L’Equal Opportunities Commission (EOC) a rendu public son rapport 2014 ce matin. En deux années d’existence, la commission a enregistré 1 058 plaintes dont 50 à Rodrigues, la majorité dans la catégorie des « multiple grounds ». L’opinion politique et l’origine ethnique suivent juste après. Mais au-delà d’une simple analyse des cas, le président de la commission, Brian Glover, a fait un plaidoyer pour repenser l’équité.
Il ne suffit pas d’écouter et de régler des cas, il faut aussi trouver un système où des citoyens ne seront pas désavantagés en raison des inégalités de naissance, soutient Brian Glover. Il suggère un système de positive action – différent de la positive discrimination – comme au Royaume Uni pour donner la chance à ceux qui sont restés derrière de rattraper leur retard.
Après avoir fait une demande formelle pour un amendement à la Constitution, le président de l’EOC revient à la charge en remettant en question le concept d’égalité des chances. « Aucun système crédible ne peut exister sans prendre en considération les inégalités de naissance. La loi telle qu’elle est nous dit qu’il ne faut pas avoir de faux départs, mais la réalité est que certains ne sont même pas aptes à prendre le départ. Il y a des enfants qui sont plombés dans l’aile de par le lieu ou la famille où ils se trouvent ». À travers cette explication imagée, Brian Glover invite à la réflexion sur la question de l’équité. Il est d’avis qu’il faut un système qui prend en considération les inégalités de naissance. « L’inégalité n’est pas seulement un désavantage économique. Elle est aussi structurelle, émotionnelle et affective ».
Alors que beaucoup parlent de la nécessité d’une positive discrimination, Brian Glover parle, lui, de positive action. « La positive discrimination puise ses racines dans l’affirmative action américaine. Mais le problème est l’application d’un quota qui fait que cette redistribution des cartes risque d’être plus quantitative que qualitative ». Une telle approche, estime Brian Glover, pose trois problèmes : « On tue dans l’oeuf le principe même d’égalité de chance, l’estime de soi peut prendre un sérieux coup et ce n’est pas avantageux pour le collectif social. »
Le président de l’EOC se dit en faveur du système britannique de positive action. « C’est un système qui repose sur l’encouragement, la formation et l’apprentissage. Si par exemple un groupe social est sous-représenté dans un secteur professionnel, on crée des opportunités pour rééquilibrer les choses. Cela ne s’appliquerait pas seulement pour le travail ; des écoles privées, par exemple, pourraient créer un trust pour permettre à quelques enfants défavorisés de fréquenter ces institutions ».
Sauf que dans la réalité mauricienne, cela risque d’être plus compliqué. À cela, Brian Glover invite au débat : « C’est une question de diversity dividend. Le secteur public comme le secteur privé ont un reputational benefit en adoptant la positive action. » Il ajoute qu’il existe déjà une Equal Opportunity Policy (EOP) que les entreprises mauriciennes doivent adopter. « Une entreprise qui se retrouve devant le tribunal sans EOP se retrouvera dans un cas d’aggravating action ».
Pour ce qui est des amendements demandés qui sont restés lettre morte, Brian Glover déclare : « Je réitère ma demande. Comme nous avons connu récemment des réformes d’ordre constitutionnel, ce serait pas mal d’approfondir davantage. Il faut donner à l’Equal Opportunities Tribunal le pouvoir nécessaire pour enquêter sur la PSC et la LGSC. »
Quant à savoir si l’affaire Sik Yuen a jeté le discrédit sur la commission, Brian Glover répond par la négative. « L’affaire reposait sur l’enregistrement d’un journaliste qui n’était pas disposé à témoigner devant le tribunal, on n’avait d’autre choix que d’amener le ministre à sortir de son silence constitutionnel. Il a exprimé ses regrets, c’est un achievement».
Sur les 1 032 plaintes classées « genderwise » pour Maurice, 63 % viennent des hommes, 22 % des femmes, 6 % de groupes et 6 % sont anonymes. En ce qui concerne les secteurs professionnels, 346 concernent le secteur public, 250 le secteur privé, 194 les corps parapublics et 268 ne sont pas spécifiés. De ces cas, des conciliations ont été trouvées dans 15 cas pour le secteur public, 11 pour le privé et 2 pour les corps parapublics. Trois cas ont été référés à l’Equal Opportunities Tribunal. Les autres ont été soit référés à d’autres instances, rejetés pour avoir dépassé le délai ou absence de preuve, certains ont même été retirés alors que pour d’autres, l’enquête est toujours en cours.
Parmi les cas qui ont le plus marqué le travail de la commission, on relève la plainte de Hewlett Nelson, interdite d’entrée dans une discothèque et qui a obtenu un dédommagement de Rs 50 000 devant l’EOT ; l’affaire Naden Poleecootee, qui a finalement été promu senior engineer au CEB ; ainsi que l’intégration de Brandy Perrine, souffrant d’un handicap moteur, dans un collège. On retiendra également les manquements soulevés dans l’exercice de promotion à l’Université de Maurice dans l’affaire Ameena Gurib-Fakim.
Concernant Rodrigues, sur les 50 plaintes enregistrées, la majorité concerne des cas de discrimination basés sur l’opinion politique.