Ces derniers temps, écologistes et citoyens sont venus alerter l’opinion publique face à des projets susceptibles de provoquer des dégâts environnementaux. Les inquiétudes sont vives parce que les mesures existantes ne semblent pas toujours adaptées à la protection de l’environnement et de la nature. D’où les coups de gueule qui continuent, en attendant une réaction appropriée des autorités.
“Il est évident qu’avec le nombre de constructions qui se font à travers l’île, on est en train de détruire l’écosystème. Visuellement, ça devient lamentable. C’est une vraie pollution esthétique qui sévit depuis quelques années à Maurice”, constate Karim Jaufeerally, membre de la Plateforme Maurice L’Environnement et de l’Institute for Environmental Studies.
Pour sa part, l’océanographe Vassen Kauppaymuthoo n’hésite pas à parler de “catastrophe écologique” et de “dégâts irréversibles dans le lagon” dans le cas du développement qui se fait à Calodyne. L’extraction de sable pour l’aménagement d’une plage artificielle dans le cadre de la construction du nouvel hôtel Les Creolias est contestée par le Syndicat des Pêcheurs. “L’extraction de sable est interdite depuis 2001 dans nos lagons, car elle est nuisible à l’environnement. Ce qui se passe à Calodyne est très grave. Maurice est signataire de plusieurs conventions pour la protection de nos mers et nos lagons. Il n’est pas possible de permettre à des promoteurs d’agir ainsi”, poursuit l’océanographe.
EIA Report.
“On a l’impression que le ministère de l’Environnement donne des permis d’Environment Impact Assessment (EIA) à tout va, sans un vrai constat de l’impact de la construction sur l’environnement”, souligne Stefan Gua, qui soutient la cause des pêcheurs de Calodyne. Il est aussi l’auteur de la vidéo dénonçant l’extraction illégale de sable qui y est faite, que l’on peut voir sur Dailymotion et sur le réseau social Facebook.
Georges Ah-Yan, du Front Commun des Citoyens, dénonce aussi cela : “Nous avons fait une demande auprès du ministère de l’Environnement pour voir les EIA licences des promoteurs à Gris Gris et à Cap Malheureux. Nous attendons toujours.”
Même si la EIA licence a été délivrée, il faut voir pour quel projet, avance Vassen Kauppaymuthoo. “Ce n’est pas possible qu’en 2012, on donne des EIA licences à un promoteur pour faire de l’extraction de sable en détruisant une biodiversité extraordinaire dans nos lagons. Que l’on permette par ailleurs à des promoteurs de construire sur le domaine public.” Il faut consulter l’EIA Report pour connaître la demande du promoteur et agir en conséquence, dit Karim Jaufeerally.
Irréversible.
Outre l’hôtel Creolias, d’autres projets de construction sur des sites touchant au domaine public sont décriés, notamment celui du promoteur Sagiterra, en face de la falaise de Gris Gris, sur le sentier menant à la Roche qui Pleure. “Cette construction comporte plusieurs problèmes. Déjà, la route donnant accès à la Roche qui Pleure sera bloquée. Ensuite, les drains vont se déverser dans la mer de Gris Gris. On sait que cette plage est le lieu où les tortues viennent pondre. En déversant les eaux usées de ce complexe dans la mer, on va polluer l’écosystème de cette plage et tuer l’habitat de ces tortues”, avance Georges Ah-Yan. Ce genre de projet, souligne Vassen Kauppaymuthoo, “met en péril les ressources dans cette partie du lagon. L’impact écologique sera irréversible”.
Évoquant ce cas, Karim Jaufeerally ajoute qu’il faut prendre en considération les conditions physiques et légales de la situation et voir ce qu’il en est. On ne peut pas trancher facilement. “Il faut se poser des questions sur la gestion de l’évacuation d’eau. Le promoteur a-t-il pensé à une station d’épuration ?”
 Biodiversité.
Nos deux principaux interlocuteurs évoquent la fragilité de la biodiversité et soulignent que trop de développement va forcément détruire et débalancer l’écosystème. C’est pourquoi le cas du complexe commercial à Cap Malheureux est fortement contesté. Le bâtiment en construction se trouve sur une wetland zone. “Le gouvernement mauricien, qui a signé la Convention de Ramsar sur les wetlands, est tenu d’interdire toute construction sur une zone humide ou à proximité”, précise Karim Jaufeerally. Il souligne qu’il y a un travail de recensement à faire sur les wetlands à Maurice. Plusieurs ont été comblées pour des constructions immobilières. “C’est le cas à Flic en Flac où, en période de fortes averses, certains quartiers sont inondés.” Un développement sur une zone humide entraîne inévitablement la destruction de la biodiversité.
Un wetland agit comme une éponge. “C’est une sorte de station d’épuration naturelle”, souligne l’écologiste. Face à ces développements, surtout sur ces zones humides, un déséquilibre s’opère. “La zone humide maintient la qualité de l’eau, tout en protégeant la biodiversité; une wetland dans l’océan agit comme une place pour l’éclosion et repeuple le lagon. En détruisant une wetland ou le lagon, on met toute cette biodiversité en danger.”
Domaine public.
Le gouvernement ne peut permettre à quelqu’un de prendre les terrains qui sont du domaine public pour un quelconque projet, ajoute Vassen Kauppaymuthoo. “C’est très grave. On ne peut prendre quelque chose qui n’est pas à nous et le transformer ou l’exploiter. Ce n’est pas possible. C’est un vol de patrimoine, à Calodyne comme ailleurs.”
Pour les trois sites, les citoyens sont dans le flou et s’interrogent toujours sur l’obtention des permis pour construire ces projets immobiliers qui entraînent directement la dégradation de l’environnement. La mobilisation citoyenne se met en place et continue de faire pression sur les promoteurs…