En dépit de l’annonce du ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, selon laquelle l’abattage des têtes de bétail se ferait en dernier ressort, à hier après-midi, 1 420 bêtes, soit 400 par jour en moyenne, ont été abattues à Rodrigues. Ce chiffre s’explique par l’étendue de l’épidémie de fièvre aphteuse dans l’île, avec les premiers signes de la présence du virus dans l’Est, région qui était jusque-là épargnée. À Maurice, le Culling a touché 355 animaux, principalement à Vallée-des-Prêtres et à Richelieu, alors d’autres régions comme Cité-La-Cure et Highlands ont été placées sous stricte surveillance. Ce matin, le Chef commissaire de l’Assemblée régionale de Rodrigues, Serge Clair, a présidé une séance de travail élargie, comprenant des commissaires du conseil exécutif, des techniciens de la Commission agriculture et des vétérinaires du ministère de l’Agro-industrie, dépêchés en urgence dans l’île. L’objectif est de mettre au point le dossier de la fièvre aphteuse qui devra être présenté au chef du gouvernement en cette fin de fin de semaine pour un double plan de compensation aux éleveurs et de relance de l’élevage.
Avec l’arrivée à Rodrigues depuis mardi des éléments de la Special Mobile Force, la campagne d’abattage des têtes de bétail affectées par le virus de la fièvre aphteuse se poursuit. Les dernières indications sont que 1 420 ont déjà été abattues et qu’à ce rythme le cap des 2 000 devra être franchi das les prochains jours. La région de Plaine-Corail, une des zones les plus sinistrées, a été ciblée en premier avec la « mission d’abattage » bouclée hier. L’escouade de la SMF en collaboration avec des éléments des services vétérinaires s’est attaquée au village de Bénéfique dans la région de Sainte-Marie.
Dans le cadre de ces opérations, les autorités à Rodrigues établissent une No-go area sur un périmètre de 200 mètres autour du parc identifié avec des têtes de bétail infectées par le virus de la fièvre aphteuse. Dans certains cas, l’identification des fermes affectées se fait lors de contrôles par les services vétérinaires alors que dans d’autres, les éleveurs avertissent eux-mêmes les autorités comme cet éleveur qui a reçu la visite de la SMF mardi.
« Mardi, banne SMF, veteriner ek banne officier agriculture finn vinn kot mwa. 10 massine inn debarke et la zote finn ekzamine mo 14 bef et zot finn abat 6. Mo ti dire zot pa tous seki ankor bien. Me yer, mo garson finn dire mwa ki ena ankor dé bef malad. Mo inn appel bann lotorité et zot inn abat bef malad a koud bal », confie-t-il au Mauricien. La tournée de la Cullin Squad devra se poursuivre ce matin avec d’autres fermes sur la liste vu que Rodrigues est littéralement infectée par le virus. D’ailleurs, la région de l’est, soit Pointe-Coton et Montagne-Cabris, qui avait été épargnée par le virus depuis le début de l’épidémie, a été placée sous surveillance avec au moins un cas dans la région de Bel-Air.
Dans l’immédiat, la principale préoccupation des autorités à Rodrigues porte sur le paiement de la compensation. Des indications obtenues de sources officielles de Port-Mathurin, ce matin après la réunion de la cellule de crise, présidée par le chef commissaire de l’Assemblée régionale, un premier groupe d’une quarantaine d’éleveurs devront obtenir leurs paiements, soit d’un montant de Rs 3,4 millions. Au fur et à mesure que progresse le programme d’abattage, les procédures de paiement seront réglées. À ce jour, le conseil exécutif a prévu une enveloppe de Rs 35 millions pour le règlement de la compensation pour l’épidémie de fièvre aphteuse.
Le chef commissaire s’apprête à effectuer un déplacement à Maurice en cette fin de semaine pour s’entretenir de la question avec le Premier ministre et décider de la marche à suivre. Outre le volet de la compensation aux éleveurs de Rodrigues, cette épidémie hautement contagieuse, le manque à gagner avec l’interdiction d’exporter du bétail à Maurice pour les trois prochaines années est un sujet d’inquiétude majeure à Rodrigues. Chaque fois, une injection variant entre Rs 30 millions et Rs 50 millions est prévue pour les exportations de Live Animals de Rodrigues vers Maurice.
« Compte tenu de l’importance de l’élevage que ce soit sur le plan des activités économiques ou encore sur le plan du tissu socio-économique et du mode de vie familial, cette épidémie de fièvre aphteuse, qui est mal gérée par les autorités, risque de générer de graves conséquences pour Rodrigues. Il y a urgence d’adopter une approche holistique car ce problème ne touche pas qu’à l’élevage. Et les conséquences sur le secteur touristique avec la psychose causée ? Qui viendra en visite de détente dans une île sous quarantaine et sinistrée ? » dit Johnson Roussety, leader du Front Patriotique Rodriguais et ancien Chef commissaire.
« À quoi servira une motion de blâme ? Le drame est déjà là. Littéralement, chaque famille de Rodrigues est accablée par l’épidémie de fièvre aphteuse. C’est extrêmement grave. Nous devrons regarder au-delà du bout de notre nez pour sauver notre île Rodrigues », lance Johnson Roussety, souhaitant un sursaut de tout un chacun.
À Maurice, 355 bêtes ont déjà été abattues, notamment à Vallée-des-Prêtres et à Richelieu. Le vide sanitaire a déjà été complété à Richelieu avec les 19 fermes ciblées. Avec l’arrivée des vaccins annoncée pour demain, les services vétérinaires du ministère de l’Agro-industrie s’apprêtent à démarrer la campagne de vaccination dès samedi à Maurice aussi bien qu’à Rodrigues en vue de sauver ce qui reste du cheptel…