La plate-forme citoyenne composée des Forces Vives de Pointe-aux-Sables et d’Albion ne cache pas leur appréhension après l’attribution d’un Environment Impact Assessement (EIA) licence pour une centrale à charbon de 110 Mwh dans la région de Pointe-aux-Caves, soit entre les régions hautement résidentielles d’Albion et de Pointe-aux-Sables. Les membres de la plate-forme ont, lors d’une conférence de presse ce jeudi, évoqué leurs craintes quant à la concrétisation de ce projet en raison des problèmes de santé et d’autres travers que la centrale va engendrer. On est reparti pour un nouveau round de bras de fer entre les deux parties où les autorités ont elles à gérer  le concept Maurice Ile Durable face aux contraintes économiques teintées de clientélisme politique.
Etaient présents au centre Marie Reine de la Paix, Fabiani Balisson, porte-parole des protestataires et initiateur d’une pétition sur internet, Vassen Kapuppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement, Zaheer Allam, Leadership in Energy Environmental Design (LEED) et Georges Brelu-Brelu, représentant des Forces Vives de Pointe-aux-Sables et d’Albion.
Pour l’ingénieur en environnement, Vassen Kauppaymuthoo, il est inacceptable que la Road Developpement Authority (RDA) et le Traffic Management Unit (TMU) ne soient pas venus déposer devant l’Environement Appeal Tribunal (EAT). Les risques socio-économiques et environnementaux sont, selon lui, « nombreux d’abord 1,600 tonnes de charbons en moyenne devront être transportées chaque jour du port à Pointe-aux-Caves, représentant le déplacement de 54 camions d’une capacité de 30 tonnes chacun, soit un camion toutes les 20 minutes, sur l’un des principaux axes routiers les plus saturés de l’île, causant des bouchons et autres ralentissement (les pertes causées par les embouteillages, par an, ont été évaluées à Rs. 1.2 milliards), sans oublier la pollution au passage.
Les centrales à charbon sont, de plus, la source d’importante pollution atmosphérique due aux émissions de cendres et de gaz, dont le radon, un gaz naturel radioactif ».
« Les carbocendres qui s’échappent des cheminées sont chargées de métaux qui peuvent être lourds et/ou radioactifs – uranium, thorium, arsenic, cuivre, barium, calcium, chrome, plomb, mercure, nickel, cadmium – et de souffre, qui est responsable des pluies acides. En effet, les carbocendres issues des fours des centrales thermiques, enfouies dans le sol sans précaution, peuvent contaminer les nappes phréatiques et polluer les sols entraînant une importante dégradation du site. Enfin, les carbocendres récupérées par pulvérisation d’eau sont généralement stockées dans des bassins sous forme d’une boue concentrée en produits toxiques et en métaux lourds comme le mercure. Lors de ruptures ou de fuites au niveau de bassins de stockage, il peut se produire des catastrophes environnementales », ajoute-t-il.
De graves appréhensions sont entretenues quant à la faune et la flore marine avec le pompage d’eau de mer pour les besoins de refroidissement et le rejet de ces eaux usées dans la mer. « Qu’adviendra-t-il des baleines, des cachalots et des dauphins que l’on peut admirer à différentes périodes de l’année du haut des falaises allant de Flic-en-Flac à Albion? », se demandent-il.
L’expert soutient en outre que le promoteur a lui-même reconnu que le projet comporte des risques certains sur l’environnement et occasionnera des congestions routières. Toutefois, déclare Vassen Kauppaymuthoo, « le promoteur joue avec les chiffres et les pourcentages pour minimiser l’impact réel ».
Selon l’ingénieur en environnement, les 10 conditions imposées par l’EAT pour l’attribution de l’EIA licence peuvent être comparées au code de la route. « Malgré la présence de panneaux de signalisation et de policiers, des infractions sont commises chaque jour et il en résultent dans certains cas des accidents mortels », soutient-il. « Nous faisons un appel solennel au gouvernement pour reconsidérer sa politique énergétique dans son ensemble et surtout ce projet en particulier », dit Vassen Kauppaymuthoo.
« De nombreux habitants doivent se terrer à l’intérieur de leur maison, les fenêtres hermétiquement closes »
Le représentant des Forces Vives de Pointe-aux-Sables et d’Albion, Georges Brelu-Brelu dénonce qu’il n’y a pas eu suffisamment de consultations avec les habitants, les forces vives et les divers stakeholders de la région. « Nous n’avons même pas été invités à venir déposer devant l’EAT et faire entendre notre voix sur ce dossier », déplore-t-il. Et de poursuivre: « En tant qu’habitant de Pointe-aux-Sables, je vis tous les jours avec les inconvénients d’avoir une station dépuration à côté de chez moi, soit à Montagne Jachot. L’odeur nauséabonde qui s’y échappe est insupportable. De nombreux habitants qui ont vue sur mer ne peuvent en profiter et doivent se terrer à l’intérieur de leur maison, les fenêtres hermétiquement closes. On nous avait promis que ce projet était sans danger et voilà le résultat! »
Georges Brelu-Brelu fait ressortir que « les autorités donnent l’impression que cette région a été désignée par les décideurs comme le dépotoir de l’île Maurice avec ce nouveau projet et Gamma Coventa qui reste comme une épée de Damoclès sur nos têtes ». « Nous demandons au Gouvernement de penser à ces milliers d’habitants avant d’aller de l’avant avec ce projet qui aura des incidences sur leurs vies durant les vingt prochaines années », implore-t-il au nom de ses pairs.
Prenant à son tour la parole, Zaheer Allam estime que ce projet de CT Power est aux antipodes du concept de Maurice Ile Durable. « Propres et inépuisables, les énergies renouvelables sont à terme le meilleur moyen de répondre à nos besoins énergétiques en évitant les émissions de gaz à effet de serre et l’épuisement des ressources fossiles », dit-il. Il souhaite l’installation de fermes éoliennes comme celui prévu en 2014 par le consortium Suzlon-Padgreen à Plaine-Sophie. « La construction de ce genre d’infrastructure dure un an au maximum. Une ferme de 14 éoliennes peut produire 30 mégawatts. Quatre fermes éoliennes équivaudraient à la production de CT Power », dit-il.
Enfin Fabiani Balisson, porte-parole des protestataires et initiateur d’une pétition en ligne, soutient que cette démarche s’insère dans une volonté de conscientiser la population dans son ensemble sur les risques potentiels liés à une centrale à charbon et par la même occasion essayer d’amener le gouvernement à revoir sa position en ce qui concerne sa politique énergétique et ses responsabilités pour un développement durable.  « Triste est de constater que par manque d’information et par opacité sur le dossier, bon nombre d’habitants des régions qui seront directement affectés par la présence d’une centrale à charbon ne sont même pas au courant que la firme CT Power a déjà obtenu son EIA License et que le ministère de l’Environnement n’a pas fait appel du jugement de l’Environment Appeal Tribunal (EAT) », déplore-t-il.
La campagne de mobilisation et de sensibilisation a déjà débuté et la prochaine réunion se fera le vendredi 24 août 2012 à 19 h 30 à Kensington, à Pointes-aux-Sables.
Après la pétition mise en ligne pour protester contre le projet, une porte-à-porte sera organisée pour récolter davantage de signatures. « Nous comptons sur la sagesse et la clairvoyance du gouvernement pour trouver une solution alternative à notre forte demande, tout en sauvegardant les intérêts de toute la population et atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés pour une Île Maurice Durable », conclut-il.