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L’Hôtel La Pirogue à Flic en Flac a lancé le vendredi 18 janvier son International Marine Research Center. Initiative visant notamment à comprendre et pallier l’érosion et la dégradation des coraux. L’élevage de coraux dans des floating nurseries sera entrepris et permettra, d’ici deux ans, la transplantation de ces coraux dans le lagon.

T.R

Une visite du lagon à bord d’un bateau à fond de verre permet de constater la grande dégradation des coraux dans le lagon de Flic en Flac. À cinquante mètres de la plage, on aperçoit un cimetière de coraux éparpillés. Ce n’est que beaucoup plus loin, à l’approche des récifs, qu’on commence à voir des signes de vie. Quelques oursins cachés entre des petits coraux annoncent l’imminence des colonies de coraux.

Monitoring.

Au fur et à mesure, des poissons commencent à faire leur apparition. Des bouetteurs, petits poissons de couleur marron ou noir, et des dominos, vêtus de leurs robes zébrées, bien abrités entre les branches des coraux, finissent par se montrer. Le beau ballet qu’ils nous présentent est vite remplacé par un spectacle sinistre. Des coraux luttent pour leur survie, alors que leurs congénères ont déjà succombé et sont recouverts par des algues. Scène commune dans le lagon, due aux activités humaines : sports nautiques, pêche ou encore agriculture, avec l’apport de fertilisants et de pesticides qui viennent s’ajouter à la montée graduelle de la température de l’eau, néfaste pour les coraux.

Les imprimantes 3D permettront de créer de bases biodégradables sur lesquelles pousseront les coraux dans le pépinières

Pour pallier ce problème de dégradation de coraux et d’érosion des plages, l’International Marine Research Center, lancé à l’hôtel La Pirogue, a entamé un projet sur trois ans, comprenant plusieurs axes. Depuis une année environ, un monitoring sur plusieurs aspects de l’écosystème a été entrepris. Au programme : la qualité de l’eau, l’effet de la température sur les écosystèmes, le monitoring des espèces de poissons et d’autres animaux marins.

Sultan Rasmally, Research Assistant à l’Université de Maurice et Marine Biologist à l’hôtel La Pirogue, souligne que pas moins de 105 espèces de poissons ont déjà été répertoriées. Parmi elles, cateaux, cordonniers, capitaines et poissons chirurgiens. Quant aux coraux répertoriés, on pourrait citer le sarcophyton, un corail mou, et l’acropora et le montipora, qui sont des coraux durs, plus communs.

Des pépinières dans les lagons.

La prochaine étape consiste en l’installation des pépinières dans les lagons, ce qui permettra aux coraux de pousser. Pour y parvenir, l’intensification des sites appropriés est primordiale. C’est là principalement qu’intervient le Professeur Baruch Rinkevich, Marine Scientist et professeur à la National Institute of Oceanography d’Israël. “Je suis là pour chercher des sites pour placer les nurseries. La plupart seront des mid water floating nurseries. En avril, nous allons commencer à bâtir les nurseries et faire pousser les coraux. Je pense que, d’ici deux ans, nous aurons les premières colonies de coraux qui seront prêtes à être transplantées. Dans un premier temps, on va les transplanter là où les coraux ont été dégradés.”

Les nouvelles technologies seront mises à contribution. D’abord celles concernant les techniques qui permettent l’accélération de la pousse des coraux en pépinière. “Nous avons maintenant de nouvelles technologies qui permettent de faire pousser les coraux plus rapidement dans les nurseries. En deux ans, les plus rapides auront déjà des branches. Il faudra peut-être trois ou quatre ans pour les espèces qui poussent plus lentement”, précise le professeur Baruch Rinkevich.

Sensibilisation.

Par ailleurs, des imprimantes 3D permettront de créer des bases sur lesquelles les coraux pourront pousser dans les pépinières. “On nous a approchés pour créer des structures qui pourront être utilisées comme bases pour faire pousser des coraux. Il s’agit de filaments dits PLA, fabriqués à partir du maïs et qui sont biodégradables. Ils sont déjà utilisés à l’étranger dans ce secteur”, souligne Ismael Limalia, du National Computer Board.

Selon Nadeem Nazurally, Lecturer à l’Université de Maurice en aquaculture et Ocean Science et qui agit comme Principal Investigator, ce projet est une première initiative, appelée à servir de modèle. “La restauration de coraux doit débuter maintenant. Après, il sera trop tard. Nous saurons quelles méthodologies ont mieux marché et nous pourrons les appliquer à d’autres endroits.”

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L’autre axe du projet est la sensibilisation. L’International Marine Research Center, qui est basé au boat house, permettra aux hôtes de découvrir les spécificités du lagon à travers des sessions de plongées accompagnées ou de visites sur des bateaux à fond de verre. Les bonnes pratiques y seront également enseignées, comme celle d’éviter de jeter des déchets dans l’eau.

Notons que ce projet est financé par la Tertiary Education Commission, en collaboration avec l’Université de Maurice, l’Université de Western Australia et Sun Resorts.