Depuis l’octroi d’une Environment Impact Assessment (EIA) Licence aux promoteurs malaisiens en vue de la mise en place d’une centrale à charbon à Pointe-aux-Caves, la Plateforme citoyenne, représentant les intérêts des habitants des environs, a accentué ses actions de sensibilisation concernant les effets néfastes que ce projet engendrerait s’il venait à voir le jour. Elle reconnaît toutefois que le projet CT Power d’une capacité de 110 MW soulagera la production d’électricité dans l’île.
L’implantation de la centrale thermique à charbon de 110 MWh à Pointe-aux-Caves permettra certes de soulager la production d’électricité du pays, admet la plateforme citoyenne, cependant, relève-t-elle, en projetant l’île Maurice en 2025, le projet CT Power, partenariat des promoteurs de Malaisie et du Central Electricity Board (CEB), apportera aussi son lot de désagréments. La Plateforme citoyenne regroupe de nombreux habitants qui ont à coeur la santé de Maurice et oeuvrent conjointement avec les forces vives de Pointe-aux-Sables et d’Albion. Récemment, la Plateforme Maurice Environnement (PME) s’est ralliée à cette cause.
Depuis le début de la campagne de sensibilisation — d’abord à Kensington, puis à Albion —, l’on dénote une véritable prise de conscience chez les habitants s’agissant des effets néfastes liés à une centrale à charbon. Pour la plateforme, « il vaut mieux prévenir que guérir ! ». Se sentant concernés, les habitants assistent régulièrement aux réunions animées par Fabiani Balisson, initiateur d’une pétition online, de Zaheer Allam, Green Associate – Leadership in Energy and Environmental Design (LEED), Yannick Cornet, ingénieur, Georges Brelu-Brelu, représentant des forces vives d’Albion et de Pointe-aux-Sables, entre autres. « Nous avons été invités à faire nos présentations et à poursuivre notre campagne de sensibilisation dans d’autres régions notamment à Flic-en-Flac », soutiennent les animateurs. Un soutien que comptent offrir également les pêcheurs de cette région.
Pour Alain, 63 ans, ce projet fera plus de mal que de bien à la société et sera un désastre pour l’économie du pays. « Deza nou pe gagn difikilte pou gagn nou lavi. Aster avek enn santral à sarbon nou bann reveni pou diminie », soutient-il, pointant du doigt les répercussions sur la faune et la flore marines. « Qu’adviendra-t-il à notre industrie touristique ? » Cette question préoccupe également les animateurs. « L’installation d’une centrale à charbon ce  sont deux cheminées de 55 MWh et de 110 mètres de haut pour un diamètre de 9 mètres. C’est la première chose que les touristes verront lorsqu’ils viendront à Maurice. Un véritable eyesore », lance Yannick Cornet. Il déplore dans le même souffle le laxisme des autorités et le silence du gouvernement sur ce projet. Durant la semaine écoulée, des tractopelles ont été aperçues sur le site du projet. À Yannick Cornet de renchérir : « Nous sommes toujours dans le flou. Nous nous inquiétons pour nos générations futures… »
Toutefois, la plateforme ne dit pas « non » à CT Power mais « à la centrale à charbon ». « Si CT Power vini ek enn proze enerzi renouvelab, nou mem nou pou trap so lamin nou pou amenn li lor bann site-la », se défend Yannick Cornet.
Selon Fabiani Balisson, ce projet à hauteur de Rs 6,4 milliards coûtera plus Rs 1,2 milliard au pays à cause des embouteillages et ne durera pas plus d’une trentaine d’années, chiffre qui reflète, dit-il, l’estimation de la durée de vie d’une centrale thermique à charbon. Ce jeune de 28 ans habitant Roches-Brunes souligne également l’incohérence de ce projet avec la politique Maurice Île Durable du gouvernement. Il a comparé les objectifs énergétiques de Maurice à ceux de La Réunion : « En matière d’autonomie énergétique, Maurice est actuellement à 16,6 % alors que l’île soeur est à 40 %. La Réunion envisage d’être le premier territoire au monde à atteindre l’autosuffisance énergétique en 2030 alors que Maurice espère atteindre 35 % de son autonomie énergétique en 2025. »
Du côté des autorités compétentes, l’ébauche de la politique énergétique principalement pour la fourniture d’énergie électrique pour la période 2007 à 2025, prévoit en 2013 une part de 55 % au charbon alors que celle destinée à la bagasse ne se destine qu’à 15 %. Fabiani Balisson estime que d’autres solutions doivent être prises en considération. « Une ferme éolienne à Plaine-Sophie est une initiative », dit-il. Outre les besoins en eau de mer pour le refroidissement de 25,5 mètres cubes par heure, le rapport de CT Power établi par Gibb Mauritius en 2007 reconnaît que « surveys were not possible in waters deeper than 30 meters because of this low visibility ». Le rapport décide également que « none of the species found on site present any value for conservation ». « Une véritable gifle à la conservation de l’environnement. Nous voyons clairement que CT Power ne semble pas tenir compte de la survie de quelque espèce marine que ce soit. Nous ne pouvons permettre cela », rétorque Alain pêcheur de profession rappelant le passage des baleines et des dauphins dans ces eaux à différentes périodes de l’année entre Flic-en-Flac et Albion.
Pour les habitants de cette région, outre le danger à la santé, la dépréciation de la valeur des terres est appréhendée. « Certains craignent même d’être délocalisés », soutient Georges Brelu-Brelu du mouvement civique de Pointe-aux-Sables. Dans une correspondance, le MCPS en a appelé au Premier ministre Navin Ramgoolam pour que le gouvernement revienne sur sa décision.
En attendant les réponses aux questions, la mobilisation se poursuit. La prochaine réunion est prévue ce jeudi à 19 h au Nautilus à Albion.