Sur nos plages, terrains vagues, bordures de routes et autres espaces publics, les dépôts de déchets sauvages sont courants. Malgré l’action d’associations, des autorités, du citoyen et autres Ong, la situation est au statu quo, selon certains observateurs rattachés au dossier. À l’aube du World Clean Up Day, Scope fait le point sur cet incivisme compliqué à enrayer.

Sable blanc, lagon turquoise, nature verdoyante, autant d’images de carte postale vendues aux touristes. Dans la réalité, ce sont souvent les déchets qu’ils voient en bordure des routes, sur les plages et les espaces verts. Malgré les opérations lancées pour limiter l’incivisme et l’action des autorités pour donner des amendes aux pollueurs, “le problème reste entier”, constate Nadeem Nazurally, le président de l’Ong Ecomode Society. “La situation est au statu quo. Malgré toutes les campagnes de sensibilisation entreprises, nous constatons que c’est plus une question d’insouciance et d’incivisme qui entraîne cet état de fait”, explique pour sa part Raj Chintaram, cofondateur de l’Ong African Network for Policy Research & Advocacy or Sustainability (ANPRAS). Pourtant, “nous avons une population éduquée qui connaît les dangers qui nous guettent, mais il y a cette insouciance de se renvoyer la balle. Que ce n’est pas à nous, mais à l’autre de prendre cette responsabilité”.

Autant de poissons que de plastique

Véronique Ménagé, de Mission Verte (association œuvrant pour la protection de l’environnement et le tri sélectif des déchets), tient aussi à tirer la sonnette d’alarme. “Malgré une certaine progression, beaucoup reste à faire à ce niveau et nous sommes un peu dépassés par la situation”. Parlant du problème de déchets plastiques, elle souligne que cette matière “prend au moins 450 ans pour disparaître. Et nous avons autant de poissons que de morceaux de plastiques dans la mer. Il n’y a qu’à voir le continent de déchets dans l’océan Pacifique”. La difficulté réside aussi dans l’impossibilité de neutraliser complètement les ordures, même avec “deux bus de 60 personnes pour nettoyer une plage”, explique le président de l’Ong Eco mode society. “Nous avons les gros débris mais aussi les petits, qui font jusqu’à 4 mm (plastique, mégots de cigarette, verre, etc.). C’est difficile de nettoyer à 100 % une plage”. Par ailleurs, “nous mangeons déjà le plastique que nous jetons à travers les poissons et autres sources de consommations”. Raj Chintaram pointe du doigt cette mentalité qu’ont certains de polluer systématiquement alors que “d’autres nettoient systématiquement”.

Par ailleurs, à travers la campagne Let’s do it Mauritius organisée localement par ANPRAS dans le cadre du World Clean Up Day, “nous voulons aussi faire passer le message que nous ne sommes pas là pour nettoyer ce que nous ne polluons pas. Nous le faisons pour rappeler aux autres ce combat contre l’incivilité.”

Surconsommation

Revoir notre mode de consommation et de production est nécessaire, selon notre interlocuteur. Les Sustainable Development Goals sur l’environnement parlent d’ailleurs de consommation et production responsables. Il y a aussi le danger d’exposer notre flore et notre faune. “À Maurice, nous n’avons que la décharge de Mare Chicose et elle a atteint sa limite l’année dernière”. Le plus important, aujourd’hui, c’est de responsabiliser sur le besoin d’acheter le strict minimum et éviter ce qui est superflu. “C’est ainsi que nous pourrons diminuer le taux de déchets et éviter un gros problème de gestion dans le futur”. De plus, “l’insouciance” et l’incivisme dont font preuve certains Mauriciens ne seront pas sans conséquence pour l’économie de l’île Maurice, fait ressortir le cofondateur d’ANPRAS. “Si les touristes font escale dans notre pays, c’est pour son cachet vert et propre. Mais si l’île devient une poubelle, ils iront chercher ailleurs une destination plus attrayante.”

Engagement citoyen

Certes, au cours des dix dernières années, les campagnes de sensibilisation n’ont pas manqué. “De plus en plus de gens veulent s’investir et faire bouger les choses”, observe Véronique Ménagé. Les jeunes sont de plus en plus conscients, surenchérit Nadeem Nazurally. “Mais le problème est toujours là. Les déchets sont toujours jetés illégalement”. Le plus important n’est pas la sensibilisation, avance Raj Chintaram, “mais plutôt celle de voir un engagement du citoyen envers la cause. Quand il s’engage, il se responsabilise naturellement et nous avons définitivement des résultats”. À cet effet, l’objectif du World Clean Up Day pour l’année prochaine est de combattre l’incivisme à la racine. “Il ne sera pas question d’organiser un plus grand clean up, mais diminuer significativement le nombre de décharges à ciel ouvert que nous avons à Maurice”.

Let’s Do It Mauritius : campagne de nettoyage massive

Organisée à Maurice par ANPRAS, la campagne Let’s Do It Mauritius s’inscrit dans le cadre du World Clean Up Day observé le 15 septembre à travers le monde. “C’est un mouvement planétaire massif qui concerne 150 pays”, explique Raj Chintaram. À cet effet, de nombreux clean up à travers l’île sont prévus avec la mobilisation massive de volontaires. À ce jour, des centaines de volontaires se sont joints à la cause, dont une trentaine de groupes avec une moyenne de trente participants. Vous avez jusqu’au 7 septembre pour vous enregistrer. La liste complète des groupes participants sera connue vers le 8 septembre. Ainsi, ceux souhaitant toujours se joindre à la campagne seront redirigés vers un de ces clean up groups.

Police de l’environnement : 1 146 contrevenants en cinq mois

Selon les chiffres officiels, en 2017 un total de 2 568 contrevenants ont été pris dans les filets de la police de l’environnement pour le délit de Illegal Littering. De janvier à mai 2018, les chiffrent tournent autour de 1 146. Pour un premier délit, les pollueurs sont passibles d’une amende de Rs 500 à Rs 2 000. Pour un deuxième délit, l’amende ne dépasse pas Rs 10,000 avec un terme d’emprisonnement d’un an. “Par ailleurs, le problème de déversement illégal est proéminent, souligne l’inspecteur J.N. Brasse. C’est fait au détriment de l’environnement sur des terrains privés.” Vu la difficulté de prendre les pollueurs en flagrant délit, seulement une dizaine de contraventions ont été enregistrées l’année dernière. L’amende tourne entre Rs 5 000 et Rs 15 000 pour un premier délit. “Nous sommes très présents sur le terrain”, rappelle notre interlocuteur. Un appel est lancé au public pour aider cette unité en rapportant les cas à travers les autorités locales ou à travers la hotline de la police de l’environnement : 210 51 51/210 52 52.