Le ministre Ramano : « Un environnement propre n’est pas une directive que nous voulons donner ni un privilège à la population, mais une hygiène de vie que les Mauriciens doivent pouvoir leur offrir »

76 000 tonnes de produits en plastique ont été ramassées en 2018, représentant environ 14% des déchets municipaux

Des efforts sont consentis pour la protection de l’environnement par le gouvernement à travers ses différents départements, et aussi par le secteur privé. Alors que des appels sont constamment lancés pour ne pas salir l’environnement et des campagnes de sensibilisation organisées régulièrement pour demander aux gens de respecter la nature, un vrai changement de mentalité s’avère nécessaire pour que Maurice puisse encore être un pays respectant son environnement menacé.

La campagne Pre-Festive Clean Up, qui a débuté jeudi matin sur la plage de Belle-Mare, a été une occasion de faire encore appel au civisme et à la responsabilité des Mauriciens. « Un environnement propre n’est pas une directive que nous voulons donner ni un privilège à la population, mais une hygiène de vie que les Mauriciens doivent pouvoir leur offrir », soutient le ministre de l’Environnement, Kavy Ramano. Face aux nombreux appels lancés à la population pour respecter l’environnement et que peu de personnes seulement changent de mentalité, il estime que « les lois plus dures » doivent marcher de pair avec cette campagne de sensibilisation.

« Les lois répressives ont toutes leur raison d’être. En tant que gouvernement responsable, il est important d’assurer qu’on sévit lorsqu’il y a des infractions aux règlements sinon il n’y aura aucun contrôle sur la situation », dit-il au Mauricien. Mais pour le ministre, il est également important d’avoir cet exercice de conscientisation. « Il faut que cela soit le réflexe normal de tous les jours des Mauriciens », ajoute-t-il. Pour lui, chaque Mauricien doit exiger d’avoir un environnement.

Une telle campagne, selon Kavy Ramano, vise à sensibiliser les gens sur la nécessité de garder un environnement propre. « Ce n’est pas fêter de façon égoïste et ne pas voir tout ce qu’on laisse derrière en termes de dégâts à l’environnement. La protection de celui-ci ne se limite pas uniquement au ministère de l’Environnement, mais c’est aussi le devoir de tout citoyen de faire de même », dit-il. Lors de son discours, il cite à nouveau les services offerts tels la voirie, le système de collecte de déchets, le recyclage même qu’il soit partiel, mais ajoute que « la propreté de notre île laisse à désirer ».

Six régions spécifiques ont été ciblées pour cette campagne. « Ce sont des régions extrêmement importantes et il faut qu’on ait une véritable campagne de nettoyage », dit Kavy Ramano. Si les plages sont souvent ciblées pour être nettoyées, il avance que nous oublions souvent les lagons. Selon lui, certains Mauriciens laissent un désordre « pas possible » dans les lagons. Encore une fois, la conscientisation de la population revient au tapis pour que les Mauriciens arrivent enfin à prendre conscience que les lagons ne sont pas à salir.

Ce nettoyage se poursuivra avec l’estuaire de Terre-Rouge et la rivière Lataniers, à Port-Louis. Elle continuera lundi sur dans le lagon de Blue-Bay et à la rivière Saint-Louis, à Ébène. Le lagon du Morne sera ensuite nettoyé mardi et celui de Mon-Choisy mercredi. Le nettoyage prendra fin à l’île aux Bénitiers vendredi. Même si cette campagne a pour nom “Pre-Festive Clean Up”, le ministre de l’Environnement avance que cette initiative se poursuivra au mois de janvier. « D’autres sites seront nettoyés après les périodes festives », indique-t-il.

Le micro-plastique, un problème inquiétant

Pour un petit pays comme Maurice, 76 000 tonnes de plastiques ont été ramassées en 2018, représentant environ 14% des déchets municipaux. Non seulement cette triste réalité, les microparticules représentent aussi un danger important pour la santé des gens. Face à cette réalité, Kavy Ramano avance que le plastique, bien qu’il soit une belle invention, n’a pas été utilisé à bon escient. « Le plastique est aujourd’hui une calamité pour l’environnement », concède-t-il. Pour lutter contre le plastique, une politique sera bientôt apportée sur son utilisation « pour trouver des alternatifs à ce matériel ». Dans ce combat contre le plastique, il avance que la politique du ministère est de réduire l’usage du plastique et éliminer son utilisation en 2030. Il fait ressortir que plusieurs entreprises se sont déjà lancées dans la réalisation de cet objectif.

Les chiffres de la Banque Mondiale, s’agissant des déchets, démontrent la situation alarmante concernant la génération de déchets. Dans son rapport “what a waste 2.0” publié en 2018, l’urbanisation rapide des pays en développement est pointée du doigt à cause de l’augmentation des déchets. Les pays en développement recyclent en moyenne 4% de leurs déchets contre plus d’un tiers dans les pays à revenus élevés. Le traitement et l’élimination des déchets étaient la cause des émissions de 1,6 milliard de tonnes de dioxyde de carbone en 2016. La situation du plastique est encore « plus grave ». En 2016, les déchets en plastique représentaient 242 millions de tonnes au niveau mondial, se présentant ainsi comme une menace sérieuse pour la mer et la terre.

« La cause environnementale nous concerne »

Par ailleurs, les employés de l’hôtel Saint Géran sont maintenant habitués au nettoyage de plage pour préserver l’établissement. Ces employés, une quinzaine environ, étaient ainsi présents pour le nettoyage de la plage de Belle-Mare. Vêtus de leur t-shirt arborant fièrement le nom de l’hôtel où ils travaillent, un grand sac en plastique en main et des gants, ils se disent préoccupés par la quantité de saletés qu’ils ramassent à chaque moment de nettoyage. « Suite à l’invitation que nous avons reçue, nous avons saisi l’occasion qui s’est présentée pour participer à ce nettoyage. La cause environnementale nous concerne beaucoup. Nos clients partagent aussi cette plage. Lorsque nous parlons de Belle-Mare, nous parlons aussi du Saint Géran », soutient Ram Aukhaj du département de Landscaping au Saint Géran et président de la Saint Géran Workers Union.

À chaque fin de nettoyage, il se dit « étonné » par le nombre de produits plastiques ramassés. Pour lui, cette situation « ne peut continuer étant donné que Maurice est une destination touristique ». Il poursuit : « Il nous faut plus de campagnes de sensibilisation, mais surtout il faut que les gens arrêtent de salir partout et respectent l’environnement. » Et d’ajouter que des saletés jetées çà et là donnent une très mauvaise impression aux touristes. « Chaque personne a le droit d’aller s’amuser au bord de la mer et les détritus et les sacs en plastique doivent être jetés à la poubelle ou apporter chez soi pour être jetés », souligne-t-il. Outre le nettoyage des plages, ces employés effectuent aussi celle des villages qui avoisinent le Saint Géran. Lors de ce nettoyage, les employés du Veranda se sont aussi joints à cette initiative et des sacs, contenant des plantes marines, se remplissaient tout au long de la plage.