La revue scientifique Trends in ecology and evolution s’est fait l’écho d’une réflexion sur le rôle et l’influence des scientifiques dans la préservation de l’environnement et de la biodiversité, qui concerne en réalité aussi bien la communauté scientifique que les gardes forestiers, les associations militantes, les propriétaires terriens, les cadres des ministères de l’Agriculture ou/et de l’Écologie ainsi que les élus censés veiller à l’application des mesures préconisées par les flatteuses chartes que leur gouvernement s’est engagé à respecter. Vincent Florens, du département de biologie de l’Université de Maurice, a pris part à ce débat dans le courrier de la revue et en apportant son témoignage mauricien.
La biodiversité fait partie des rares secteurs qui impliquent autant de publics différents dans ses actions et questionnements… Le promeneur, le randonneur, le garde forestier, l’entrepreneur agricole, l’écotouriste, le technicien de l’environnement en poste dans telle réserve naturelle, l’élu qui définit une politique et veille à son application et bien sûr le décideur qui installe des hôtels, IRS et autres parcs de loisir à proximité de ces sanctuaires biologiques qui attirent des touristes en manque de chlorophylle. Mais la recherche aide-t-elle à sauvegarder les zones protégées ? En questionnant ainsi la communauté scientifique, William F. Laurance, de la James Cook University, s’adresse au citoyen chez le scientifique et à la nature de ses engagements pour la biodiversité. Si cette question touche à l’éthique et la responsabilité dans les pratiques, elle montre aussi combien le scientifique, chercheur ou enseignant dans le domaine de la biologie et de la biodiversité, agit en interdépendance avec d’autres professionnels publics ou privés.
N’oublions pas tout d’abord que la biodiversité est une cause au moins aussi dangereuse que la lutte pour les droits humains puisque nombre de ses défenseurs ont eu les ailes coupées par des projets de développement touristiques, miniers ou agricoles, ou par le braconnage et les trafics en tous genres que leurs activités dérangent… En avril dernier, le directeur du parc national de Virunga en RDC, célèbre pour sa réserve de gorilles, a lui-même été grièvement blessé par balle parce qu’il s’oppose à un projet d’exploitation pétrolière à l’intérieur même ce parc. Ce cas n’est pas isolé puisque 900 personnes ont été assassinées ces dix dernières années dans 35 pays parce qu’elles oeuvraient à la préservation des ressources naturelles à divers titres (paysans du Honduras ou des Philipinnes, militants ou paysans indiens du Brésil ou de Thaïlande, etc.). S’ils ne sont pas toujours les victimes de ces meurtres, les scientifiques sont concernés de près. Sans atteindre l’héroïsme guerrier du Captain Paul Watson des Sea Shepherd ou encore des activistes de Greenpeace, beaucoup de scientifiques qui consacrent leur temps à la recherche et aux observations de terrain dans les réserves naturelles sont confrontés à des obstacles et blocages plus ordinaires, mais néanmoins très efficaces pour les empêcher de faire leur travail…