Mondialement connu pour être un des sites touristiques à ne pas manquer à l’Île Maurice, le Jardin de Pamplemousses se trouve actuellement dans une situation alarmante. C’est ce que pensent certains spécialistes de l’écologie qui tirent, une fois de plus, la sonnette d’alarme. Si l’invasion d’escargots dans les bassins de nénuphars – les symboles du parc – est l’un des problèmes qui affectent le jardin, d’autres tout aussi importants sont également montrés du doigt. Les manquements de l’administration mettraient ainsi le jardin en péril non seulement sur le plan écologique, mais aussi d’un point de vue économique, le jardin n’attirant plus autant les touristes. Si les autorités souhaitent optimiser nos ressources touristiques, il serait urgent de remédier à cette situation, soutiennent les écologistes, qui réclament des mesures concrètes pour sauver le Jardin de Pamplemousses et lui redonner sa vraie valeur.
Le Jardin de Pamplemousses perd peu à peu ses attraits. Et c’est principalement sur les bassins de nénuphars que pèsent actuellement de lourdes menaces écologiques. Ces pièces d’eau, dont celles connues comme Les Jumelles (Nymphea et Nelumbo Nuciphera), qui regorgeaient autrefois de nénuphars de type Victoria Amazonica, sont aujourd’hui quasiment vides. Alors qu’en temps normal, les feuilles aux dimensions parfois impressionnantes flottaient par centaines à la surface de ces bassins…
Sur un panneau installé en bordure du Bassin Géant – figurant sur nombre de cartes postales représentant l’Île Maurice –, il est indiqué que pendant la saison hivernale, les feuilles de nénuphar sont plus rares. Mais les écologistes soutiennent pour leur part qu’elles sont en train de disparaître, dévorées par des escargots. Une « découverte » qui ne daterait pas d’hier, assurent-ils. Les bassins auraient été envahis par des Golden Apple Snails (Pomacea canaliculata), une espèce d’escargot en provenance d’Amérique du Sud.
Déception des touristes
En juillet dernier, l’ONG EPCO, militant pour la protection et la conservation de l’environnement, a averti l’administration du jardin de ce phénomène et de ses répercussions sur l’écosystème. L’organisation a également proposé un plan d’action immédiat pour contrôler la population d’escargots et éviter ainsi des conséquences irréversibles. Les suggestions de l’ONG comprenaient un ramassage manuel à grande échelle de ces escargots et de leurs oeufs. Mais à ce jour, aucune mesure n’a été prise. Et les feuilles continuent toujours de disparaître progressivement, causant l’irritation de nombreux touristes qui se disent déçus de ne pas pouvoir admirer les nénuphars géants et mondialement célèbres du Jardin de Pamplemousses.
Dans un rapport de plusieurs pages envoyé au Trust Fund responsable de la gestion du jardin botanique, Hari Verlaet, un ressortissant belge d’origine mauricienne, souligne l’état d’urgence dans lequel celui-ci se trouve. Cet étudiant en biodiversité, actuellement en vacances à Maurice, a en effet été interpellé par la disparition progressive des nénuphars. Ces dernières semaines, il a ainsi mené de sa propre initiative plusieurs recherches qui l’ont conduit à tirer la sonnette d’alarme. Selon lui, « la situation risque de s’étendre à d’autres parties du jardin si rien n’est entrepris par les autorités ».
Amateurisme
Si l’origine exacte de l’apparition de Golden Apple Snails dans le jardin botanique est encore inconnue, certains spécialistes estiment qu’ils ont pu arriver à Maurice lors d’inondations, ou encore par l’intermédiaire des aquariophiles. « En mangeant les macrophytes présents dans les bassins de nénuphars, ces escargots changent le fonctionnement du système écologique. L’eau passe de claire à trouble, et cela peut modifier l’équilibre écologique du jardin et avoir des conséquences irréversibles », explique Hari Verlaet. Ce dernier ajoute que, le soir venu, les escargots grimpent sur le mur des bassins pour pondre. Leurs oeufs retombent ensuite dans l’eau, affectant ainsi la vase et expliquant le changement de la couleur de l’eau.
Outre le nettoyage peu approfondi et l’aménagement inapproprié, relevant parfois de l’amateurisme, de certaines parties du jardin, les spécialistes contactés par Week-End dénoncent également d’autres problèmes d’ordre écologique. Par exemple, l’invasion de termites met en péril la santé des arbres, dont plusieurs spécimens sont des espèces endémiques. De plus, la pollution quasi constante de la rivière Citron, qui traverse le parc, constitue aussi une menace sérieuse pour les bassins et les étangs. Ils rappellent par ailleurs que tout récemment, des milliers de poissons avaient été retrouvés morts dans une des pièces d’eau.
Gestion controversée
Pour les spécialistes de l’écologie, cette situation est inquiétante et risque d’avoir des conséquences graves non seulement sur la faune et la flore du jardin botanique, mais également sur l’économie du pays. Ils font ressortir que les touristes sont de moins en moins intéressés à visiter le jardin, celui-ci n’étant plus attirant à leur yeux en raison des problèmes évoqués plus haut. De plus, le tarif à l’entrée pour les touristes a récemment été augmenté de Rs 100.
Toujours selon les écologistes, la situation actuelle est le résultat de la pression exercée sur les ressources au niveau du jardin. Une pression due, à leur avis, aux manquements qu’ils constatent au niveau de la gestion du site. Hari Verlaet est quant à lui catégorique : « C’est l’absence de management correct qui a mené à cette situation. » Il fait ressortir que les ressources naturelles du jardin ne sont pas exploitées à leur maximum. « Nous avons là un jardin, uniquement pour le fait d’avoir un jardin. Même si le mot « botanique » y est rattaché, cet aspect n’est pas du tout pris en considération », affirme-t-il, soutenant que le Jardin botanique de Pamplemousses est en train de perdre de son statut scientifique. « L’urgence de remettre les choses dans leur perspective est là, car la situation est grave. Non seulement pour la société mauricienne, qui mise sur le tourisme, et donc sur ses sites touristiques pour assurer la croissance de son économie. Elle l’est également d’un point de vue écologique », maintient cet étudiant.
Un jardin botanique… sans botanistes
« Il faut des actions rapides et surtout un management efficace », suggèrent ainsi les écologistes, insistant pour que des mesures concrètes soient prises afin de prévenir des dégradations qui pourraient s’avérer dramatiques pour la faune et la flore, tout en améliorant l’aspect esthétique du jardin. Déplorant le manque de scientifiques impliqués dans la gestion du parc et de ses espèces, Hari Verlaet estime que l’administration du Jardin de Pamplemousses devrait également faire appel aux services de botanistes et d’écologistes en vue de redonner au jardin de Pamplemousses sa vraie valeur en termes de faune et de flore. Il suggère aussi que les guides, qui connaissent le jardin comme leur poche, procèdent à un relevé des espèces en danger. Ce qui contribuerait à mettre les différentes menaces au jour et d’y trouver les solutions à court terme. « Il est primordial qu’un travail de fond soit effectué au plus vite pour éviter la perte de cet héritage exceptionnel », ajoute-t-il. En attendant, une page dédiée a été créée sur Facebook par l’étudiant belge, sous le titre Mauritian Botanical Garden Care. Il invite tous ceux intéressés par la sauvegarde du Jardin de Pamplemousses, surtout les Mauriciens, à s’y inscrire, afin d’assurer son statut botanique.