Introduit à Maurice dans le cadre d’une activité d’aquaculture à Bambous Virieux, le bar est depuis des années un sujet de discorde entre les pêcheurs de la région et la Ferme Marine de Mahébourg. Les craintes que ce prédateur, connu pour sa voracité et son agressivité, ne soit un danger pour les espèces endémiques enflent. D’autant plus que, ces derniers jours, les pêcheurs disent avoir attrapé dans le lagon des bars qui se sont échappés des cages d’aquaculture. Ce que dément la Ferme Marine de Mahébourg.
Photos et vidéos à l’appui, Patrick Souci se bat pour démontrer que le bar est bel et bien présent dans le lagon de Mahébourg. Ce président d’une association de pêcheurs de Bambous Virieux témoigne que « des locaux ont pêché ce poisson à la ligne. Or, le bar ne fait pas partie de notre écosystème. Il a été introduit pour les besoins de l’aquaculture. Quel sera l’impact de la présence de ce prédateur redoutable dans notre lagon?? »
François Woo, un des responsables de la Ferme Marine de Mahébourg, a été sollicité sur la question. Par l’intermédiaire d’un de ses collaborateurs, il a tenu à démentir cette nouvelle. Selon lui, la présence de bar dans nos lagons ne serait « qu’une rumeur ».
Toutefois, Patrick Souci maintient ses propos et relève les autres problèmes causés par l’aquaculture dans la région. « Avec la concentration de poissons, on trouve de plus en plus de prédateurs, comme les requins dans la région. Ce qui représente un danger, notamment pour les touristes qui font des activités aquatiques non loin des installations. »
Répercussions de l’aquaculture dans nos lagons
Le pêcheur ne manque pas non plus de faire ressortir que la Ferme Marine de Mahébourg accroît ses activités. « Ils avaient commencé avec deux cages, puis il y en a eu quatre, six… Le ministère de la Pêche continue à octroyer des permis sans considérer l’impact sur notre activité et sur l’environnement. Si on en est là aujourd’hui, c’est justement parce qu’il n’y a jamais eu de consultations. »
Toutefois, depuis peu, les pêcheurs ne sont plus seuls dans leur bataille contre l’aquaculture. Un collectif national regroupant des mouvements écologistes, des skippers et des opérateurs touristiques, entre autres, vient de se mettre en place. Hans Maudave, Mauricien ayant travaillé de longues années à l’étranger, en fait partie. Il dit avoir été interpellé par la situation quand il est rentré au pays. « Tout le monde connaît les problèmes liés à l’aquaculture. On n’a qu’à aller sur Internet pour voir les études faites à ce sujet. Ce qui m’a frappé ici, c’est que les pêcheurs étaient isolés dans leur combat pendant tout ce temps. Aucune des organisations luttant pour l’environnement n’a relevé ce danger qui était pourtant une évidence. D’où la nécessité de mettre en place ce collectif. »
Notre interlocuteur précise que son engagement dans ce combat est « neutre et constructif ». Il n’est pas question, ajoute-t-il, de mettre en péril les activités de la Ferme Marine de Mahébourg, ni l’emploi de ceux qui y sont engagés. « Nous ne sommes pas dans la confrontation. Nous voulons aider à trouver des solutions. Il y a différentes façons de faire “l’aquafarming”. Pourquoi mettre des cages en mer avec les risques que l’on sait, alors qu’il existe des barachois abandonnés à travers l’île?? » Hans Maudave affirme que d’autres moyens de pratiquer l’aquaculture existent, sans pour autant que les espèces introduites ne s’échappent dans les écosystèmes.
« N’attendons pas un drame à la réunionnaise pour réagir! »
Le Syndicat des Pêcheurs, qui fait aussi partie du collectif, regrette que le ministère de la Pêche ne soit pas à l’écoute. Son président, Judex Rampaul dit alerter l’opinion depuis des années. « Comment le bar est-il arrivé à Maurice?? Le ministère doit venir donner des explications à ce sujet. Nous avons toujours dit que c’est un prédateur et qu’il représente un danger pour notre écosystème. On ne nous a jamais écoutés et voilà où nous en sommes. »
Judex Rampaul fait aussi ressortir que Xavier-Luc Duval, en tant que ministre des Finances, avait octroyé un budget de Rs 10 millions pour la régénération du lagon. « D’une part, on veut repeupler le lagon et d’autre part on introduit des prédateurs. Cela n’a pas de sens », dénonce-t-il.
Par ailleurs, Hans Maudave fait ressortir que l’aquaculture telle que pratiquée aujourd’hui représente également un danger dans le lagon. « Comment peut-on avoir dans un même endroit, une concentration de poissons attirant des prédateurs et des touristes qui font des activités aquatiques?? N’attendons pas un drame à la réunionnaise pour réagir. Imaginez l’impact que cela aura sur notre tourisme. Certains n’attendent que ça… »
Une fois de plus, Hans Maudave insiste sur l’aspect constructif. « “L’aquafarming” sur terre marche aussi très bien, insiste-t-il. Ne mettons pas notre environnement marin en péril. Beaucoup d’endroits ont cessé l’aquaculture en mer en raison des impacts négatifs. Essayons de trouver des solutions constructives. »
Judex Rampaul abonde dans le même sens. Selon lui, le ministère de la Pêche devrait faire une étude pour évaluer l’impact de l’aquaculture sur notre environnement marin, avant d’octroyer de nouveaux permis.