La centrale à charbon de CT Power est en passe d’obtenir le feu vert. Face à cette menace, nombreuses sont les initiatives pour contrecarrer le projet. Marches, rallyes, injonctions en cour : tout est mis en oeuvre par des citoyens contre une centrale à charbon qui va à l’encontre du MID et de tout bon sens.
Alors que le ministère de l’Environnement avait refusé d’octroyer un permis d’Environment Impact Assessment (EIA) à CT Power et que le projet paraissait promis à l’abandon, le jugement de l’Environment Appeal Tribunal a donné gain de cause à la firme malaisienne. Le gouvernement mauricien n’ayant pas fait appel de ce jugement durant les 21 jours autorisés par la loi, les promoteurs ont toutes les chances d’obtenir le permis EIA et d’aller de l’avant avec leur projet de centrale à charbon.
Inquiétude.
Par ailleurs, le Front Commun Hindou a pris position en faveur des promoteurs de CT Power. À travers son président, Somduth Dulthumun, l’association a lancé un appel au gouvernement pour qu’il octroie son permis EIA et a même signifié son intention de descendre dans la rue. Dans la foulée, Somduth Dulthumun veut faire de cette affaire environnementale une polémique à caractère communal.
Devant toute cette agitation, l’inquiétude a pris place auprès des habitants d’Albion et des villages avoisinants. “Nous sommes très inquiets de la situation. C’est un projet polluant qui va dévaloriser la région”, affirme Roland. “Si ce projet va de l’avant, cela signifiera que le gouvernement mauricien ne se soucie pas de la santé de ses citoyens et privilégie le développement à leur détriment”, commente Lindy. D’autres ont carrément baissé les bras. “C’est perdu d’avance. On va devoir respirer du charbon. Ce projet va détruire notre village”, s’insurge une dame présente lors de la marche organisée par Azir Moris, samedi dernier à Albion.
Combat.
Cette marche est une des nombreuses démarches qui ont été entreprises pour contrer le projet de centrale à charbon. Réunissant une centaine de personnes, le cortège se composait de quelques habitants de la région et de citoyens venus d’autres régions de l’île, ainsi que de la Plate-forme Citoyenne, constituée de l’Action Civique d’Albion Plage, le Mouvement civique de Pointe aux Sables, le Front Commun St Sauveur de Bambous, les forces vives de Flic en Flac, le syndicat des pêcheurs.
Dans la foulée, Azir Moris sera présente à Port-Louis mercredi pour militer contre la centrale par groupe de onze personnes, comme cela est autorisé par la loi. “Nous formerons des groupes de onze personnes que nous allons placer dans des endroits stratégiques. Azir Moris sera devant le Parlement et nous avons sollicité d’autres associations pour qu’elles fassent de même”, souligne Jameel Peerally. Ce dernier affirme qu’Azir Moris ira jusqu’au bout dans son combat contre la centrale à charbon. “Outre les manifestations de cette semaine, nous comptons squatter le terrain prévu pour la centrale à charbon si le projet ne recule pas”, avance-t-il.
Judicial Review.
Par ailleurs, Joseph Robert Alain Nayna, Georges Roland Brelu Brelu et Mohammad Zaheer Allam, tous membres de la Plate-forme Citoyenne, ont formulé une requête de Judicial Review auprès de la Cour suprême au motif de présomptions raisonnables de parti pris, en raison de la composition de l’Environment Appeal Tribunal qui a renversé, le 16 juillet, la décision du ministère de l’Environnement de ne pas octroyer une EIA Licence à CT Power. Ils demandent à la Cour suprême d’émettre une injonction interdisant à CT Power d’agir sur la base de cette décision de l’instance d’appel et de n’y accorder aucun effet jusqu’à ce que la Cour suprême statue sur la présente requête. L’Environment Appeal Tribunal avait pour président M. Patrick Kam Sing et était composé de MM. H. Gunesh et B. Sewraj, le répondant No. 2. Ce dernier, affirment les requérants, était l’avoué représentant le Central Electricity Board dans une affaire opposant la société Alternate Power Solution au CEB au moment même où la procédure d’appels pour le EIA Licence de CT Power était en cours. Or, la section 56(1) (b) de l’Environment Protection Act prévoit qu’un membre du tribunal d’appel ayant des intérêts quant à un dossier faisant l’objet d’un examen devant cette instance ne doit pas y participer. De même, la Plate-forme Citoyenne a formulé une nouvelle requête à la Cour suprême pour demander un Stay of Execution afin que CT Power ne puisse aller de l’avant avec ce projet, en attendant les conclusions de la Cour suprême. La séance sera entendue le 5 novembre prochain.
Rallye.
Le samedi 3 novembre, la Plate-forme Citoyenne organisera un rallye qui quittera la place des taxis à Beau Bassin et se dirigera jusqu’à Grande-Rivière. De là, une marche sera organisée pour rallier le Jardin de La Compagnie à Port-Louis où se tiendra un concert d’environ une heure. “Nous organisons ce rallye pour sensibiliser un peu plus les gens sur ce problème, pour montrer notre désapprobation à la prolifération des centrales à charbon. Je tiens à préciser que ce n’est pas contre CT Power que nous manifestons. Si c’était, par exemple, un projet de centrale thermique par la même firme, nous n’y serions pas opposés”, souligne Fabiani Balisson. “On demande à ce que la politique énergétique soit revue et qu’il y ait un gradual shift vers les énergies vertes. Nous avons déjà cinq centrales à charbon à Maurice et ces centrales devraient être fermées à échéance”, poursuit-il. Soulignons que Jack Bizlall s’est joint à la Plate-forme Citoyenne dans son combat, ainsi que l’avocat Roshi Badhain et d’autres hommes de loi de la région.
Il est primordial que la production d’électricité doit être augmentée, mais d’autres moyens que le charbon peuvent être envisagés pour arriver aux 100 mégawatts requis pour satisfaire la consommation mauricienne dans les prochaines années. Le projet d’éolienne à Plaine Sophie est un bon exemple d’énergie verte. C’est vers ce type d’initiative que le gouvernement devrait se tourner pour que son projet de faire de Maurice une île durable soit une réussite.