La mangrove est un écosystème rare de marais maritime composée de palétuviers, seuls végétaux capables de pousser avec les pieds dans l’eau et qui se développent dans certaines zones à côtes basses des régions tropicales ou à l’embouchure de certains fleuves. Ces palétuviers sont reconnus pour leur grande capacité d’absorption du carbone.

À Maurice, on en trouve deux espèces : la Rhizophora mucronata et la Bruguiera gymnorrhiza. La mangrove composée de ces espèces végétales dont la préservation et la conservation sont tellement indispensables pour l’équilibre de l’écologie qu’une journée internationale lui est consacrée (le 26 juillet). L’occasion d’en savoir plus sur la protection de la mangrove à Maurice et les actions prises pour la préserver. Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en Environnement à Maurice, nous en parle.

Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et Ingénieur en
Environnement à Maurice

Le 26 juillet marque la Journée internationale pour la conservation de l’écosystème de la mangrove, adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO en 2015 et célébrée chaque année. Cette journée vise à sensibiliser à l’importance que revêt cet écosystème « unique, spécial et vulnérable », qui, non seulement assure une excellente protection contre l’érosion du littoral et même contre le tsunamis, mais qui, de par son existence, procure aux êtres humains des avantages substantiels en termes de biomasse et de productivité, ainsi que des biens et services issus des forêts et des pêches. Elle joue aussi un rôle particulièrement important en matière d’atténuation du changement climatique et de sécurité alimentaire pour les communautés locales.

Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en Environnement à Maurice, travaille depuis une vingtaine d’années sur la protection de l’environnement terrestre et marin comme consultant indépendant en conciliant recherche scientifique, aspects légaux et réglementaires, aspects économiques et sociaux afin d’atteindre l’équilibre du développement durable. Détenteur aussi d’un diplôme en Droit, plongeur et skipper, il a aussi travaillé pour des organisations internationales comme les Nations unies et l’Union européenne sur la problématique du changement climatique et de la création d’aires marines protégées, dont celle de Rodrigues qui est aujourd’hui un succès.

Différentes ressources

« La mangrove est un écosystème de marais maritime qui est composé de palétuviers qui sont des arbres adaptés à des milieux côtiers poussant dans la zone de balancement des marées, riches en sel et faibles en oxygènes. Ces armes poussent sur un système de racines qui forment des échasses leur permettant de capter l’oxygène et de respirer.

Elle fournit aux populations vivant sur ces côtes des ressources
forestières, des ressources halieutiques (pour la pêche) et donc une
sécurité alimentaire

À Maurice, on trouve deux espèces de Mangrove : Rhizophora mucronata et Bruguiera gymnorrhiza, la première étant la plus couramment rencontrée », explique-t-il. Selon lui, on les différencie principalement par la forme de leurs racines, la Bruguiera gymnorrhiza ayant des racines particulières qui sortent du sol par rapport à la Rhizophora mucronata, qui a des racines qui sortent du tronc et qui descendent. Pour l’expert en environnement marin, les mangroves jouent un rôle important dans l’écosystème marin : « Elles favorisent la résilience par rapport aux effets du changement climatique et empêchent l’érosion côtière en dissipant l’énergie des vagues. Elles retiennent les sédiments terrigènes en les empêchant d’affecter les coraux tout en neutralisant les polluants et les nutriments. » Et si la flore y est peu diversifiée, la faune en revanche y est très riche : « La mangrove forme aussi des nurseries pour les crabes, les poissons juvéniles et les crevettes. Et des structures fixatrices pour les huîtres. De plus, leurs feuilles produisent des déchets organiques qui sont utilisés comme nourriture par certains organismes marins ».

À Maurice, on les trouve sur certaines côtes, les estuaires et lagons protégés. « Les mangroves recouvrent une bande étroite de la côte à Maurice à cause du faible marnage (0.5 m) et des caractéristiques topographiques du lagon. On retrouve Rhizophora mucronata sur les côtes Nord-est, le sud-est (Grand-Gaube, Pointe-des-Lascars, Poste-La-Fayette, île aux Cerfs, Trou-D’eau-Douce, Beau-Champ, Grand-Sable, Mahébourg) avec quelques zones éparses dans le sud-sud-ouest (Maconde et Tamarin). De petites zones recouvertes de Bruguiera gymnorrhiza sont observées à Pointe-La-Fayette, Trou-D’eau-Douce, Ferney et Mahébourg sur la côte est. Elles recouvrent environ 20 kilomètres carrés, et on en retrouve principalement dans les estuaires (ou les rivières débouchent a la mer) et les lagons protégés », dit Vassen Kauppaymuthoo.

Une végétation qui doit s’adapter à un milieu hostile,
notamment à la salinité de l’eau

La Journée internationale pour la conservation de l’écosystème de la mangrove, vise non seulement à sensibiliser à l’importance des écosystèmes des mangroves, mais aussi à promouvoir des solutions pour leur gestion durable, leur conservation et leur utilisation. Car les mangroves disparaîtraient trois à cinq fois plus vite que les pertes forestières mondiales globales, avec de graves impacts écologiques et socio-économiques. Les estimations actuelles indiquent que la couverture de la mangrove a été divisée par deux au cours des 40 dernières années. Sa survie est confrontée à de graves défis, allant de l’élévation alarmante du niveau des mers à une biodiversité de plus en plus menacée. La sensibilisation au rôle de cet écosystème est donc importante.

Une augmentation graduelle de la superficie

« À Maurice, les principales menaces sur les mangroves sont liées aux coupes illégales pour le bois, les développements côtiers et le passage des bateaux. Certaines personnes veulent enlever les mangroves pour la vue. Il est important de sensibiliser la population par rapport à leur importance afin de maintenir la résilience par rapport aux effets du changement climatique en expliquant le rôle des mangroves dans l’écosystème côtier », fait observer Vassen Kauppaymuthoo,tout en rappelant que les actions légales sont prises pour la protéger.

À Maurice, il est interdit à toute personne de couper, d’enlever,
d’endommager ou d’exploiter tout plant de mangrove

« La section 6 (2) de la Fisheries Act No. 22 de 1998 Protection of the Aquatic Ecosystem interdit à toute personne de couper, d’enlever, d’endommager ou d’exploiter tout plant de mangrove sans l’accord du secretaire permanent du Ministère en charge de la Pêche. Cependant, dans la pratique, il arrive que des plants de mangroves soient enlevés pour laisser la place à des développements touristiques ou pour le passage des bateaux, alors que la coupe des mangroves pour le bois a beaucoup diminué. Cependant, il faut constater que beaucoup de groupes de citoyens et d’ONG locales ont participé à la replantation de mangroves à travers l’ile et que la superficie effective est en train d’augmenter, preuve du succès de ces opérations ».

Des citoyens conscients qu’en écologie tout est une question d’équilibre à préserver.