Sur le plan de l’environnement également, on est en droit d’aspirer à une île Maurice nouvelle. À l’heure actuelle, nous affichons toujours du retard dans ce domaine par rapport à d’autres pays. “Maurice Île Durable” est un projet visionnaire, mais celui-ci ne saura atteindre ses aspirations si certains aspects ne sont pas pris en compte par les autorités. Selven Govinden de FreeART et Christine Sauzier de Mission Verte nous en parlent.
Mission Verte a fait du tri des déchets à Maurice son cheval de bataille. Depuis 2007, l’ONG a à son actif quelques réalisations importantes, avec, entre autres, l’installation d’une vingtaine de poubelles de tri sélectif à travers l’île. Elle a pourtant du mal à continuer son projet aujourd’hui, à cause, notamment, d’un manque de financement et du manque d’implication des autorités. “Nous avons été très déçus par le fait que le gouvernement n’ait pas suivi notre initiative. Nous n’avons pas reçu une seule lettre de sa part”, s’indigne Christine Sauzier.
Le public a pourtant bien répondu à cet appel, puisqu’un grand nombre de personnes procèdent aujourd’hui au tri de leurs ordures. Le problème majeur est que la collecte de ces déchets coûte cher. “Nous sommes en train d’essayer de trouver des fonds pour acheter un petit camion et procéder nous-mêmes à la collecte.” Selon Christine Sauzier, si les collectivités locales se décident à prendre en charge le ramassage des déchets triés, le reste de la population suivra.
Bicycle lanes.
Même son de cloche du côté de Selven Govinden de FreeART. Pour lui, les autorités ne font rien pour encourager le public à limiter l’utilisation de leurs voitures, et ainsi aider à diminuer l’émission de monoxyde de carbone dans l’atmosphère. “Les gens devraient se servir davantage de moyens de transport non polluants, comme le vélo, pour les déplacements courts. Pour encourager le public dans cette voie, il faudrait que les autorités pensent à créer des bicycle lanes. Cela ne coûterait pas grand-chose par rapport au budget alloué à la réparation et à la construction des routes.” Selven Govinden préconise également l’application du transport public gratuit à toute la population. “Cela limitera l’utilisation des voitures, car il serait ainsi plus avantageux pour le Mauricien de voyager par bus.”
Pour arriver à changer les choses, plusieurs aspects du problème doivent être revus. Un changement radical de notre façon de faire et de voir le monde. “Nous devons entrer dans une logique de réparation et de recyclage, et devons surtout bien réfléchir avant d’effectuer des dépenses inutiles. Nous devons également essayer autant que possible d’être autosuffisants. Ce qui nous incitera à moins importer. Sachant que le pétrole n’est pas une ressource illimitée, que se passera-t-il le jour où celui-ci sera épuisé, et que les bateaux ne pourront plus nous livrer nos marchandises ? Il faut sensibiliser la population davantage”, recommande Selven Govinden.
Récupération.
Pour nos deux interlocuteurs, l’exemple doit venir d’en haut. C’est pourquoi ils font appel aux autorités pour des efforts supplémentaires de leur part. “On parle de “Maurice Île Durable”, mais nous sommes bien loin derrière. Ce projet n’est pas suivi à grande échelle. Quand vous pensez que presque tout ce qu’on trouve dans une poubelle peut être recyclé, vous vous demandez ce qui empêche le gouvernement d’adopter le tri sélectif des déchets et encourager le recyclage”, s’interroge Christine Sauzier. Qui ajoute :“Il faudrait des usines de recyclage à Maurice, et que nous soyons indépendants à ce niveau. Une usine de recyclage de papier sera bientôt opérationnelle. C’est une bonne chose. Cela va un peu alléger notre problème de déchets. Cependant, il faut trouver une parade au problème de récupération auquel nous faisons face.”