Avec ses 5,000 hectares, le parc national renferme bien des trésors. Plantes et oiseaux endémiques se côtoient et s’entraident parfois dans la lutte pour la survie. Nous sommes allés nous balader dans le Conservation Manager Area (CMA) de Pétrin en compagnie de Dharma Beetun, forestier.
Le CMA en question prend naissance en bordure de la route menant à Bassin Blanc. Une zone de onze hectares entourée d’une clôture métallique. Cette dernière sert à bloquer l’accès aux animaux comme les cerfs et les sangliers (qui y font des ravages) et aux humains qui pourraient se laisser tenter de cueillir les fleurs ou graines de spécimens rares, compromettant ainsi leurs chances de survie.
Le hasard a voulu que nous rencontrions une équipe de l’Anthropology Division, venue collecter des insectes. “Nous avons placé des sortes de pièges avec des solutions à l’intérieur. Les insectes viennent; il n’y a plus qu’à les ramasser et les amener au laboratoire pour les identifier. Le but de la manoeuvre est de détecter la présence de mouches de fruits dans le CMA et de voir s’il y a danger pour les espèces présentes”, souligne Dhurumjay Ramtohul, Laboratory Attendant au National Parcs Conservation Service (NPCS).
Spécimens rares.
Nous enfonçant quelque peu dans la zone protégée, nous ne tardons pas à découvrir ses pensionnaires les plus menacés. À commencer par une orchidée Angraecum cadetii. Il y a peu, il ne restait qu’un ou deux spécimens de l’orchidée endémique de Pétrin à l’état sauvage. Récemment, d’autres spécimens ont été réintroduits dans la zone. “Nous avons réintroduit une vingtaine de plantes. Nous devons les surveiller de près. Comme la plupart des orchidées, celle-ci a poussé sur un autre arbre. Celui que vous apercevez est un manglier rouge”, souligne Dharma Beetun, forestier.
Non loin de là, nous découvrons un “bois corail”, avec ses graines qui rappellent effectivement le corail. “C’est une plante qui est en danger critique d’extinction et qui n’existe qu’à Maurice”, précise Dharma Beetun. Un bois d’ébène, le Diospyros revaughnii, expose ses belles graines à quelques mètres.
Vertus médicinales.
Poursuivant la visite, nous découvrons une espèce singulière, le “bois cassant”, qui est également endémique de Maurice. Elle est réputée pour ses vertus médicinales contre le diabète, ce qui lui a certainement porté préjudice dans sa lutte pour la survie. À côté, le Trochetia blackburniana (cousin du Trochetia boutoniana, symbole national) se laisse admirer. “Il existe six espèces de Trochetia dans le monde entier. Cinq se trouvent uniquement à Maurice et une à La Réunion”, souligne le forestier. Cet espace est également partagé par un “bois de natte petite feuille”, espèce qui est en danger critique d’extinction.
Noms évocateurs.
En route, nous admirons quelques plantes exceptionnelles aux noms évocateurs : “bois tambour”, “bois cerf”, “bois manioc” ou “bois banane”. Nous apercevons également un “bois cabri”, qui requiert l’aide des scientifiques du parc national pour se propager et survivre. On découvre également un Helichrysum yuccifolium, surnommé “L’immortel”. “L’origine du surnom n’est pas définie, mais nous pensons que les personnes qui le lui ont donné ont dû remarquer que la plante était toujours présente alors que d’autres ne survivaient pas”, confie Dharma Beetun.
Nous terminons notre visite dans le CMA de Pétrin en admirant dans la nature la Melicope obtusata. “Cette plante endémique de Maurice avait été trouvée pour la dernière fois en forêt en 1965. Nous ne l’avons plus vue dans la nature jusqu’à l’année dernière, lorsqu’on a découvert celle-ci”, souligne Dharma Beetun.
Pigeon rose.
Nous ne pouvions terminer cette visite sans faire un petit détour par Pigeon Wood. Là, une volière est dédiée au pigeon rose ou pigeon des mares. Rappelons que cette espèce endémique de Maurice est passée très près de l’extinction, avec seulement dix individus répertoriés en 1981. Grâce aux efforts des autorités et de la Mauritian Wildlife Foundation entre autres, la population a pu être largement augmentée. Le pigeon des mares peut aujourd’hui être vu dans certains endroits, notamment dans le parc national et sur l’île aux Aigrettes.