Quand vient de la question de l’environnement, il est coutume d’avancer « laissons les jeunes grandir afin qu’ils puissent prendre la relève ». Comme si c’était dans leur gêne d’être irrémédiablement verts… D’ailleurs, la tendance chez les jeunes ne semble pas porter vers un monde plus vert. Du moins c’est ce que soutiennent nos intervenants… Selon eux, ce serait une vraie « bataille » que d’amener les jeunes à s’intéresser à cette cause.
Lors de l’inauguration du centre d’information de Pétrin jeudi dernier, le ministre de l’Agro-industrie, Satish Faugoo, invitait les jeunes à être des ambassadeurs de la biodiversité. Laissant ainsi la réalisation de la promesse d’un monde plus vert reposer sur eux.
Depuis des années, les programmes scolaires offrent aux jeunes un enseignement plus poussé sur l’environnement, en vue d’une bonne compréhension des dossiers environnementaux. Une connaissance qui pourrait être l’arme fatale contre le changement climatique. Toutefois, dans la pratique, c’est tout autre…
Nous avons rencontré samedi une quarantaine de jeunes d’AIESEC à la cybercité d’Ébène. Ils s’affairaient à nettoyer la cité dans le carde de leur projet Lead Green visant la prévention de la pollution en collaboration avec Eco Raise et Orange.
Ameeruddheen Khodabacus, coordinateur de ce projet, est d’avis que les jeunes Mauriciens ne s’intéressent pas à la question environnementale. « Notre système d’éducation ne comporte pas assez de programmes sur la protection de l’environnement. Les jeunes ne savent pas faire la différence entre pollution de l’océan et pollution du sol, entre autres… », nous explique-t-il. Ameeruddheen Khodabacus pense que le gouvernement devrait mettre davantage l’emphase sur l’environnement. « L’éducation, c’est la base », soutient-il.
Joël Cléopâtre, également membre d’AIESEC, soutient pour sa part que la question de l’environnement ne devrait pas reposer sur les jeunes uniquement. Il est d’avis que tout le monde devrait avoir à coeur le développement durable. « Quand on a les moyens d’améliorer les choses, il faut le faire. Pourquoi remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui ? » Certains dommages causés à l’environnement sont « irréversibles », dit-il. L’éducation à l’environnement devrait commencer à la maison. « C’est aux parents de montrer l’exemple et de ne pas polluer », fait-il ressortir.
Une employée d’une compagnie à Ébène explique que « les gens jettent leurs ordures n’importe où… Ébène est déjà une région très peuplée avec le nombre de personnes qui y travaillent et pourtant il y a un manque de poubelles… Je pense qu’il faudra encore beaucoup de temps avant que les gens prennent conscience de l’impact que ces saletés ont sur l’environnement. Je trouve aussi que les jeunes ne s’impliquent pas assez ». Et d’ajouter : « Mes collègues sont du même avis que moi. Même une campagne de nettoyage ne changera pas la situation. Il faudrait que chaque personne ait les bons gestes pour que la pollution diminue. »
Peu de jeunes s’intéressent à l’environnement
Kapeesha Askoorum, employée à Eco Raise, estime pour sa part que très peu de jeunes s’intéressent à l’environnement. Ils n’y trouveraient aucun intérêt, selon elle. La jeune femme estime qu’il faudrait plus d’engagement de leur part. « C’est une véritable bataille que de trouver des jeunes qui s’intéressent à l’environnement. Il n’y en a pas beaucoup qui veulent faire du nettoyage ou encore mener une campagne de sensibilisation », nous déclare-t-elle l’air peinée.
Xavier Arnaud, étudiant belge à Maurice dans le cadre du projet LEAD, soutient que « l’environnement, c’est tout ce qui nous entoure. C’est la nature, les gens. En Belgique, protéger l’environnement est devenu une culture. Les jeunes y participent beaucoup. Ils sont conscients que protéger la nature est primordial. Depuis 1986, nous avons commencé à faire des collectes séparées. Cela nous permet, depuis très jeune, une prise de conscience quant au respect de la nature. Nous avons aussi depuis 10 ans mis en route le recyclage des déchets afin de leur redonner vie en les transformant en matières premières, en énergie, entre autres. Quand je suis arrivé à Maurice, je ne m’attendais pas à voir une telle situation. Le tri des déchets avait à peine commencé. Le pire, ce sont les bouteilles en plastique et le papier qu’on trouve dans l’île, alors que 60 % de ces déchets pourrait être recyclé. Je pense que le gouvernement devrait mettre à la disposition des citoyens plus de poubelles à compartiments séparés et informer davantage le public sur la question. Parmi les jeunes que j’ai rencontrés, certains sont conscients du problème mais n’ont pas beaucoup d’information. J’ai vu aussi qu’il y avait une grosse différence de mentalité chez les 40 ans à monter. La protection de l’environnement ne semble pas les intéresser. Toutefois, ils ne sont pas conscients que ce qu’ils font influencent leurs enfants, et à leur tour, ils se conduisent comme eux. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour que la population mauricienne change de mentalité à propos de l’environnement. Le tri de déchets devrait faire partie de votre culture comme c’est le cas dans d’autres pays. »
Situation alarmante dans le monde
En 2005, 1 360 experts ont rendu un rapport alarmant à l’ONU. Ils ont établi un constat unanime : si l’homme continue à dégrader la planète, d’ici trente à quarante ans, son bien-être sera menacé. Pollution, désertification, risques sanitaires, réduction de la diversité des espèces et réchauffement climatique, le bilan environnemental planétaire est loin d’être réjouissant. Plus d’un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable ; chaque jour, 50 à 100 espèces disparaissent ; 250 millions de personnes sont affectées par la désertification ; en 10 ans, 940 000 km2 de forêts ont été abattus … Et le danger écologique : la dégradation environnementale menace également la survie des hommes (par la pollution, la désertification, les maladies…)
Depuis les années 1950, on assiste à une prise de conscience des conséquences des activités économiques sur l’environnement dans le monde, en particulier des problèmes posés par les déchets et les pollutions. En 1971, un rapport du Club de Rome intitulé « Halte à la Croissance » dénonçait le danger sur l’environnement, d’une croissance économique et démographique exponentielle et préconisait la croissance zéro. Dans les années 80, le public a découvert que les pollutions dépassent les frontières : le « trou » dans la couche d’ozone ou l’accident de Tchernobyl concernent la planète entière. En 1987, le rapport « Notre Avenir à Tous » lance un appel pour un développement durable et une modification urgente et profonde des pratiques humaines. La notion de développement durable dépasse la seule question de l’environnement car elle intègre la justice sociale, la démocratie et l’efficacité économique ; le succès de ce terme a contribué à faire de l’environnement une préoccupation majeure et à prendre en compte le lien entre les inégalités sociales et les problèmes écologiques.
Malheureusement, il semble que la prise de conscience ne suffise pas car les mesures appropriées tardent à être prises, alors que la situation s’aggrave.