Si les orangs-outans ne sont pas (encore) en voie de disparition, toutes les espèces de ces grands singes ne sont cependant pas logées à la même enseigne. C’est le cas en Indonésie, où un projet de barrage menace directement la survie de l’orang-outan de Tapanuli, au grand dam des défenseurs des animaux.

Dans la forêt tropicale de Sumatra, le primate le plus rare au monde, l’orang-outan de Tapanuli, est menacé par un projet de barrage hydroélectrique financé par la Chine, s’alarment les défenseurs de l’environnement. La construction de ce barrage indonésien fait partie de l’ambitieux programme des “nouvelles Routes de la Soie” promu par la Chine et destiné à développer les infrastructures dans quelque 70 pays entre l’Asie et l’Europe.
L’Indonésie, qui souffre de coupures de courant régulièrement, a grand besoin de renforcer sa capacité de production d’électricité. Mais les scientifiques estiment que ce projet pourrait signer la fin de cette espèce d’orang-outan découverte récemment, et qui ne comprend que 800 individus dans la forêt tropicale primaire de Batang Toru, dans le nord de l’île de Sumatra.

C’est au cœur de cette forêt, qui abrite aussi d’autres singes comme des gibbons et des siamangs et des tigres de Sumatra, que la société indonésienne PT North Sumatra Hydro Energy construit un projet de 1,6 milliard de dollars censé entrer en fonctionnement en 2022. Elle est épaulée pour le financement par Sinosure, une compagnie publique chinoise, et Bank of China, selon des documents, alors que Sinohydro, un autre géant chinois qui construit le Barrage des Trois-Gorges, a été chargé de la conception.

Espèce spécifique.
Certains défenseurs de l’environnement dénoncent un nouveau projet soutenu par la Chine en dépit de risques environnementaux. “Cette question devient prégnante avec les nouvelles Routes de la Soie”, une initiative qui représente “un tsunami de plus de 7,000 projets”, souligne le professeur Bill Laurance, directeur du Centre pour l’environnement tropical et les sciences pour le développement durable à l’Université australienne James Cook.

Jusqu’à récemment, les scientifiques pensaient qu’il n’y avait que deux espèces d’orangs-outans, ceux de Bornéo et ceux de Sumatra. Mais en 1997, le biologiste Erik Meijaard a observé une population de ces primates à Batang Toru. Et l’étude de leur ADN, crânes et dents a montré qu’il s’agissait d’une espèce d’orangs-outans spécifique, le Pongo tapanuliensis, selon son nom scientifique.

Ces orangs-outans de Tapanuli ressemblent à leurs cousins de Bornéo, avec une fourrure orange plus frisée que celle de leurs cousins de Sumatra. Ils se distinguent aussi par la taille importante de leur moustache. Si ce projet de barrage hydroélectrique de 510 mégawatts se poursuit, une partie de l’habitat naturel du primate sera inondée et des routes et des lignes électriques le traverseront.

Habitat en danger.
Pour Erik Meijaard, cela “va sonner le glas” de cette espèce peu nombreuse. “Les routes vont amener des chasseurs et des habitants. Généralement, c’est à ce moment-là que les choses se gâtent”, a expliqué le scientifique néerlandais. “Si ça se confirme sur le seul territoire de l’espèce, ça n’augure rien de bon.”

Pourtant, ces menaces sont à peine mentionnées dans l’étude d’impact sur l’environnement effectuée par PT North Sumatra Hydro Energy, selon les scientifiques qui l’ont consultée. En août, le Forum indonésien pour l’environnement a déposé plainte contre le permis accordé au projet par le gouvernement provincial. Les effets sur la faune et l’avis des communautés locales qui vivent en aval du barrage n’ont pas été suffisamment pris en compte par la compagnie, estime Yuyun Eknas, un responsable de l’association. La société PT North Sumatra Hydro Energy n’a pas souhaité répondre. Ni le ministère indonésien de l’environnement.

La Société financière internationale (IFC), filiale de la Banque mondiale, approchée initialement pour le financement, a préféré ne pas s’impliquer dans cette initiative. Mais les partenaires chinois comme Bank of China, eux, ont confirmé leur soutien. “Nous espérons que ceux qui financent ce projet vont réaliser les problèmes environnementaux et sociaux qui y sont associés et se retirer”, remarque le militant environnemental Yuyun Eknas.
L’ambitieux programme de construction d’infrastructures entre l’Asie et l’Europe, dévoilé en 2013 par le président Xi Jinping, les nouvelles “Routes de la Soie”, compte plusieurs dizaines d’autres projets en Indonésie, dont une première liaison ferroviaire à grande vitesse entre la capitale Jakarta et Bandung.

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Quatre fois plus de catastrophes depuis 1970
Le réchauffement de la planète a multiplié par quatre le nombre des catastrophes liées au climat depuis les années 70, ont relevé des humanitaires, mettant en garde contre les risques de famine et d’exode. “Dans les années 70, nous faisions face à 80 à 100 chocs et dangers graves liés au climat” chaque année, alors que leur nombre a été d’environ 400 l’an dernier, soit “quatre fois plus”, a déclaré Elhadj As Sy, le secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). D’autres humanitaires ont également mis en garde contre les déplacements de population et les risques de famine si l’on ne parvient pas à limiter la hausse des températures. Selon Gernot Laganda, chargé des risques de catastrophes liées au climat au Programme alimentaire mondial (PAM), si la planète se réchauffe de 2°C, il y aura 189 millions de personnes supplémentaires en insécurité alimentaire. “Et si c’est 4°C, on dépassera le milliard”, a-t-il ajouté.