carbone, nous voulons avoir une approche Ridge to Reef, il est donc logique, nécessaire, important et urgent que nous réduisions rapidement notre dépendance au pétrole, aux énergies fossiles et que nous protégions et respections mieux les 14 écosystèmes des Environmentally Sensitive Areas. Nous devons réduire notre impact sur ces écosystèmes afin de leur permettre de s’adapter face aux changements climatiques et afin qu’ils continuent d’être des sources de vie.

Dans quel état sont-elles actuellement ?

90% de nos mangroves ont été détruites, nos lagons souffrent d’eutrophisation. Ils sont asphyxiés par le manque d’oxygène dû au niveau de nutriments qui y sont déversés. Durant les 20 dernières années, la population de chauves-souris insectivores a diminué de 80% ; les caves – qui sont aussi des ESA – ne sont pas protégées. De même, 90% de nos wetlands sont affectées par le backfiling alors que 60% de nos wetlands sont fragmentées. Notre niveau d’urbanisation est 36 fois supérieur à la moyenne mondiale, il ne reste plus que 4,4% de forêts endémiques. Par ailleurs, de 2017 à 2018, l’importation des pesticides a connu une hausse de 6,6% alors que la surface totale des forêts a régressé de 18 hectares sur la même période. En 2018, le gouvernement a donné 10 EIA Licences a des projets a proximité ou dans les ESA. Il y a même des projets qui n’ont plus besoin d’obtenir des EIA Licences. Il faut changer complètement notre rapport a leur égard.

En quoi est-ce important que les citoyens participent à ce combat ?

Les citoyens de la Republique de Maurice bénéficient tous les jours des services écosystèmiques que nous fournissent gratuitement les ESA. Les populations qui sont les plus affectées en premier par leur dégradation sont les populations vulnérables, il est donc nécessaire que la société civile et les citoyens puissent avoir leur mot à dire dans la mise a jour de l’ESA Bill.

Les 40 organisations signataires du manifeste à ce jour démontrent un

engouement pour la cause. Comment s’explique cela ?

Les loi reflètent notre niveau de conscience. Aujourd’hui, de plus en plus de citoyens se rendent compte qu’il n’y a pas la nature d’un côté et les être humains de l’autre. Nous sommes la nature. Il est donc normal que de plus en plus de citoyens mauriciens souhaitent voir les lois évoluer afin qu’on rétablisse une relation respectueuse et que la nature ne soit plus vue comme une ressource à exploiter. Nous devons revoir notre rapport au monde du vivant.

Qu’est-ce que la société civile attend du plan directeur issu des Assises de l’Environnement et des ateliers organisés par le ministère l’Environnement ?

On souhaite que toutes les zones écologiquement sensibles soient protégées et encadrées par une loi. 40 organisations de la société civile ont signé le manifeste en faveur d’un projet de loi pour les Environmentally Sensitive Areas (ESAs), nos trésors naturels. Les deux éléments importants sont, d’une part, qu’il y ait une mise à jour du ESA Bill (draft 2009) en transparence avec l’implication des citoyens et, de l’autre, qu’en attendant que le ESA Bill soit discuté et voté au Parlement, aucune nouvelle EIA Licence ne devrait être émise pour les projets se trouvant à proximité des ESA.

Avez-vous l’impression que le gouvernement a conscience des réels enjeux ?

Gouverner c’est prévoir ! Personnellement je n’ai pas l’impression que notre gouvernement se rend compte de ce qui se passe et de ce qui nous attend. Il ne montre aucune ambition pour faire face aux réels défis et enjeux qui nous guettent. On entend citer des “high income society” avec Singapour et Dubai pour modèles. C’est absurde! Nous devrions nous donner à fond pour aller vers  notre indépendance face aux énergies fossiles. Nous devrions travailler sans relâche vers notre autonomie alimentaire, et pour instaurer une société de partage et de la solidarité. Le droit de la nature doit être inclus dans notre Constitution. il nous faut reconnaitre les crimes d’écocides afin de se donner tous les moyens pour que notre société aussi développe sa résilience.

Nos 14 types d’écosystèmes

Les Environmental Sensitive Areas se composent de 14 types d’écosystèmes qui sont tous reliés. La dégradation d’une d’elles a des répercussions sur les autres. Raison pour laquelle la société civile lutte pour un ESA Bill et non simplement un Wetland bill qui se s’attaquerait que partiellement au problème.

Pentes abruptes et sommets montagneux

Partie intégrante et vitale de l’industrie touristique en pleine croissance, les pentes abruptes représentent les caractéristiques visuellement les plus saillantes du pays et constituent le gros des Areas of Outstanding Natural Beauty terrestres. Les touristes visitent activement les points de vue panoramiques. Ces endroits constituent aussi le dernier refuge pour de nombreuses plantes et animaux endémiques de Maurice qui auraient pu disparaître.

Les forêts

Les forêts constituent un habitat important pour les animaux et les plantes endémiques. Elles aident à contrôler le débit d’eau et à stabiliser les sols sur les pentes. Leur présence joue un rôle important dans la réduction des risques de sécheresse pendant les saisons sèches. Elles stockent généralement de grandes quantités de carbone et abritent un grand nombre d’espèces de pollinisateurs, en particulier les insectes, qui sont importants pour l’accroissement des arbres fruitiers et des légumes.

Rivières et ruisseaux

Les rivières et les ruisseaux ont plusieurs rôles. Avant tout, ils servent à transporter les eaux de pluies vers la mer évitant ainsi les inondations.  Ils alimentent aussi les réservoirs. Ils sont aussi des habitats pour des espèces de poissons, de crustacés et de plantes aquatiques.

Lacs et réservoirs

La principale valeur des lacs et des réservoirs provient de leur fonction de stockage de l’eau douce pour les besoins du pays. Des valeurs supplémentaires sont fournies via des possibilités de loisirs, telles que la pêche, la randonnée et le cyclisme. De même, quatre des onze réservoirs sont utilisés pour produire de l’électricité. Grand Bassin représente l’un des sites culturels les plus importants de Maurice. Les lacs et les réservoirs artificiels offrent aussi des avantages pour la faune, en particulier pour les oiseaux aquatiques migrateurs.

Forages

Les forages représentent 36% des 1 649 puits à Maurice. Seuls deux tiers de ceux-ci sont actuellement utilisés pour l’extraction des eaux souterraines. Avec un diamètre supérieur à 200 mm, les trous de forage approvisionnent le pays en eau pour des usages domestiques et industriels. Les puits dsont principalement utilisés à des fins de recherche et d’irrigation.

Grottes de lave

Maurice et Rodrigues comptent plus de 140 formations de grottes. Elles fournissent un certain nombre de services environnementaux tels que d’importantes voies navigables souterraine, l’alimentation des aquifères et offrent un abri aux oiseaux et aux chauves-souris insectivores, y compris une espèce endémique de Maurice. Ces animaux contribuent à la régulation des nuisibles en agriculture. Sans compter leur attrait touristique.

Vasières intertidales

Les vasières sont des habitats sédimentaires intertidaux créés par des dépôts dans des environnements côtiers à faible énergie, en particulier des estuaires et d’autres zones abritées. Elles sont des zones très productives qui, avec d’autres habitats intertidaux, abritent un grand nombre d’oiseaux et de poissons prédateurs.

Marais côtier

Les marais côtiers atténuent des inondations et son également des habitats pour les oiseaux d’eau migrateurs et les espèces endémiques. Un certain nombre de plantes endémiques ont aussi été répertoriées le long de certaines marais. Les marais peuvent également accumuler des quantités importantes de matières organiques et pourraient jouer le rôle de puits de carbone.

Marais des hautes terres

Contrairement aux marais côtiers, la valeur biologique des marais des hautes terres est plus importante. En raison de la superficie restreinte des hautes terres, les marais de ces régions ont traditionnellement créé des conditions qui ont laissé la place à un large éventail de plantes endémiques. De nombreuses autres espèces endémiques, croissent en association étroite avec le pandanus. Tout comme les marais côtiers, ils atténuent les inondations et stockent le carbone, mais certains marais des hautes terres ont une valeur paléontologique car ils contiennent des os de sous-fossiles et des restes de plantes datés de plusieurs milliers d’années.

Plages et dunes de sable

Les plages de sable et les dunes représentent des habitats importants pour les espèces végétales et animales indigènes, ainsi que pour les animaux marins. Nos plages peuvent être des lieux de pontes pour les tortues de mer. Les systèmes de plages de sable et de dunes fournissent un certain nombre de services importants liés à la protection de la zone côtière et particulièrement à l’utilisation récréative.

Herbiers marins

La complexité de l’habitat dans les herbiers marins augmente la diversité et l’abondance des animaux. Les herbiers sur les fonds de récifs et près des estuaires servent également de puits de nutriments. Ils stabilisent également les sédiments côtiers et constituent un puits de carbone potentiellement important, car la matière organique créée par la décomposition des herbiers marins et rejetée par les rivières et les ruisseaux est piégée dans les sédiments. Ils fournissent nourriture et abri à de nombreux organismes et constituent une pépinière pour des espèces de crevettes et de poissons d’importance commerciale.

Mangroves

Les mangroves sont de formidables habitats. Environ 110 espèces ont été identifiées comme appartenant à la mangrove. Elles protègent la côte de l’érosion, des ondes de tempête, en particulier lors de cyclones et des tsunamis. Leur système racinaire massif dissipe efficacement l’énergie des vagues. Elles retiennent les sédiments, filtrent les polluants et retiennent le carbone entre autres fonctions.

Coraux et récifs coralliens

Les récifs coralliens ont plus qu’une valeur d’existence, et sont importants pour la diversité de la vie qu’ils abritent et pour la population humaine. Les plantes et les animaux associés aux récifs fournissent aux gens un certain nombre de produits en sus de protéger le littoral.

Ilôts

Les îlots représentent certains des habitats les plus importants pour les espèces végétales et animales indigènes et endémiques du pays et même de la région. Les îlots contribuent aux effets tampons généraux de la lagune pendant les périodes de forte poussée de la mer liée à de forts événements cycloniques, à la présence de marées saisonnières ou, plus rarement, à des tsunamis.