Depuis hier, les habitants des Salines découvrent avec stupeur des centaines de poissons morts flottant dans un bassin à proximité du port. Mulets, carangues, anguilles, laffes, murènes… des espèces généralement résistantes ont échoué sur le sable. Ce bassin, occasionné par des travaux de comblement en cours, regorgeait de poissons et il avait été interdit aux pêcheurs de la région d’y pêcher. Des échantillons ont été prélevés par des officiers du ministère de l’Environnement pour analyses.
Ce bassin de poissons, qui existe depuis octobre 2014, date à laquelle des travaux de comblement ont eu lieu aux Salines, a fait l’objet de critiques des pêcheurs de la région en maintes occasions. Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs, indique qu’il y avait à cet endroit une barrière de corail. « Il y avait beaucoup de poissons sur ce récif, mais quand on l’a comblé, les poissons ont probablement été refoulés vers le bassin ». Son collègue Mohamedally ajoute que le lieu était « un genre de nursery pour les poissons ».
Avec la concentration de poissons dans le bassin, pêcheurs et amateurs avaient commencé à s’y intéresser. « On venait y pêcher car les poissons étaient en abondance, mais les garde-côtes nous l’ont interdit par la suite », déclare Jean Roy, un habitué des lieux.
Judex Rampaul ajoute que si les autorités avaient écouté les pêcheurs qui tiraient la sonnette d’alarme depuis longtemps, une telle catastrophe aurait pu être évitée. « N’attendons pas de tels événements pour prendre des décisions ».
Le spectacle de désolation qu’offre la région depuis hier témoigne à quel point le bassin était riche. Mulets, carangues, murènes, laffes, gueule pavés, diodons (boul tang) sans compter les différents types d’anguilles, autant d’espèces retrouvées flottant sur le bassin ou échouées sur le sable. « Il a fallu une telle catastrophe pour se rendre compte de la quantité de poissons qu’il y avait dans ce bassin. Ces espèces qu’on voit sont généralement résistantes. Si ces poissons sont morts en si grand nombre c’est qu’il a dû y avoir quelque chose de grave ».
Des échantillons prélevés aujourd’hui par les officiers du ministère de la Pêche et de l’Environnement détermineront si cette catastrophe est liée à un phénomène naturel ou qu’il s’agit d’un acte criminel. Mais Judex Rampaul va plus loin : « Comment le port a-t-il eu un permis pour combler avec autant de vie autour ? Ne fallait-il pas faire une étude scientifique auparavant ? »
Au ministère de la Pêche, on fait comprendre qu’il faudra attendre les résultats des analyses pour décider de la marche à suivre. Une réunion à ce sujet a d’ailleurs lieu aujourd’hui entre le ministère de la Pêche, celui de l’Environnement et la Mauritius Ports Authority. Entre-temps, les pêcheurs et ceux travaillant dans cette région du port invitent les autorités à faire le nettoyage des lieux. « Avec la décomposition des poissons, l’air devient irrespirable à cet endroit », disent-ils.
Par ailleurs, le ministère de la Pêche déconseille au public de consommer ces poissons morts. « Ces poissons ne sont pas comestibles et peuvent affecter la santé. Il est interdit de les ramasser », précise le ministère dans un communiqué.